Interview: Nicole Darchambeau

L’après-midi du 12 novembre 2007 était ensoleillée et fraîche. J’ai pris la route du Brabant Wallon, destination Limelette. Mon intention n’était pas de suivre une cure dans la station thermale tout proche… Et encore moins de fréquenter une station brassicole !

L’objectif de ma visite était de rencontrer une dame bien connue du monde de la bière. Depuis 1994, Nicole DARCHAMBEAU a publié pas moins de six cents recettes à la bière, réparties dans différents ouvrages qu’elle publie grâce à sa propre maison d’édition, les Editions Les Capucines. Son travail ? Avant tout « une histoire de rencontres »! Partons justement à la rencontre de cette sympathique personne, riche en anecdotes sur son métier et ses ouvrages !

Pierre LEBRUN : Nicole DARCHAMBEAU, d’où provient votre passion pour la cuisine ?

Nicole DARCHAMBEAU : J’ai toujours été passionnée par la gastronomie depuis que je suis enfant. Mon père fabriquait du matériel pour la boulangerie et pâtisserie. On a beaucoup voyagé, nous avons fréquenté beaucoup de restaurants ce qui a éduqué mon goût. Quand mon père voyait une pâtisserie, il regardait toujours la vitrine pour voir les formes des gâteaux. De mon côté, j’imaginais ce qu’il y avait dedans, les ingrédients ! J’ai alors commencé à cuisinier, surtout par la pâtisserie. J’ai commencé à regarder les émissions culinaires. A l’époque, il y avait celle de Raymond OLIVER, et puis il y a eu Michel OLIVER. Encore aujourd’hui, je regarde de telles émissions un peu comme un feuilleton ! J’ai donc toujours cuisiné et ça s’est toujours accentué.

P.L. : Est arrivée ensuite la bière…

N.D. : J’avais toujours un peu cuisiné à la bière et j’avais d’ailleurs gagné un prix au Salon de l’Alimentation à Bruxelles avec une recette à la bière. Par la suite, j’ai fait de l’artisanat, notamment de la tapisserie de haute lisse. J’ai exposé plusieurs fois au Château d’Enghien… Et le vernissage se faisait avec de la Double Enghien ! Et en dégustant mon verre, je me suis dit « tiens, pourquoi ne ferais-je pas un livre de recettes à la bière ? » Nous avons alors décidé de visiter les brasseries, nous avons rencontré des gens, j’ai écrit un livre. J’avais dit que je n’en ferais qu’un, mais je continue ! Mon premier livre a été « La bière ça se mange » publié en 1994. Aujourd’hui, il en est à sa troisième édition.

 

 

P.L. : Vous avez fondé votre propre maison d’édition, les Editions Les Capucines. Pour quelle raison ?

N.D. : A l’époque où j’ai écrit mon premier livre, je cherchais un éditeur. J’ai fait le tour du monde de l’édition mais il s’est avéré que le milieu était plutôt difficile… J’ai donc décidé de créer ma propre maison d’édition. Je suis donc libre, je peux travailler avec qui je souhaite, et à mon rythme.

P.L : Soulignons que dans votre bibliographie, on ne parle pas uniquement des bières.

N.D. : En effet, j’écris aussi des livres sur les fruits, les légumes, les champignons,… Il existe aussi « Marmichef », destiné aux enfants. Il s’agit d’une série véritablement « home-made ». Par exemple, je relie moi-même les ouvrages de cette série, j’ai suivi des cours de reliure pour y parvenir. Quant aux illustrations, ma fille étant infographiste, elle m’a donné un coup de main !

P.L : Comment distribuez-vous vos livres ?

N.D. : Ils sont disponibles dans plusieurs magasins, comme la FNAC, certaines librairies. Mes livres sont également disponibles dans des musées comme l’Hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines, la brasserie Cantillon à Anderlecht,… Je me déplace aussi dans divers événements tels que salons, marchés et foires. Sinon, je vends surtout par correspondance. Par exemple, lorsque sort un article de journal, des gens me contactent pour commander mes livres. C’est chouette car j’ai des contacts avec mes lecteurs.

P.L : Justement, vos lecteurs, obtenez-vous souvent des retours de leur part ?

N.D. : Il y a des personnes qui achètent systématiquement tous mes bouquins. J’ai comme un fan-club ! Je ne considère jamais mes recettes comme figées. J’apprécie qu’elles se modifient, qu’elles soient en constante évolution ! Les retours des lecteurs sont idéals à ce point de vue !

P.L : Au total, vous avez réalisé 600 recettes à la bière, un fameux travail !

N.D. : Il existe aussi d’autres recettes qui ne sont pas à base de bière. Le plus difficile, disons, c’est de ne pas pouvoir reproduire exactement une recette que vous aviez créée autrefois… J’invente chacune de mes recettes et les expérimente. Pour le reste, l’inspiration est toujours présente et me pousse à créer encore des nouveautés !

P.L : Quelle est votre « philosophie culinaire » ?

N.D. : Avant tout, je veux que la convivialité demeure dans mes recettes ! Je retrouve cet aspect lorsque je les teste à domicile ! Je tiens également compte de l’aspect diététique, je veille à ce qu’il n’y ait pas trop de matières grasses. Enfin, j’apprécie cuisiner à la bière car c’est une boisson qui offre énormément de saveurs très riches et différentes!

P.L : Comment inventez-vous une recette ?

N.D. : Il y a l’inspiration… Je suis un peu comme une peintre. J’ai avec moi une palette de saveurs. Et le principe est de pouvoir manier cette palette et d’associer harmonieusement les saveurs…

P.L. : Si vous deviez donner un conseil à une personne qui veut se lancer, ou se perfectionner dans la cuisine à la bière, que lui diriez-vous ?

N.D. : L’amertume doit être bien maîtrisée ! Par exemple, pour l’Orval, bière amère, ce n’est pas toujours évident de cuisiner car il faut bien calculer. Par contre, on rencontre moins de difficultés avec une Chimay ou une Rochefort…

P.L. : Et si l’on opte pour une Cantillon ?

N.D. : C’est très facile avec de telles bières ! Les gueuzes sont idéales pour la digestion. En plus, elles procurent une « bonne faim » après que nous les ayons consommées !

P.L. : Parmi vos recettes, quelle est votre préférée ?

N.D. : Assurément, un sabayon ! Un sabayon car dans mes livres, il se conjugue en plusieurs préparations…

P.L : Vous avez écrit deux livres originaux : « Bon appétit Julos » et « Bière et Délices ». Pouvez-vous nous en parler ?

N.D. : Le bon appétit s’adresse bien entendu à Julos BEAUCARNE, le constructeur de pagodes. Un soir, j’ai assisté à l’un de ses spectacles. On y dégustait la Bière des Pagodes, brassée à la brasserie de Silenrieux. Ce fut l’occasion de rencontrer Julos et de proposer un projet d’écriture… Le résultat est un livre de recettes à la Bière des Pagodes, entrecoupé de textes de Julos BEAUCARNE que j’ai sélectionnés. « Bière et Délices » évoque l’Hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines, magnifique lieu que j’apprécie énormément. Il faut souligner qu’au sein de cet endroit, de superbes collections y sont conservées depuis le début ! Je connaissais depuis un bon bout de temps l’équipe qui travaillait en faveur de l’Hôpital. Une superbe équipe qui a réalisé un travail fantastique et bénévole! La brasserie Dupont de Tourpes brasse l’Helkiase en l’honneur de l’Hôpital. A l’origine, l’Helkiase était un remède à base de mercure utilisé par les sœurs. Tous ces éléments m’ont procuré l’envie d’écrire ce livre.

Avant tout, mon travail est une histoire de rencontres, ce qui me plaît beaucoup dans mon métier. C’est aussi le cas pour « Le temps des cerises chez Cantillon » qui a germé dans mon esprit suite à la rencontre de Jean-Pierre VAN ROY, maître-brasseur chez Cantillon.

 

P.L : Quelle est votre opinion sur la cuisine à la bière ? Est-ce ancré dans nos coutumes en Belgique ?

N.D. : Non, pas vraiment, hélas ! Par contre, dans le Nord de la France, je constate qu’une tradition culinaire brassicole de qualité est bien implantée !

P.L. Quels sont vos projets pour l’avenir ?

N.D. : On peut s’attendre à un livre de recettes à la Trappiste de Chimay. Je souhaite que ces recettes se situent entre les aspects luxueux et festif.

P.L. : Nicole DARCHAMBEAU, un tout grand merci d’avoir accordé cet interview à Bierebel ! Après la présentation de vos ouvrages, accepteriez-vous de faire partager l’une de vos recettes à nos lecteurs/visiteurs ?

N.D. : Je vous en prie ! Voici un magret de canard aux champignons à la Saison de Silly !

Bibliographie brassicole de Nicole DARCHAMBEAU. L’ensemble des livres sont édites par les Editions Les Capucines

– La Bière ça se mange, (3 éditions) 1994, 1997, 2003
– Saveurs d’Orval, 1994
– La Gueuze gourmande, 1995
– Délices de la brasserie de Silly, 1996
– Le temps des cerises chez Cantillon, (2 éditions) 1999, 2005
– Bon appétit Julos, 2002
– Bière & Délices de l’Hôpital Notre-Dame à la Rose, 2004
– Les Trappistes de Rochefort, une cuisine de terroir, 2006.

Coordonnées pour vous procurer les ouvrages

Nicole DARCHAMBEAU
Editions Les Capucines
Avenue des Capucines, 15
1342 LIMELETTE

Tél./Fax : 010/41.13.47

http://web.mac.com/nicole.darchambeau

Magret de canard aux champignons à la Saison de Silly
Marché pour 4 convives
– 40 cl de Saison de Silly
– 4 magrets de canard
– 500 g de champignons de Paris
– 1 oignon
– 3 cuillères à café de poivre vert
– 2 cuillères à café de moutarde forte
– 2 cuillères à soupe de crème épaisse
– sel

• Dans un plat, verser la bière. Y déposer les magrets, côté chair. Mariner pendant 4 heures.
• Nettoyer les champignons, laver à l’eau courante, bien égoutter.
• Éplucher et émincer l’oignon.
• Égoutter les magrets, réserver.
• Dans une sauteuse, verser la marinade. Chauffer, y fondre l’oignon. Ajouter champignons et poivre vert. Cuire à feu vif pendant 10 minutes.
• Saler, incorporer moutarde et crème. Réduire jusqu’à onctuosité. Garder au chaud.
• Griller les magrets, côté peau, pendant 5 minutes à feu vif. Éliminer régulièrement la graisse fondue. Retourner les magrets et poursuivre la cuisson pendant 5 minutes. Servir rosés.
• Ôter la peau des magrets, les trancher et dresser sur le plat de service. Napper de sauce aux champignons.
• Accompagner de pommes de terre persillées et d’une salade verte.

Extrait de
Délices de la Brasserie de Silly, © Editions Les Capucines (Nicole Darchambeau) 1996

Interview de Philippe VOLUER, historien de la bière

Une interview de G. Salvaggio

Côté comptoir, côté conteur. Rencontre avec Philippe Voluer, historien narrateur.

Samedi 30 septembre 2006. Abbaye d’Orval, auberge de l’Ange gardien. Il n’est pas tout à fait midi. C’est avec Philippe Voluer, figure emblématique de la Lorraine, que Marie et moi prendrons notre repas avant de nous envoler vers Marbehan où, cette fois, Philippe sera mis à contribution pour une très intéressante conférence sur le houblon. Avec sa gentillesse habituelle, Philippe accepte de nous livrer un peu de qui il est…

Biographie

Descendant d’Isidore KINTZÜGER (brasseur chez CLAISSE à Chauvency-le-Château, dans la Meuse, avant 1914), Philippe passe toute sa jeunesse dans une famille d’entrepositaires de bière stenaisiens pour le compte de la Grande Brasserie Ardennaise à Sedan.

Historien de formation, il devient enseignant avant de se consacrer à la création du Musée du Pays de Stenay (1981) puis à celle du Musée Européen de la Bière de Stenay (1984) et, enfin, du Conservatoire de la Brasserie (1986). Il est également l’initiateur et l’actuel président de la «Route Lorraine de la Bière», ainsi que conseiller technique auprès du «Circuit Européen de la Bière» (France, Belgique et Luxembourg), en cours de création.

Sa passion pour l’histoire et la culture de la bière lui ont également permis de collaborer à la mise en place de plusieurs musées, de centres d’interprétation et de micro-brasseries. Enfin, depuis 2002, Philippe est président de la Fédération Nationale des Associations Brassicoles qui regroupe 16 associations françaises passionnées la bière.

Philippe a aujourd’hui cessé toute activité au sein du Musée de Stenay et est revenu à sa fonction d’origine, celle archiviste municipal près la commune de Stenay. Il se considère avant tout comme un historien de la bière, un chercheur et transmetteur de mémoire. Cette passion de la bière lui a permis de publier une douzaine d’ouvrages sur la bière en France et à l’étranger, de collaborer à cinq autres ouvrages. Il termine actuellement un important «Dictionnaire des brasseries du Grand Est de la France», consacré à 1.816 sites brassicoles, anciens ou actuels, couvrant 5 régions et 18 départements. Il collabore également à de nombreuses revues françaises et étrangères et anime régulièrement des émissions de radio en France et en Belgique

Jef – Je viens de lire avec beaucoup d’attention ton livre intitulé «La Bière en Lorraine à l’époque des Lumières». Je me suis, dès le début de sa lecture, demandé si ce livre est destiné à «Monsieur Tout le monde»…

Ph.V. – Disons que ce livre a été écrit pour celles et ceux qui aiment la bière, pour celles et ceux qui, ayant connu des brasseries aujourd’hui disparues, sont, à travers ce livre, susceptibles de faire œuvre de redécouverte. Il s’adresse également à des brasseurs qui, sans le savoir, perpétuent des traditions anciennes sans jamais réellement savoir pourquoi. Beaucoup de ces brasseurs font, par exemple, coïncider le lancement de la bière de mars avec la date du 23 mars sans jamais savoir qu’il y a là un fondement historique. J’entends donc faire avant tout œuvre de mémoire, considérant par ailleurs mon travail comme celui d’un transmetteur de mémoire.

Jef – Et ça se vend bien, ce genre d’ouvrage ?

Ph.V. – Pas trop. Mais il faut sans doute reconnaître que le réseau de distribution n’est pas des plus optimaux. Comment les lecteurs achèteraient-ils mon livre s’ils n’en connaissent pas l’existence au sein des librairies ? C’est assez dommage et paradoxal, dans la mesure où il faut bien constater un engouement croissant du public pour les livres traitant de la bière. Ceci dit, la bière souffre toujours autant d’un certain discrédit par rapport au vin, ce dernier demeurant une boisson jugée «plus noble»…

Jef – Je te sens réellement passionné par ce que tu dis et fais. Comment est née ta vocation ?

Ph.V. – Et bien, déjà, maman tenait un café. Ca aide . Mais chez moi, ça toujours été naturel. Petit, je me souviens que ce qui m’attirait dans les bistrots, c’étaient les verres et les publicités. Et puis, pour l’anecdote, vers mes 11 ans, j’ai demandé un limonade et un ami de mon père a répondu : «Ah non ! A ton âge, on boit de la bière !» En réalité, cela faisait bien longtemps que je collectionnais… C’est inné.

Jef – Tu proposes une liste impressionnante de sujets de conférences, liste que les lecteurs peuvent par ailleurs obtenir sur simple demande. Ca va de l’histoire à la symbolique en passant par les ingrédients et l’art de la dégustation.

Ph.V. – La liste s’est en fait créée sur base des attentes des auditeurs. On me demande parfois de parler sur un sujet imposé. Ceci dit, j’essaye toujours d’aborder les sujets les plus techniques en me souvenant que je m’adresse essentiellement à un public de non spécialistes.

Jef – Ces livres, ces conférences, ça demande tout de même un investissement énorme en matière de recherches de sources ?

Ph.V. – Oui. Je considère que ma passion représente l’équivalent d’un temps plein. Ajouté à mon travail d’archiviste, ça fait 35 heures de plus par semaine. 70 au total… Ce n’est pas rien. En conséquence, bien que je travaille pas mal sur le terrain quand le temps m’en est offert, j’achète un maximum de documents sur la bière pour combler, ci et là, une impossibilité de fouiller toutes les bibliothèques et centres d’archives. Hélas, cette fouille est rendue nécessaire par le fait que beaucoup d’ouvrages ne sont constitués que de compilations de sources secondaires : beaucoup d’auteurs citent d’autres auteurs sans vérifier la pertinence d’une affirmation, comme si le seul fait d’être publié la rendait automatiquement valide.

Jef – Un exemple précis ?

Ph.V. – Et bien, tout le monde dit que la bière est née dans la région égyptienne. Ce qu’il faut plutôt dire, c’est que le plus ancien texte relatant la fabrication de la bière a été trouvé en Egypte. Pour ce qui est de la période précédant l’invention de l’écriture, on ne sait rien. En conséquence, personne ne saura jamais qui a fabriqué la première bière et, surtout, à quel endroit cela a été fait. La critique historique est donc un élément essentiel de mon travail, bien que je sois amené à supposer que la plupart des sources sont plausibles.

Jef – J’aimerais à présent interroger le sociologue. Quelle perception as-tu du consommateur ? Y a-t-il évolution de la façon de consommer ?

Ph.V. – D’abord, de manière générale, la bière, de surcroît industrielle, est associée, à 99%, à la fête bien soutenue. Certains, parmi lesquels de nombreux membres actifs de Bierebel (et d’autres associations, par ailleurs), regrettent le fait. Mais avons-nous de fait le droit de dire que 99% de la population se trompe ? Il y a beau y avoir une tentative de promotion de la bière artisanale, mais de fait, ne doit-on pas reconnaître qu’en buvant de la bière industrielle, le consommateur est toujours certain de savoir ce qu’il boira, tandis qu’une bière artisanale ne peut, par définition, être parfaitement constante en goût ? C’est vrai que beaucoup de jeunes passent du coca à la bière. Mais quelle bière choisissent-ils ? Pour eux, certaines bières artisanales paraissent mauvaises. Or, à moins d’être fortement oxydée ou infectée, aucune bière n’est mauvaise.

Jef – Ca ne doit pas être facile, dans cette optique, de proposer des conférences éducatives ?

Ph.V. – Le secret, c’est de se souvenir que dans tout public, il y a 4 types de consommateurs et que chacun de ces types est susceptible d’appartenir à l’auditoire. Il y a le puriste, qui ne jure que par la bière industrielle. Vient ensuite l’amateur, qui après des recherches, s’attache un produit en particulier. Le troisième type découle du second : il s’agit du faux amateur, qui achète tout ce qui se présente à lui. Reste alors le fondamentaliste, pour qui seul l’artisanat fait loi. Il faut donc peser ces mots et toucher chaque auditeur dans ce qui l’intéressera.

Jef – Pour terminer ce moment ponctué d’un bon repas et d’un(e) bon(ne) Orval, je te propose une question piège. Si d’aventure, un homme venait à ne pouvoir emporter qu’un seul livre sur la bière, lui conseillerais-tu un Jackson ou un Voluer ?

Ph.V. – Si cet homme, c’était moi, je prendrais la dernière édition de «Grandes Bières de Belgique» de Jackson : je ne l’ai pas encore lu ! (). Mais comme tout le monde connaît Jackson, je dirais : «Prenez donc un Voluer» ! Quoiqu’à bien y réfléchir, pour ne léser personne… un Mario d’Eer à coup sûr !

Au vu de la richesse de la discussion ci-haut relatée et des publications de l’auteur, il ne nous pas été possible de tout retranscrire ici. Nous ne pouvons dès lors que vous inviter à venir un jour écouter Philippe ou, mieux, à le lire. Si vous désirez obtenir une liste de ses publications et de ses thèmes de conférence, n’hésitez pas à vous adresser à lui (philippe.voluer@wanadoo.fr) ou à Bierebel. Nous nous ferons un plaisir de lui relayer l’information.

Quelques ouvrages à signaler

- Bières de Meuse et de Lorraine, Editions de l’Est, 1991
- La Route de la Bière, Editions Serpenoise, 1991
- Petite et grande histoire de la bière de mars, Brasseurs de France, 1993
- La Bière et la Brasserie au Luxembourg, Editions Schortgen, 1993
- La savoureuse histoire de la Bière de Mars, Brasseurs de France, 1994
- Sous le signe de l’Espérance, Brasseries Heineken, 1996
- Stenay – Le musée européen de la bière, CITEDIS, 1997
- La bière dans les Ardennes et en Champagne, Terres Ardennaises, 1997
- Deux siècles d’affiches de la bière, CITEDIS, 1998
- La Bière à Nancy et en Lorraine au 18e siècle, Editions Serpe

Rencontre avec Philippe GOLINVAUX et Michael VERMEREN, brasseurs de la Forestinne

A l’occasion de la Foire Verte de Cerfontaine en août 2005, j’ai eu la joie d’interviewer deux amis. Peut-être avez-vous déjà rencontré ces deux personnes lors d’une manifestation brassicole…

Philippe GOLINVAUX et Michael Vermeren se rencontrent pendant leurs études en sylviculture à La Reid-Spa en 1988. Une amitié se noue entre ces deux Namurois et la bière devient la pierre angulaire de leur bonne entente. L’internat est l’occasion pour Philippe et Michael de découvrir des saveurs houblonnées. En début de semaine, les deux compagnons rapportent de la bière depuis leur domicile et la dégustent ensemble. Depuis, ils parcourent la Belgique à travers tous les types d’événements brassicoles. En 2003 et 2004, les deux compères atterrissent sur le forum de bierebel.com (Michael sous le pseudo de Michael et Philippe sous le pseudo de chevalier du malt) et ils en profitent pour entretenir et développer leur passion.

En mai 2005, Philippe et Michael franchissent une étape décisive dans leur passion. « 2005 sera une année de transition ! » disait souvent Philippe… Surfant sur l’engouement actuel dû à l’ « Année de la Bière 2005 en Wallonie et à Bruxelles » , les deux amis se lancent dans le brassage, après des années d’expérimentations en tout genre. La Forestinne, bière dont le nom fait référence à leurs études, source de leur passion, apparaît enfin dans le panorama brassicole belge.

Ils brassent eux-mêmes leur bière selon leur propre recette, dans les installations de la brasserie Caracole à Falmignoul. Philippe est un ami de François TONGLET, le maître-brasseur, et celui-ci n’hésite pas à conseiller les nouveaux brasseurs. « Nous avons pu bénéficier du savoir-faire de François. Il était présent chaque fois que c’était nécessaire », déclare Philippe.

Pour brasser et commercialiser la Forestinne, Philippe et Michael s’associent avec une tierce personne, Jean-Marc BOUMAL. Ensemble, ils créent la B.G.V. sprl, sur base des initiales des noms des associés. « Dans notre aventure, l’aspect administratif a été assez contraignant. Il faut être très rigoureux dans les démarches… et parfois avoir les nerfs solides dans certaines situations ! », explique Philippe, soulagé de voir le projet se concrétiser, après des jours de travail se terminant parfois aux petites heures. La société est récente mais le professionnalisme est bien perceptible.

En effet, derrière l’aventure Forestinne se cache une belle ambition ! « A long terme, notre souhait est de posséder notre propre brasserie » expliquent avec détermination les deux amis. Ils prennent les choses très à cœur sans toutefois négliger le plaisir des ambiances brassicoles. « Pour nous faire connaître, nous nous déplaçons dans les foires et festivals. Nous sommes ce week-end à Cerfontaine, nous serons bientôt à Bastogne et Namur. La promotion de la bière se fait également par le bouche à oreilles. »

Et la bière en elle-même dans tout cela ? Bonne nouvelle, les échos provenant des consommateurs sont quasiment unanimes : la Forestinne est une belle réussite ! « Nous souhaitons rester fidèles à la tradition brassicole ! Pour moi, une bière doit être amère. Dès le départ, avec Philippe, nous voulions que la Forestinne possède ce trait de caractère. Je suis partisan du retour vers l’amer et à travers notre bière, nous mettons nos idées en pratique ! », explique Michael, grand dégustateur. Le résultat est une bière blonde équilibrée à la touche boisée, d’un volume d’alcool de 7,5%.

« Nous voulions aussi que notre bière entretienne un lien avec la gastronomie. Je vous conseille d’ailleurs d’employer notre Forestinne si vous cuisinez des chicons ! » ajoute Michael. Le brasseur a également eu l’idée originale de mettre au point des cakes et des speculoos à la drêche !

Comme la B.G.V. sprl est résolument tournée vers l’avenir, annonçons d’ores et déjà que créer une bière brune ne déplairait pas aux brasseurs ! Le conditionnement dans des bouteilles de 33cl est également au programme.

Philippe et Michael ont réalisé leur rêve, mais celui-ci ne fait que commencer. Souhaitons leur une bonne continuation dans leur aventure brassicole, et surtout, de belles émotions !

B.G.V. Sprl
Rue Stocus, 64c
5351 HAILLOT

Tél: 0479/39.56.37 ou 0475/40.62.34
Mail: forestinne@hotmail.com
Web: http://www.forestinne.be

Interview de Bernard LEBOUCQ, brasseur de la Zinnebir (Sint-Pieters Brouwerij)

Aujourd’hui, je vous livre les fruits de ma rencontre avec un jeune brasseur belge. Vu sa présence remarquée lors de nombreux événements brassicoles, j’ai pris l’initiative de l’interroger pour connaître son histoire, au moment de la Foire Verte de l’Eau d’Heure le 6 août 2005.

Bernard LEBOUCQ est l’homme qui se cache derrière la Zinnebir, bière brassée à la Sint-Pieters Brouwerij à Sint-Pieters-Leeuw, bourgade située au Sud-Ouest de Bruxelles. (ci-contre, le brasseur avec sa compagne)

Au début, Bernard brasse en tant qu’amateur, notamment pour des tables d’hôte. Plus tard, il est contacté pour brasser à l’occasion de la Zinneke Parade de Bruxelles, événement folklorique qui se déroule chaque année au mois de mai et au cours duquel défilent des associations culturelles dans les rues de la Capitale.

Cette expérience offre à Bernard l’envie de brasser et de poursuivre plus loin l’aventure ! En juillet 2004 naît sa propre bière, la Zinnebir. Les deux premières syllabes font évidemment référence à la Zinneke Parade. Quant au « bir », il permet aux francophones et aux néerlandophones d’y trouver leur compte au niveau de la compréhension du mot. (en néerlandais, bière se dit « bier » et la prononciation est identique à « bîr »). Signalons que la région où Bernard LEBOUCQ brasse est le siège de querelles linguistiques typiquement belgo-belges.

La Zinnebir est une bière légère de haute fermentation (6% de volume d’alcool). Elle possède une couleur blonde foncée et un caractère houblonné. La brasserie propose aussi la X-Mas Zinnebir, une bière de garde plus foncée et légèrement plus alcoolisée (6,5%).

Afin de faire la promotion de sa brasserie et de ses produits, Bernard emmène sa bière dans les foires et festivals. Une des preuves est que des membres du forum de bierebel.com ont partagé un excellent moment avec Bernard lors d’un certain week-end d’octobre 2004 à Marbehan, à l’occasion du festival Brassigaume !

Le souhait du jeune brasseur est d’agrandir sa brasserie… On croise les doigts pour lui après les différentes démarches qu’il a déjà conduites pour bâtir son entreprise.

En outre, Bernard LEBOUCQ est le co-organisateur, en compagnie d’Yvan DE BAETS (brasserie De Ranke), du Festival Bruxellensis, qui se déroule à Bruxelles les 10 et 11 septembre 2005 (renseignements ci-bas). Des brasseries de Bruxelles et d’autres de Belgique raviront les palais des dégustateurs les plus pointus ! Une occasion pour rencontrer le sympathique Bernard et déguster sa Zinnebir !

Sint-Pieters Brouwerij
Victor Nonnemansstraat, 40A
1600 SINT-PIETERS-LEEUW
0497/93.23.75 (GSM du brasseur)
info@zinnebir.be

http://www.zinnebir.be

Bernard LEBOUCQ est présent sur le forum de bierebel.com sous le pseudo «zinneman»

Bruxellensis – Le Festival des Bières de Caractère
Les 10 et 11 septembre aux Glacières de Saint-Gilles (BRUXELLES)

Rue de la Glacière, 18
1060 BRUXELLES
http://www.festivalbruxellensis.be

Interview de Louis-Michel CARPENTIER, dessinateur de la bande dessinée

Une interview de M. Vermeren

A l’occasion du brassin public qui s’est déroulé le 28 février 2004 à la brasserie à Vapeur, Louis-Michel Carpentier, dessinateur de la bande dessinée « Du côté de chez Poje », était présent pour faire profiter en avant-première aux amateurs de son nouvel album « Trou du Fût » qui paraît ce 3 mars 2004 aux Editions Dupuis (couverture disponible en bas de page).

Comme d’habitude, Michaël, l’inévitable homme au chapeau pils présent à tous les endroits brassicoles possibles s’est rendu à l’événement et a rencontré Louis-Michel Carpentier. En exclusivité pour BiereBel.com, il a réalisé une interview. Bonne lecture!

Michaël – Louis-Michel, d’où provient l’idée du personnage de « Poje »?

Louis-Michael Carpentier – C’est une longue histoire! L’idée vient de la brasserie Cantillon. Je voulais réaliser une bande dessinée sur la fabrication de la bière, mais ce n’était pas très intéressant. J’ai juste réalisé une planche expliquant la fabrication de la gueuze pour Cantillon et l’idée d’une bande dessinée sur la bière est venue de là. J’ai eu un projet de bande dessinée sur les bistrots, j’en ai parlé à Raoul Cauvin, qui a commencé à ecrire des scénarios pour s’amuser. Puis, l’année de la bière en 1986 est arrivée, nous avons proposé notre idée à un éditeur qui a trouvé le sujet intéressant.

Michaël – Pourquoi avoir appellé le personnage principal « Poje »?

Louis-Michael Carpentier – « Poje » est le pseudonyme que l’on avait donné, avec des amis, au patron d’un bistrot où nous allions et allons encore. C’est un petit clin d’oeil de ma part. Il existe bel et bien, en chair et en os, vous pourrez le rencontrer en allant à son bistrot qui se trouve « Rue des Héritiers » à Bruxelles.

Michaël – Les personnages que l’on retrouve dans vos BD sont-ils fictifs ou réels? (ayant déjà, personnellement, rencontré certains d’entre eux).

Louis-Michael Carpentier – Pour la plus part, ce sont des personnages qui existent, des amis, des connaissances, des rencontres. Je m’inspire aussi de personnages de la télévision comme Régis Laspales notamment. Certains reviennent régulièrement dans mes bandes dessinées.

Michaël – Où puisez-vous vos histoires?

Louis-Michael Carpentier – Je suis avant tout le dessinateur, la plus part des histoires proviennent donc de Raoul Cauvin. J’en trouve aussi de temps en temps. Ce sont surtout des histoires de bistrots que l’on entend tous les jours, des idées ou des histoires que l’on a entendues.

Michaël – Le nouvel album de « Poje » s’appelle « Trou du fût », pourquoi ce titre?

Louis-Michael Carpentier – Parce que le trou du fût est très important! C’est souvent Cauvin qui trouve les titre des albums. (ndlr: en première page de la bande dessinée, on lit une définition, je cite: « le trou du fût sert à l’évacuation des gaz produit par la fermentation de la gueuze traditionnelle. Le trou du cul qui boucherait ce trou provoquerait immanquablement l’explosion du fût. D’où l’importance du trou du fût ».)

Michaël – L’année 2005, sera décrétée « Année de la Bière »! Y aura-t-il un nouvel album ou une réédition des premiers livres comme « L’année de la bière  » et « Tournée des grands ducs », ouvrages parus en 1986?

Louis-Michael Carpentier – Pour le moment, rien n’est prévu, tout dépendra des scénarios trouvés par Cauvin.

Michael – Louis-Michel, quelle est ta ou ton type de bière préféré (es)?

Louis-Michael Carpentier – J’apprécie beaucoup de bières mais ma sélection va en premier pour l’Orval, en deuxième position la Triple Westmalle et enfin la Cantillon.

Michaël – Merci pour cette interview, Louis-Michel.