Une matinée de brassage chez NovaBirra

24 juillet 2009 – Un vendredi matin à Braine-l’Alleud. Une rue en cul-de-sac, un porte de garage verte dissimulant un large entrepôt. La porte se relève doucement… Apparaît un homme souriant vêtu d’un tablier, des effluves de brassins l’accompagnent. Emanuele « Manu » Corazzini me souhaite chaleureusement la bienvenue dans les bâtiments qui abritent sa nouvelle société NovaBirra. En route pour découvrir cette jeune société, fruit de l’imagination d’un jeune entrepreneur passionné et dynamique.

 

 

 

« Je prends de l’avance! Figure-toi que je brasse… une bière de Noël! ». Nous sommes en juillet, et Manu crée, anticipe, invente et recherche constamment. Depuis qu’il a fondé NovaBirra (un mot à consonance italienne en référence à ses origines) en avril 2008, il s’investit corps et âme dans ce projet, pour lequel les maîtres-mots pourraient être passion… et patience.

 

 

Plongé dans le monde de la bière depuis de nombreuses années (Manu fait partie de l’équipe organisatrice du renommé Festival Bruxellensis à Saint-Gilles), sa société NovaBirra répond principalement à trois objectifs. « Ma première activité consiste à vendre des bières artisanales. Actuellement, je me limite volontairement à quatre brasseries: Senne (Zinnebir), Trois Fourquets (Lupulus), Rulles et Jandrain-Jandrenouille (IV Saison et V Cense), ma dernière révélation. Je connais chacun de ces brasseurs, ce sont des passionnés, des artisans-brasseurs. C’est pour cette raison que j’ai choisi leurs produits. J’apprécie aussi d’autres brasseries comme chez De Ranke ou Blaugies mais je préfère évoluer progressivement, en fonction des demandes qui me sont adressées ».

L’explication à peine terminée, voici que j’endosse un tablier. « Fais-toi plaisir! C’est l’étape de la saccharification, brassons ensemble cette de bière de Noël! » Entretemps, Manu m’offre une bière de sa propre production, une blanche assez acidulée. Comme nous le rappelle l’adage quelque peu revisité:Pendant l’effort, le réconfort!

 

Revenons-en aux activités de NovaBirra… Un autre champ d’action de Manu réside dans la dégustation.« J’organise des dégustations pour différents publics, des groupes d’amis, des sociétés. Les gens découvrent des bières de ma propre production, et d’autres plus connues du grand public. Je constate que les gens sont très curieux. Qu’est-ce qu’une triple? Qu’est-ce que la fermentation? Avec les dégustations, j’en profite pour évoquer l’aspect gustatif du produit, mais aussi les techniques de fabrication, les deux étant liés ».

Manu a certainement remarqué que j’étais d’un naturel curieux. Aussitôt son commentaire achevé, une bière sort du frigo. « Goûte-la, et dis-moi ce que tu en penses ». Une couleur ambrée, une bière parfumée qui se distingue par un équilibre remarquable entre douceur et amertume. Je lui tire mon chapeau. « Il s’agit d’une sorte d’Amber Ale pour laquelle j’ai utilisé du houblon Amarillo, notamment présent dans la 5 Cense de la brasserie de Jandrain-Jandrenouille. Pour la brasser, je me suis inspiré de bières produites aux Etats-Unis ». Aaah, l’Amérique. Si Manu mentionne dix fois le pays de l’Oncle Sam pendant notre matinée, c’est bien peu… On en reparle plus tard…

 

 

Intermède terminé, vous aurez compris que l’activité centrale de NovaBirra se situe dans le brassage, en particulier l’enseignement du brassage. « Un jour, dans le train, je lisais un livre en anglais sur les techniques de brassage. En face de moi, un homme m’observe et me dit que c’est inutile de brasser soi-même étant donné qu’en Belgique, on peut déguster tout ce que l’on veut! Je ne comprends pas cet état d’esprit. Je pense que nous sommes dans une époque dans laquelle les gens veulent revenir vers des valeurs plus régionales, authentiques. Grâce à mes formations, mon souhait est de démontrer aux gens la qualité qu’ils peuvent obtenir eux-mêmes en brassant. Je ne brasse pas pour moi-même mais pour partager ».

Concrètement, NovaBirra propose des stages d’une durée de deux jours. Le première partie est théorique, Manu expose la fabrication de la bière à ses stagiaires, un syllabus est compris dans le prix du cours. Il est judicieux de signaler que le niveau est assez poussé, des notions techniques et chimiques sont évoquées. Intervient ensuite la création de la recette de la bière en compagnie du stagiaire. « Parfois, des gens s’inscrivent et m’annoncent qu’ils veulent brasser une bière fruitée. Je refuse immédiatement. Je leur explique qu’à la base, il faut savoir brasser une bière classique, c’est-à-dire une boisson fermentée à base d’eau, d’orge et houblon. D’ailleurs, j’utilise très peu d’épices, je préfère jouer sur les nuances de malt et houblon. » Le deuxième jour, c’est le brassage proprement dit: démarrage à 8h00 et travail le reste de la journée. Quelques semaines plus tard, Manu invite le stagiaire pour effectuer l’embouteillage. Dans sa démarche, il privilégie la cohérence et signale: « pour suivre ce genre de formation, deux éléments sont essentiels. Le premier, c’est le temps. Les gens doivent comprendre qu’en brassage, sans patience, on n’arrive à rien. Brasser dure environ deux heures, créer la bière dure une journée entière. Ensuite, place à cinq semaines de patience avant de mettre en bouteille, puis trois ou quatre mois avant de goûter… » L’autre élément, qui anime Manu à l’instar de nombreux amoureux de la bière, c’est la passion. « La passion, c’est beau. Mais ce qui serait magnifique, c’est de voir émerger des micro-brasseries dans les villages belges, des clubs de brasseurs amateurs qui se réunissent comme USA. Dans le contexte actuel où des géants brassicoles avalent des petites brasseries, le potentiel se trouve chez le particulier! Je souhaite être un relais pour tous ces gens qui veulent obtenir les informations nécessaires afin de brasser leur propre produit. Les gens doivent aussi sortir de chez eux, se faire connaître. Plus on est, plus on peut partager, se rencontrer, déguster, émettre des remarques constructives sur le produit, s’améliorer. »

 

 

Ah, la passion… Flash-back. Ingérieur du son de formation, Manu s’exile aux Etats-Unis entre 1995 et 2002. « Dans le cadre de mon métier, j’ai parcouru les USA, j’ai accompagné un groupe de danse contemporaine à travers tout le pays. Après chaque spectacle, j’en profitais pour visiter la micro-brasserie qui se cachait dans chaque ville. J’ai été impressionné par cet incroyable mouvement de brasseurs! Je me suis régalé grâce à des porters, des stouts et bien d’autres merveilles. Cette expérience a profondément nourri ma passion de la bière. Mes prochains voyages? Dublin et le Québec afin de tisser des contacts dans le domaine brassicole ».

Cessons de voyager un instant, revenons à Braine-l’Alleud. Le brassage de la bière de Noël n’attend pas. Place à la filtration qui sera suivie de l’ébullition et du houblonnage. Visiblement passionné et talentueux tant dans la maîtrise de la technique du brassage que la pédagogie, Manu m’explique les principes des étapes, m’apprend des « petits trucs » du métier. Il prodigue avec précision et enthousiasme les explications. « Je suis également guitariste et j’ai donné des cours de guitare il y a quelques années. C’est toujours fascinant d’assister aux progrès de certains élèves. En brassage, c’est exactement la même chose! ».

 

 

Même si Manu avoue se fier beaucoup à son intuition et à sa créativité, il n’en reste pas moins un brasseur rigoureux qui archive et documente chacune de ses étapes. « Comme chaque brasseur qui se respecte, je note tout et je photographie. Lorsqu’un élève a terminé son brassage et qu’il faut attendre quelques semaines pendant la mise en garde, je lui transmets des photos pour le tenir au courant de l’évolution de sa création ».

 

 

 

 

L’horloge tourne et j’ai déjà versé à deux reprises du houblon dans la cuve d’ébullition. Faute de temps, Manu prendra en charge sans moi la deuxième filtration, la fermentation et l’embouteillage. Mais un rendez-vous est déjà fixé dans nos agendas pour la fin de l’année. « Brasser une bière et ne pas la déguster ne serait pas cohérent! On se revoit maximum en décembre pour goûter cette première cuvée Bierebel! ». Comptez-sur moi, j’ai hâte de découvrir cette bière brune qui titrera 8,5% de volume d’alcool…

 

 

Pour plus d’informations

NovaBirra (Braine-l’Alleud)
Contact: Emanuele CORAZZINI
Mail: manu@novabirra.com
Site: http://www.novabirra.com

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Pierre Lebrun

A propos Pierre Lebrun

Pierre (Pierrot) s'est toujours intéressé au patrimoine brassicole de son pays. A l'aube de sa majorité, en 2001, sa passion pour la bière le conduit à fonder Bierebel.com en compagnie de son frère cadet. Le site permet à Pierre de développer de nouvelles connaissances, de côtoyer le milieu brassicole (visites, festivals...), et surtout, d'informer et de réunir de nombreux amateurs de bières. Depuis 2013, il est également actif dans le Slow Beer Club.

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