Quand marathon rime avec houblon…

BRUXELLES, 21 juillet 2010

La soirée du 20 juillet, veille de notre fête nationale, des énergumènes tout de rose vêtus envahissent les rues de Bruxelles… La raison de cette agitation est l’IBBM, l’Iron Brussels Beer Marathon, qui se déroule pour la cinquième année consécutive.
Mais qu’est-ce donc cet IBBM, que nous désignons souvent comme “Marathon de la Bière”? Sponsorisé par la brasserie Lefèbvre de Quenast, l’IBBM est un événement brassicoleculturel et festif. Sacré programme!
Dans ce reportage, vous découvrirez les aventures brassicoles de notre équipe n°167 qui a participé à ce marathon pas comme les autres. En espérant que ce compte-rendu et ces photos vous donneront l’envie de participer à la prochaine édition.

 

20 juillet, 18h00, Place d’Espagne, à deux pas de la Gare Centrale de Bruxelles.

Pour cette édition 2010, l’IBBM a enregistré 546 participations, autrement dit 273 équipes de deux marathoniens. Les modalités d’inscription sont simples: être âgé d’au moins 18 ans, encoder ses données sur le site Internet de l’événement, verser 30 euros, et venir à Bruxelles le 20 juillet. En vue de garantir un bon déroulement, les organisateurs ont fixé un plafond pour le nombre d’inscriptions. Conseil: ne perdez pas de temps pour vous inscrire!
A 18h00, tous les marathoniens ont rendez-vous au pied des statues de Don Quichotte et Sancho Panza. Chaque équipe reçoit son pack IBBM contenant tout le matériel nécessaire, notamment un road-book, un quiz, divers gadgets, etc. Un élément nous saute aux yeux: les rouages de l’organisation sont parfaitement huilés.
A 18h30, Xavier PIERRET, l’un des organisateurs, prend la parole au mégaphone: il prononce un mot convivial de bienvenue, émet les consignes et les objectifs. Le but du marathon est de parcourir un circuit de dix cafés dans le centre-ville. A chaque étape, les marathoniens dégustent une bière. A titre d’information, le montant de participation à l’IBBM comprend les dix dégustations, une frite (!), les t-shirts, le pack, et l’accès gratuit à une after-party. Outre les visites de cafés et les dégustations, l’IBBM comprend également un quiz et des épreuves ludiques.
A 18h45, après une éclatante photo de groupe, le signal départ est lancé! Une masse rose s’empart de la ville. Prêt à nous emboîter le pas? Suivez-nous!

 


Les Marathoniens sur la ligne de départ.
 

The Backpacker Bar (Rue du Saint-Esprit, 2)

Cette première visite constitue une belle découverte. Située à un jet de pierres de la gare de Bruxelles-Chapelle, nous pénétrons dans une auberge de jeunesse. Au sous-sol, nous découvrons un bar orné de différentes plaques métalliques publicitaires. Une piste de danse jouxte le bar, du bon rock sort des amplis, un karaoke est branché, l’endroit est idéal pour déguster et faire la fête. Au bar, la serveuse nous offre une Hopus, dernière belle réussite de la brasserie Lefèbvre. Entre marathoniens, on fait déjà connaissance, on cogne les verres… et l’on sent que c’est bien parti!

 


Première halte: une Hopus au Backpacker Bar.
 

Au Brasseur (Rue des Chapeliers, 9)

Nous quittons la confidentialité du Backpacker Bar et nous nous dirigeons vers le centre-ville, haut lieu du tourisme international. Au pied de cette rue plus communément appelée Rue des Pitas, nous pénétrons Au Brasseur. L’angle du café donne sur la Grand Place et la décoration a un certain cachet authentique. Pour cette deuxième dégustation, place à une Barbar, bière au miel et produit phare de la brasserie Lefèbvre. Nous rencontrons d’autres marathoniens.
“Combien d’étoiles avez-vous déjà trouvées”?
“Tiens, the Backpaker Bar, c’est où?”
“Eh Tommy, content de te voir ici!”.
Tout au long de la soirée, l’ambiance demeure conviviale, et l’entraide omniprésente.
Anecdote: à 100 mètres du café, une équipe parvient à se faire photographier en compagnie d’un certain M.D., un homme politique liégeois en vogue et très atypique dans son genre… Un futur marathonien?
La Barbar est achevée, place au troisième établissement!

 


A quelques pas de la Grand Place, près des odeurs de pitas, une Barbar s’offre à nous.
 

Delirium Café (Impasse de la Fidélité, 4A)

Nous traversons la Grand Place, et nous nous engouffrons dans le dédale de la Rue des Bouchers, célèbre pour ses nombreux restaurants où s’attablent les touristes du monde entier. Gauche, droite, nous sommes au célèbre Delirium Cafe, à côté de Jeanneke Pis, moins connue que son alter ego masculin, mais qui hante bel et bien l’Impasse de la Fidélité. Pour rappel, le Delirium Cafe est cet établissement qui propose plus de 2000 bières. En 2004, le café est entré dans le livre Guinness Book des Records grâce à cette performance. Nous n’échappons pas à une Delirium Tremens, bière de la brasserie Huyghe de Melle.
“Tiens, vous avez trouvé la réponse de la question 8?”
“Vous pouvez nous prendre en photo devant le Delirium?”.
L’invasion et la coopération roses se poursuivent…

 


Fatalement, au Delirium Cafe, nous n’échappons pas à une Delirium Tremens.
 

Estaminet Théâtre royal de Toone (Impasse Sainte Pétronille/Rue du Marché aux Herbes, 66)

Lors du prochain arrêt, nous pénétrons dans l’un des temples du folklore bruxellois: le théâtre de Toone. Situés dans une petite ruelle proche de la Grand Place, les lieux hébergent un célèbre théâtre de marionnettes, un musée, mais aussi un estaminet. Sur d’anciennes tables en bois, nous dégustons une Kwak de la brasserie Bosteels, mais sans son célèbre étrier.
“Tiens, tu ne serais pas la copine de Quentin?”
Le monde est petit, mais les gens qui aiment s’amuser finissent toujours par se retrouver. Le hasard fait que nous rencontrons deux amis, Benoit et Vincent, avec qui nous partageons une bière.
Nous sortons de la chaleur de l’estaminet, pour rejoindre le nord…

 


L’estaminet du Théâtre Royal de Toone.
 

Le Cambridge (Rue de Malines, 37)

Non, pas le Nord cher à Dany Boon, mais bien le nord de Bruxelles-Ville. Notre road-book nous indique un café à quelques pas du World Trade Center de Bruxelles. Nous traversons les boulevards Anspach et Adolphe Max, nous nous éloignons du centre-ville est les t-shirts roses ont tendance à disparaître. Avant les gratte-ciels, une rue se présente à main droite. Nous voici rassurés: une bonne cinquantaine de marathoniens festoient joyeusement devant le Cambridge. Ca chante, ça rit, ça boit. Une Blanche de Bruxelles nous est servie au bar, nous nous asseyons et décidons de prendre un peu temps pour répondre à notre questionnaire.
“Les gars, je suis un echt (vrai) d’ici, je peux vous aider?”
Ces paroles émanent de Luc, sympathique quadragénaire qui a de la zwanze à revendre. Luc contribuera à bon nombre de nos réponses, et s’il nous lit, merci à lui pour notre seconde Blanche de Bruxelles.

 


Santé, Luc.
 

Friterie Tabora (Rue de Tabora, 2)

Frites et bières. Très cliché, mais tellement bon et vrai. La marche et les dégustations commencent à nous provoquer un petit creux dans le bas du ventre. Heureusement, les organisateurs de l’IBBM ont tout planifié, et nous rechargeons nos batteries à la Friterie Tabora, établissement que nous vous recommandons. Entre deux frites, un marathonien me confie:
“J’habite depuis deux ans à Bruxelles, et c’est aujourd’hui que je découvre ma ville!”

Le Coq (Rue August Orst, 14)

Nous prenons la direction de la Bourse, vers le quartier très animé de Saint-Gery. Une petite halte au Coq, où nous dégustons une Saint-Feuillien de la brasserie Friart. Notre montre indique 23h00, et l’heure tourne! Selon les consignes, nous devons atteindre le point d’arrivée pour 1h30 au plus tard.
Pendant le trajet, nous en profitons pour gagner des points grâce aux épreuves… Dans la rue, les passants paraissent curieux de cette masse de t-shirts roses. Beaucoup d’entre-eux jouent le jeu, se font photographier avec le masque de l’IBBM et nous aident à répondre aux questions. Encore un bel exemple de convivialité.

 


Sur le Boulevard Anspach, les passants jouent le jeu.
 

Moeder Lambic Fontainas (Place Fontainas, 8-10)

Nous empruntons le boulevard Anspach vers le sud, et arrivons au Moeder Lambic Fontainas, établissement ouvert depuis octobre 2009, à ne pas confondre avec un autre Moeder Lambic, situé sur la commune bruxelloise de Saint-Gilles. On assiste à un attroupement devant le café. Est-ce dû à la présence de l’excellente IV Saison de la brasserie Jandrain-Jandrenouille? Au bar, je rencontre Andy, sympathique barman bien connu dans le milieu des cafés brassicoles de Bruxelles.
“Bonne dégustation, et on se retrouve début septembre pour le Week-End de la Bière sur la Grand’Place “.
Promis!

 


Moeder Lambic Fontainas, ouvert depuis octobre 2009.
 

Poechenellekelder (Rue du Chêne, 5)

La prochaine étape nous conduit tout droit vers l’un des monuments les plus illustres de Bruxelles: le “fameux” Manneken Pis. Nous délaissons l’urineur le plus célèbre du monde pour mieux le retrouver en face… dans un verre de bière. Nous sommes au Poechenellekelder, et nous dégustons une Manneken Pils, nouvelle bière de basse fermentation de la brasserie Lefèbvre. A ce stade avancé du marathon, nous éprouvons du plaisir à boire une bière plus légère et rafraîchissante entre toutes les spéciales.

 


Le magnifique intérieur du Poechenellekelder.
 

Café Bebo (Place Rouppe/Avenue de Stalingrad, 2)

Cap vers le sud de la ville pour découvrir le café Bebo, “je bois” en espagnol. L’établissement jouxte le renommé et étoilé restaurant Comme Chez Soi. Entre deux discussions, nous découvrons que le café Bebo est tenu par la fille de l’ancien célèbre chef du restaurant, Pierre Wynants. Le barman nous sert une Floreffe, bière d’abbaye de la brasserie Lefèbvre. Ultime étape, il est 00h30, le temps commence à presser!

 


Au tour de la Floreffe de passer dans notre gosier.
 

Le Marseillais du Jeu de Balle (Rue Blaes, 163)

Nous débarquons dans le quartier des Marolles, à la Place du Jeu de Balle, célèbre pour ses marchés aux puces quotidiens. Une importante foule s’est déplacée jusqu’ici, et pour cause, depuis 2003, la ville de Bruxelles organise son Bal Populaire. Plus tôt dans la soirée, 15.000 personnes ont assisté au concert du Grand Jojo (on aurait bien dansé sur Chef, un petit verre, on a soif) et lorsque nous arrivons après minuit, Kate Ryan interprète l’une de ses enièmes reprises. L’endroit est bondé, et au Marseillais, certains personnages sont tellement « sympathiques » que la Rodenbach n’aura pas la saveur escomptée. Soit…

 


Le Marseillais du Jeu de Balle.
 

Fuse (Rue Blaes, 208)

Après avoir sillonné Bruxelles du sud au nord, du nord au sud, nous atteignons courageusement l’arrivée. Le rendez-vous est fixé au Fuse, célèbre boîte de nuit du centre-ville. Une bénévole récupère notre questionnaire, une équipe s’occupe de décharger les cartes mémoire des appareils photos: encore un exemple d’organisation.
Pendant la soirée, nous retrouvons des marathoniens rencontrés en cours de route, et des potes venus pour l’occasion: une soirée mémorable s’annonce!
Nous quittons la soirée très tard. Tant pis, nous ratons les croissants prévus pour les irréductibles restés jusqu’aux petites heures.

 


Une after-party au goût houblonné.
 

Pour la petite histoire, notre équipe n°167 terminera à la 119ème place du classement général du Marathon. Peu importe la performance, notre premier IBBM a constitué un événement haut en couleurs, qui résume à lui seul les valeurs véhiculées par la bière.

Merci aux organisateurs, aux bénévoles, aux cafetiers, aux marathoniens, à toutes les personnes rencontrées,… et à l’année prochaine!

 

Visitez le site officiel de l’IBBM
http://www.ibbm.be

Une heure de Luxembourg sur la Place… du Luxembourg

Article et photos de G. Salvaggio

Bruxelles, 17 septembre 2009 –16/09/2009 : Marché des produits du Luxembourg belge sur la place du Luxembourg à Ixelles (Bruxelles)… ainsi parlait l’agenda Bierebel après qu’eût été effacée de ses tablettes l’édition 2009 du Week-end de la Bière Belge sur la Grand-Place de Bruxelles, événement qui s’était tenu une dizaine de jours auparavant.

Tiens… Quelque chose se passait un mercredi au pied au Parlement Européen, Place du Luxembourg, et de surcroît un mercredi ? D’accord, ce n’était pas la première fois, mais à vrai dire, qui en avait jamais réellement entendu parlé ?

Etant à Bruxelles ce matin-là, il n’en fallut pas moins pour que ma curiosité fut éveillée… Et je dois dire que ce fut pour mon plus grand contentement, encore que je n’avais qu’une petite heure à consacrer au tout. Métro (ligne 2), arrêt Trône, 5 minutes de marche… J’allais enfin savoir.

Et bien, pour tout dire, point de déception : concentré, fourni, varié, alterné, tels furent les qualificatifs qui me vinrent immédiatement à l’esprit pour qualifier l’événement. De baguettes en tartiflettes, de liqueurs en limonades, de salaisons aux autres boissons, il y en avait vraiment pour tout le monde. Et du monde, il y en avait.

Il faut dire qu’en ce lieu et à cette heure, c’est sûr, on entendait parler toutes les langues, sans doute échappées de quelques fonctionnaires européens, à moins que ce ne furent celles des étudiants d’une Haute Ecole de traduction toute proche ou, qui sait, de ces touristes qui préfèrent la période de septembre, traditionnellement si animée à Bruxelles.

Question bières, une belle kyrielle de brasseries était représentée, et il ne me fut pas toujours aisé de prendre des photos, tant le succès de leurs productions ne cessait de se démontrer au cours de mes déambulations, lesquelles m’amenèrent chez Millevertus, qui non content d’être judicieusement situé près de la scène de concert, avait attiré mon attention de par le mal évident qu’avait notre pauvre brasseur à la tirer correctement.

On vient de changer le fût, expliquait Daniel Lessire à un client bien désireux de tester une «Bella Mère». Je peux vous la proposer en bouteille, reprenait de plus belle son collègue. Mais rien n’y faisait : la bonne humeur restait et la bière devait être tirée, non point versée.

Le lecteur peu averti ne le saura peut-être que trop peu : lever une installation d’un jour relève parfois de l’exploit. C’est que contrairement aux bistrots, les fûts transportés n’ont pas le temps de voir leur contenu se reposer et la réfrigération ne peut pas toujours être aussi complète qu’après 24 heures de d’activité ininterrompue des circuits de refroidissement. Tout comme la nature, même la technique doit parfois pouvoir prendre son temps.

Salut, Daniel. La forme ? Qu’est-ce que tu proposes aujourd’hui ? Une «Mère Supérieure» ? Va pour «une Mère Supérieure»… Et supérieure, elle l’était. De l’aveu que je me fis à moi-même, je ne me souvenais pas d’avoir dégusté quelque chose d’aussi plaisant depuis longtemps : 9 degrés que l’on ne sent pas venir, une mousse aussi onctueuse que le reste du produit, une belle note de prunes tandis que seuls 5 malts et 5 houblons ont été utilisés sans autre forme d’adjonction, bravo, Monsieur l’Artiste ! Quelques clients bien attablés semblaient par ailleurs abonder dans ce sens. On se revoit à Brassigaume ? Ah non, cette année, je suis invité au Mondial de Strasbourg… Bon, en 2010, alors…

On a beau être amateur de bière, il y a toujours trahison dans l’air. La perfidie, cette fois, provint de Torgny, le village le plus septentrional de Belgique, qui présente la particularité (quoique de plus en plus diffuse en Wallonie) de cultiver la vigne et de produire vins et mousseux.

Si le noir est couleur de trahison, blanc fut celle du produit que je dégustai, avec contentement, faut-il le dire. A peine acidulé et un rien perlé, le produit se rapprochait clairement de ce que peut offrir le Grand-duché de Luxembourg, tout en rappelant que c’est bien de la Province belge qu’il provenait et non pas du pays voisin. Sincèrement, j’aurais bien aimé le voir accompagné d’une tartiflette (que je ne manquai pas de m’enfourner plus tard, mais dans un autre stand), d’une Bretzel ou d’un peu de choucroute. Faudra attendre l’Alsace et ses marchés de Noël.

A force de tourner boutique, on entame toujours bien une discussion. Tu connais la Frangine de la Brasserie de la Semois ? Me dit en substance la préposée de la Brasserie Sainte-Hélène. Nous la promouvons. Oui, oui, j’ai eu l’occasion de la tester à Hotton. Ah, ben oui, c’est là qu’elle a été proposée pour la première fois au public. Logique de la retrouver ici : de la Province du Luxembourg à la Place du même nom, il n’y a qu’un pas… Tiens, c’est pas bizarre de tenir un stand un mercredi ? Si, me dit-elle, mon mari a même dû prendre congé. Mais c’est chaque année comme ça

On a beau être amateur de bière, il y a toujours trahison dans l’air. Déjà dit, mais si véridique. La dernière de la journée : ne voilà donc pas Marie en train d’avaler, enfer et damnation, un verre de limonade ? Ouf, de la limonade artisanale. Le tenancier se propose de me la faire goûter. Aucun sucre pour déferler dans mon gosier. Qu’était-ce donc là pour un mystère ? Ici, tout est naturel, m’explique alors le limonadier. Que du fruit, pas de sucres. Et bientôt, nous allons même lancer une limonade pour diabétiques. Ouf !… et slurp…, me dis-je en appréciant grandement l’affaire.

C’est pas pour dire : en une heure, rien ne m’avait déçu. Ni l’ambiance, ni la bouffe, ni la musique, pas même la bière. Il faudrait simplement que chaque second mercredi de septembre, tout le monde ait congé.

 

 

 

Le tour des brasseries luxembourgeoises

Brasserie-dépôt du Grand Enclos, Senseruth (Bouillon)

 

Brasserie Millevertus, Toernich (Arlon)

 

Brasserie d’Achouffe, Wibrin-Achouffe

 

Brasserie Sainte-Hélène, Ethe

 

Brasserie de la Semois, Sainte-Marie-sur-Semois

 

Brasserie trappiste d’Orval, Villers-Devant-Orval

 

Brasserie Gigi, Gérouville

 

Brasserie de Rulles, Rulles

 

Brasserie de Bouillon, Bouillon

 

Brasserie Saint-Monon, Ambly

Et sans les oublier…

Limonaderie artisanale Distrival, Soy-Erezée

Pain, alcools, fromages et charcuteries…

Interview de Nasser EFTEKHARI du Beer Mania à Bruxelles

Un interview de G. Salvaggio

Un magasin à bières en Belgique, cela n’a rien de surprenant. Encore moins s’il se situe à Bruxelles. Mais l’histoire et la philosophie de son tenancier, un Iranien se disant en pleine réalisation de sa destinée, est pour le moins étonnante.

Obligé de fuir un régime sous lequel il était interdit de brasser de la bière alcoolisée, c’est à pied que Nasser Eftekhari prit la fuite de son pays pour atterrir, après 9 mois passés en Turquie, en Belgique où, selon les lois relatives au statut des réfugiés politiques, il n’aurait jamais dû rester plus de deux semaines.

La Ligue des Droits de l’Homme aidant, le Destin fit le reste et voici que Nasser, ce passionné de bières, ne cesse, depuis 1986, de se mettre aux services des amateurs pour le plus grand plaisir de leurs papilles gustatives.

Jef – Vous êtes originaire d’Iran. N’est-ce pas un peu contradictoire, pour un homme venu de régions musulmanes, de promouvoir la bière ?

Nasser – Tout d’abord, il se fait que je ne suis pas musulman, mais zoroastrien, venu d’un pays où se mêlent de nombreuses pensées philosophiques non matérialistes, telles que le soufisme (NDLR : Philosophie née au VIII°s, à vocation mystique, prônant la recherche de la vérité au fond de soi-même.) De ce fait, je pense que l’homme est, au plus profond de lui-même, au courant de sa destinée et la mienne fut sans aucun doute l’appel vers la Belgique.

Bien entendu, de nombreux événements politiques ont contribué à ma décision. Quand le Shah d’Iran a été destitué au profit des régimes religieux, la bière alcoolisée et a été interdite en Iran. Je passais donc du temps, dans ma cave, à refermenter des bières non alcoolisées à l’aide de sucre et de levures. Un engouement est né pour la bière, accompagnée de la frustration de ne pouvoir exercer ma passion publiquement. En quittant mon pays, je me suis juré que si j’arrivais à accomplir mon rêve, je me plongerais, pendant trois jours, dans une baignoire de pils.

Arrivé en Belgique, après de nombreuses péripéties, je suis parvenu à me faire engager comme serveur dans un bar d’Ixelles, dans lequel se réunissaient des habitués, et j’ai appris qu’une femme désirait remettre son commerce de bières. Dès que j’ai vu la façade du magasin, et sans même entrer dedans, j’en suis tombé amoureux. Depuis, je n’ai jamais accompli ma promesse de ma baigner trois jours dans la bière. Et pour cause, ça va faire presque 20 ans que je baigne dans le monde de la bière (rires).

Jef – On dit parfois que les Belges, pourtant réputés dans le monde, sont en fait de bien piètres connaisseurs de leur produit phare. Qu’en est-il ?

Nasser – Il faut nuancer les choses. C’est vrai que les Belges s’y connaissent mieux en vins. Même mieux que les Français, je dirais, qui se cantonnent à boire leurs produits régionaux, quand les Belges n’ont aucune raison de privilégier un vignoble plutôt que l’autre. Mais il faut dire qu’il y a 20 ans, c’était surtout la pils qui était synonyme de bière. Et quand on voulait boire quelque chose de plus assuré, on prenait une Trappiste ou une bière d’Abbaye, elle-même souvent confondue avec les vraies Trappistes. Combien de fois n’ai-je entendu quelqu’un me dire : «J’ai bu une Trappiste de Grimbergen»…

Face à ce manque d’éducation, un tournant, est certainement survenu en 1986, à l’occasion de l’année de la bière, au cours de laquelle un journaliste anglais, Michael Jackson (NDLR : à ne pas confondre avec le chanteur), a publié un livre sur les Grandes Bières de Belgique («Great Beers of Belgium»), ouvrage qui a littéralement contribué à l’explosion du phénomène «bières spéciales». D’autres événements ;, tels que la création d’Interbrew, ne sont certes pas étrangers à ce soudain gain d’intérêt pour les bières spéciales.

Mais ceci dit, soyons attentifs au revers de la médaille. Beaucoup de choses dommageables se passent dans le monde de la bière. Les Belges finissent par être les victimes de leur succès. Au nom du besoin et des demandes d’expansion internationale, les brasseries sont obligées de fabriquer plus en moins de temps. Une bière qui a normalement besoin d’un mois de fabrication peut aujourd’hui être réalisée en une semaine grâce aux technologies microbiologiques. La qualité de la bière se perd de plus en plus, ce qui n’est pas pour nous défendre face au savoir-faire de plus en plus grandissant des Américains, Canadiens, Bretons, etc… En outre, comme les goûts de produits évoluent sans cesse, ça rend très difficile mon travail de conseil gustatif à la clientèle.

Jef – Vous annoncez 400 bières. Comment peut-on gérer cela en termes de logistique ?

Nasser – Au départ, je ne vendais que 200 bières et j’allais moi-même les chercher dans les brasseries, ce qui, bien sûr, m’a permis de les visiter et de me créer des liens. Les choses ont donc évolué un peu à la fois. Aujourd’hui, j’ai une vie de famille que je ne veux pas négliger et pour 70% de mes produits, je me fais livrer. Pour les 30% restants, je continue à me rendre moi-même sur place.

La logistique de la bière n’est pas une mince affaire. J’annonce 400 bières, mais la moyenne du stock tourne en général autour de 380, avec un pic à 413 étiquettes différentes.

Jef – Vous proposez, depuis plusieurs mois, un salon de dégustation. Vous aviez envie de faire autre chose ?

Nasser – Je dirais simplement deux choses. D’abord, d’un point de vue objectif, le marketing nécessite que l’on agrandisse et conforte ses activités. J’ai voulu simplement donner un nouveau moteur à mon activité.

D’un point de vue plus subjectif, il faut dire que des demandes de dégustations étaient formulées par mes clients et je ne disposais pas de l’infrastructure nécessaire pour que cela s’effectue dans de bonnes conditions. J’ai bien organisé des soirées à la Grand-Place, mais bon, d’un point de vue financier et logistique, c’était lourd.

Outre le côté pratique d’avoir un salon de dégustation sur place, le fait qu’il soit situé au fond du magasin, et non pas en vitrine, contribue à ce qu’il soit devenu un lieu de rencontre des vrais amateurs. Je ne veux pas en faire un bistrot. La musique y est cool, et les gens viennent pour se rencontrer et parler de leurs passions communes. Et si c’est autour d’une bonne bière, c’est encore mieux.

Jef – Quelle est votre bière préférée ?

Nasser – Je suis content de la façon dont vous me posez cette question qui revient toujours, car j’ai horreur qu’on me demande quelle est la meilleure bière, car il n’y a pas de «meilleure» bière. J’ai une préférence pour les amères, mais une bonne gueuze en été, je ne dis pas non.

Jef – Qu’est-ce que vous aimez et détestez le plus dans notre métier ?

Nasser – Ce que j’adore, ce sont ces sommes de petits bonheurs que mon métier me procure. Les dégustations, surtout. Pas seulement celles qui ont lieu au salon. Je parle aussi de celles qu’il m’est donnée de vivre dans les brasseries, et les moments que je passe avec les brasseurs qui insistent pour en boire une avec moi tandis que je m’approvisionne chez eux. Hanssens et Drie Fonteinen constituent deux exemples représentatifs parmi tant d’autres. Si je les cite, c’est parce qu’ils ne sont pas situés très loin de chez moi.

Ce que je déteste, c’est la réception de consignes mal lavées, qu’il faut aller refourguer aux brasseries. En été, c’est encore pire si on tient compte de toutes ces vidanges pleines de mégots de cigarettes. C’est le côté le moins amusant, mais sans lui, pas de stock, pas de service au client.

Jef – J’aimerais terminer par une question piégée à laquelle vous êtes libre de ne pas répondre : ne trouvez-vous pas certains de vos prix parfois exagérés ? Je note, par exemple, qu’une bouteille de 33 cl de Rodenbach Alexander est vendue 10 euros… (NDLR : Cette Rouge des Flandres, aromatisée à la cerise, n’est plus produite depuis l’an 2000…)

Nasser – D’abord, je me défendrais en disant qu’il existe des établissements nettement plus chers. J’ai une fois constaté qu’une Carolus 75 cl, que je vends 12 euros, est vendue 100 euros dans un bar célèbre de Bruxelles.

De manière plus positive, je dirais que je fais tout pour assurer un service impeccable et confortable au client. Prenez mon salon de dégustation, par exemple. Je n’ai employé que les meilleurs matériaux. Le frigo est un appareil qui, en permanence, stabilise la température des consommations à 12° C. Son moteur a été démonté pour être placé à la cave, afin que son bruit ne dérange pas les clients. Une opération pareille coûte chez. Le plancher, c’est du chêne, du vrai, du 22 mm d’épaisseur. Et il n’y a rien affaire : les échéances bancaires, ça se paye.

Les gens ont la liberté de choisir leurs prix et leur endroit. Les personnes qui viennent chez moi font ce choix. Ce que je veux, avant tout, c’est offrir le meilleur service à ma clientèle. La pauvre, elle a déjà assez de soucis comme ça pour trouver une place de parking… (rires)

Adresse du Beermania

Beer Mania
Chausée de Wavre, 174-176
B-1050 IXELLES (Bruxelles)

Tél. : + 32 (0) 2.512.17.88
Mail : beermania@skynet.be

Ouvert du lundi au samedi, de 11 h à 21 h (Tous les jours en décembre)
Possibilité de commander via le site www.beermania.be Livraisons assurées par poste.