Monschau : un musée-brasserie de l’autre côté de la frontière

Article et photos de G. Salvaggio

Montjoie, oh ma joie !

21 juillet 2009 – Lors du dernier Festival des Bières de Noël de Stembert, les organisateurs m’avaient murmuré que s’il y avait une ville à visiter de l’autre côté de la frontière, c’était sans nul doute Montjoie (Monschau, comme ils disent). Et à vrai dire, si Pierrot ne m’avait pas confié y avoir découvert un Musée de la Brasserie, peut-être aurais-je attendu quelques mois de plus avant de sauter dans ma voiture…

Rappelant tantôt l’Alsace, tantôt Venise, la ville est une pure merveille d’architecture et de convivialité. Encore qu’y trouver un restaurant acceptant les cartes de crédits relève tout bonnement de l’exploit. Arrivés à la brasserie (laquelle, datant de 1822, a dû cesser ses activités en 1994 pour cause d’eau de source devenue non potable), nous voilà, Marie et moi, heureux de découvrir un logo «carte bancaire» avant de nous entendre dire que seul le liquide est accepté. Sans doute les maigres 2 x 3 euros d’entrée le justifiaient-il, mais bon…

Armée d’une brochure explicative en langue française (décidément, les Allemands ont tout prévu), Marie entreprend de me guider. Sans doute, me fallait-il me souvenir du fait qu’au temps jadis, c’était la femme qui fabriquait la bière… Pourquoi, diable, son mari s’affûblait-il donc de tant d’honneur ? Allez savoir…

Doté d’une rigueur bien germanique, le parcours est parfaitement tracé. Le novice est immédiatement initié à la noble pédagogie des vitraux, aux ingrédients nécessaires au brassage et aux cuves d’empâtage (l’une en bois, l’autre en cuivre) avant de découvrir que la «bière du plaisir» est en fait belge… enfin, c’est ce que veulent bien nous faire croire deux colis-cadeaux type exposés à l’entrée des salles dédiées aux centaines de bouteilles (belges et allemandes), patiemment collectées par le Maître des lieux.

Un élégant bac refroidisseur et des tanks de garde parfaitement alignés nous rappellent cependant que partout en Europe, le meilleur matériel de brasserie demeure… allemand. Des fûts en bois et la reproduction d’une tonnellerie nous invitent alors à reconstituer le passé d’une activité brassicole manuelle.

Mais au fond, cela n’était-il pas du déjà vu ? Cela avait-il la peine de parcourir tous ces kilomètres ? C’est au moment où l’impression d’avoir tout vu se confrontait à l’envie de tout de même aller voir un peu plus loin que l’enjeu de ce musée-brasserie se dévoila : les glacières.

Pour tout brasseur allemand du XIV° siècle désireux de brasser des bières à fermentation basse (Lager,PilsExport), la nécessité de disposer d’une pièce de garde froide s’avérait impérative. La seule façon d’y arriver ? Creuser d’énormes étangs, attendre qu’ils gèlent en hiver, aller extraire d’énormes blocs de glaces qu’il faut ensuite transporter jusqu’à la cave de la brasserie à la force des chevaux. Un enfer… glacial…

En 1830, la brasserie décide donc de procéder au creusement de galeries et à coups répétés de dynamite, le schiste s’effrite peu à peu. A partir de 1847, la brasserie peut enfin disposer de pièces dont la température se situe constamment entre 8 et 10°C.

Ainsi donc, entrant dans la glacière, Marie et moi eûmes la délicieuse surprise de découvrir, allongé sur le sol, un rat mort. Mickael Jackson avait, dans Grandes Bières de Belgique, aimé à rappeler que chaque brasserie disposait précisément d’un chat… on comprend maintenant pourquoi. Encore qu’à bien y réfléchir, peut-être la pauvre bête était-elle morte de froid… ou d’avoir bu trop de Felsquell ou deZwickelbier, les deux bières-phares du lieu, la second tirant son nom de «Zwickelbohrer», sorte de perceuse manuelle destinée à percer les fûts de bois.

A vrai dire, bien que ce lieu fût des plus magiques, une grande soif s’annonçait de plus en plus pressante, à tel point qu’elle nous indiqua tout naturellement la sortie, elle-même armée de tous les outils de la séduction propre au marketing : une vitrine présentant les produits à emporter, et un panneau nous souhaitant beaucoup de plaisir dans la dégustation des productions locales. «Va pour une Zwickel», me cria ma conscience…

… Zwickel que je croyais aussi blonde que la serveuse. Ben non : il s’agissait d’une brune, ma foi goûteuse et surprenante, tendant à se situer entre une bière de table à la cassonade et un stout hennuyer, sec mais doux. Sans doute en aurais-je bu toute la soirée si ses capacités apéritives ne m’avaient invité à un repas plus copieux.

Pour l’anecdote, ne soyez pas surpris si un passant vient s’asseoir spontanément à votre table pour engager la conversation. Il faut dire qu’avec des tables rondes prévues pour huit personnes, c’est en Allemagne chose courante. Et puis, les habitants de Monschau feront tout pour vous parler, de la façon la plus naturelle du monde, un allemand à la fois classique et très posé quant à sa rythmique. Certains, paraît-il, maîtriseraient même le français…

Monschau dispose d’endroits superbes pour se restaurer, mais il me serait impossible de renoncer à recommander le Stadtpark-Cafe (Burgau, 1 – 0049-2472.7843) : un personnel serviable et qualifié, des plats variés et réellement copieux (le cochon pané précédé d’une salade verte à la moutarde de la région est une pure merveille) et, surtout, la possibilité d’y déguster la Eifeler, une blonde crémeuse qui rappellerait volontiers, à l’instar de la Vlaskop flamande, une blanche, sans que pourtant aucun apport de froment ne soit indiqué sur l’étiquette… Tout réside dans le choix et le jeu des levures, paraît-il… Cerise sur le gâteau, il est à noter que le bistrot accepte les cartes de crédit et que l’addition n’est pas traumatisante.

Voilà : si vous pensez toujours que la Belgique est le seul pays de la bière et qu’on ne peut, en matière culturelle, rien trouver de brassicolement intéressant en dehors de nos frontières, un bon conseil : restez chez vous et, surtout, n’allez pas à Montjoie… vous risqueriez d’y passer une excellente journée !

 

 

Felsenkeller Brauerei-Museum

Sankt-Vither-Strasse, 20-28
D-52156 Monschau
Tél. +49(0)2472.3018
Fax +49(0)2472.3017
Mail: kontakt@brauerei-museum.de
http://www.brauerei-museum.de

Ouvert tous les jours à partir de 11 heures.
Fermé le lundi.