Brasserie Jean Tout Seul… Côté cour, côté jardin

Article de G. Salvaggio

Texte reçu d’un brasseur, Pierre, que son épouse, Marielle, a diligemment pris la peine de rédiger…

Un soir, l’âme de la bière chantait dans les bouteilles… Deux ingénieurs et un dessinateur, apiculteur à ses heures perdues, sont en train de commenter les qualités gustatives de la bière qu’ils tiennent à la main lorsque soudain, l’idée fuse : « Et si nous aussi nous en faisions? »

Après une bonne nuit de sommeil, l’élucubration paraît moins loufoque. Un business plan germe dans l’esprit de Pierre. La vieille ferme familiale qu’avec Marielle, son épouse, il occupe permet en effet une grande créativité. Il a les dépendances, l’étable, les vieux rangs de cochons. Il y voit déjà des cuves, des tuyaux et bien entendu des bouteilles. Un coup de folie, peut-être, mais qui mérite d’être tenté.

Bien sûr, on ne s’improvise pas brasseur en un jour et Pierre s’en va suivre des cours à la Haute Ecole de Gand histoire de parfaire son savoir en matière d’élixir houblonné. Deux ans plus tard, diplôme en poche, il transmet son bagage à ses deux compères. Les travaux d’aménagement peuvent commencer. Un énorme boulot d’autant qu’il faut parallèlement mettre au point une recette avec, reconnaissons- le des testeurs aussi enthousiastes que dévoués. Sans oublier les étiquettes et le verre qui prennent forme sous le crayon expert de Jimmy. Tout est prêt pour que La Trompeuse puisse faire sa première sortie en public lors de la soirée « Bières de Noël » au Club Animation de Bois-de-Lessines, ce 18 décembre 2009.

Il aura donc fallu trois ans pour voir le projet aboutir. Créer sa mini-entreprise n’est pas chose facile et encore moins dans le domaine alimentaire. Une fois les statuts de la société publiés au Moniteur, il faut encore obtenir toutes les autorisations nécessaires auprès des Accises et de l’AFSCA, organismes de prime abord rébarbatifs mais que nos jeunes entrepreneurs ont appris à bien connaître. Au-delà de l’aspect purement administratif, il y a évidemment l’aspect financier. Comment réaliser les travaux d’aménagement et acquérir le matériel à moindre coût ? La réponse est simple : avec beaucoup de sueur et un solide dose de débrouillardise. C’est ainsi qu’une partie des installations de la brasserie a permis de redonner vie à des cuves à lait, dénichées en faisant du porte à porte auprès des fermes de la région. Nos trois brasseurs ne peuvent désormais plus croiser une cuve inox terminant sa carrière en guise d’abreuvoir dans un champ sans imaginer le volume de bière que l’on pourrait y produire !

La brasserie elle-même s’appelle Jean Tout Seul, un nom qui fait sourire et suscite bien des interrogations… C’est en quelque sorte un retour aux sources, un hommage au terroir. La brasserie tire en effet son nom de l’histoire de la maison dans laquelle se situent ses installations. Le dernier occupant de l’antique demeure, avant que Pierre et Marielle ne s’y installent était le grand-oncle de celle-ci. Il se prénommait Jean et la tradition familiale était intarissable sur le côté original et décalé de cet ancêtre. En discutant avec les anciens du village, ils en ont appris davantage. Notamment qu’en raison de son caractère solitaire et franchement acariâtre, il était surnommé « Jean Tout Seul » Le patronyme les a tout de suite séduits, tout comme l’idée de garder un lien avec le site sur lequel ils projetaient de développer leur projet.

Il devient aujourd’hui réalité. La brasserie démarre avec une bière blonde à ambrée exclusivement à base de malts et de houblons soigneusement sélectionnés, sans épices ni aromates, ce qui permet de retrouver le goût d’un produit naturel mais néanmoins subtil au nez et au palais. Il va sans dire que les trois comparses envisagent d’offrir prochainement une petite sœur à « La Trompeuse » Mais comme le dit l’adage, tout vient à point à qui sait attendre.

Serait-il besoin d’en dire plus ?

Dire, peut-être pas, mais vivre, certainement… C’est ainsi que je ne pus, après avoir pris rendez-vous, résister à l’envie d’aller découvrir ce lieu un soir de 30 juin 2010, tandis que le soleil battait son plein, invitant à la promenade et à la dégustation.

Pourquoi un 30 juin, et pourquoi pas les 26 et 27 du même mois ? Et oui : c’étaient justement les premières portes ouvertes et, paraît-il que ce fut un grand succès : 1000 personnes, rien de moins ! Bon, il faut dire que nos brasseurs avaient mis le paquet en distribuant des toutes-boîtes dans tout le village. Résultat : 1/3 des participants étaient de fiers villageois, bien heureux, comme ils disaient, d’«avoir leur brasserie»… Il faut dire que depuis quelques semaines, de curieuses senteurs de malt et houblon s’étaient invitées dans les chaumières.

Et il faut croire que tout fut organisé pour que tous, jeunes et moins jeunes, y trouvassent leur compte de satisfaction : des panneaux pédagogiques aux balades en cheval de trait, des jeux à l’ancienne aux concerts en plein air, de la traditionnelle dégustation gratuite aux jus de fruits les plus savoureux, qui aurait pu résister à cette manifestation ?

C’est vrai : je ne fus pas de la partie ce fameux week-end, mais entendre Pierre, mon hôte, me conter avec tant d’enthousiame et d’éloquence l’historique de la brasserie et le bon déroulement de ces portes ouvertes, c’est comme si je m’y étais trouvé.

Pendant que je me plaisais à imaginer ce que j’avais manqué, et tandis que je consultais le Livre d’Or des Portes Ouvertes, voilà qu’une Trompeuse vint atterrir sur la table. Orangée, nantie d’un magnifique col de mousse, il me vint immédiatement à l’idée de la comparer à un Orval, voire une «Indian Pale Ale». Il faut dire que houblonnée en deux phases et utilisant du froment, elle ne pouvait qu’affronter le dur soleil en laissant, dans le palais, des notes résiduelles de chocolat et de pâte dde noisette, description qui ne put que faire rire notre brasseur. Tenté par une deuxième, je ne le fus pas par une troisième… trompeuse, la Trompeuse : du haut de ses 6.5°, elle vous ferait vite croire qu’elle en titre 9. Et ce ne sont pas chats de la brasserie qui me démantiront.

Au fait, il paraît que le fait de posséder un chat fait d’une brasserie qu’elle est un excellente brasserie… Mais faut-il réellement aimer les félins pour se convaincre que Jean tout seul, c’est la qualité qui, alliée à la convivialité, réussira à en séduire plus d’un, y compris hors de nos frontières ? C’est en tous cas tout le mal(t) que nous leur souhaitons.

 

Côté cour…


De gauche à droite : Marie, Marielle et Pierre Campion.

Rue d’Horlebaix, 57 – 7866 BOIS-DE-LESSINES
Accueil garanti le mercredi de 18:00 à 20:00
et le samedi de 10:00 à 13:00

L’étiquetteuse, modifiée de telle manière à également servir
d’encapsuleuse. Quand les ingénieux s’y mettent…

Pierre Campion, fier de son installation flambante neuve,
et pourtant réalisée avec beaucoup d’astuces
en matière de récupération.

Voir et comprendre :
Le souci d’une pédagogie à toute épreuve…

Un jeu particulièrement amusant qui a dû
en ravir plus d’un lors des Portes Ouvertes :
reconstituer les principales étapes du processus
de brassage en faisant glisser les bonnes
séquences à la manière des jeux d’enfants.

Le chat, éternel garant d’un brasserie de qualité !

 

Des bruits circulent : les bières de la brasserie
pourraient, à l’avenir, se voir livrées comme
dans le temps jadis… Vous avez dit «charrette» ?

Satisfaction du temps passé
Perspectives du temps futur
Méditation du temps présent

Va pour le temps présent…

Une trompeuse en appelle souvent une autre…

 

 

… côté jardin

 

Un buveur averti en vaut deux…

Il n’y pas que de la bière… concert

Certains préfèrent à cheval.. D’autres à (grands) pied(s)

Les jeux traditionnels trouvent de plus en plus leur place dans les manifestations brassicoles

La trompeuse ? On en boirait jusqu’au bout de la nuit…