Une matinée de brassage chez NovaBirra

24 juillet 2009 – Un vendredi matin à Braine-l’Alleud. Une rue en cul-de-sac, un porte de garage verte dissimulant un large entrepôt. La porte se relève doucement… Apparaît un homme souriant vêtu d’un tablier, des effluves de brassins l’accompagnent. Emanuele « Manu » Corazzini me souhaite chaleureusement la bienvenue dans les bâtiments qui abritent sa nouvelle société NovaBirra. En route pour découvrir cette jeune société, fruit de l’imagination d’un jeune entrepreneur passionné et dynamique.

 

 

 

« Je prends de l’avance! Figure-toi que je brasse… une bière de Noël! ». Nous sommes en juillet, et Manu crée, anticipe, invente et recherche constamment. Depuis qu’il a fondé NovaBirra (un mot à consonance italienne en référence à ses origines) en avril 2008, il s’investit corps et âme dans ce projet, pour lequel les maîtres-mots pourraient être passion… et patience.

 

 

Plongé dans le monde de la bière depuis de nombreuses années (Manu fait partie de l’équipe organisatrice du renommé Festival Bruxellensis à Saint-Gilles), sa société NovaBirra répond principalement à trois objectifs. « Ma première activité consiste à vendre des bières artisanales. Actuellement, je me limite volontairement à quatre brasseries: Senne (Zinnebir), Trois Fourquets (Lupulus), Rulles et Jandrain-Jandrenouille (IV Saison et V Cense), ma dernière révélation. Je connais chacun de ces brasseurs, ce sont des passionnés, des artisans-brasseurs. C’est pour cette raison que j’ai choisi leurs produits. J’apprécie aussi d’autres brasseries comme chez De Ranke ou Blaugies mais je préfère évoluer progressivement, en fonction des demandes qui me sont adressées ».

L’explication à peine terminée, voici que j’endosse un tablier. « Fais-toi plaisir! C’est l’étape de la saccharification, brassons ensemble cette de bière de Noël! » Entretemps, Manu m’offre une bière de sa propre production, une blanche assez acidulée. Comme nous le rappelle l’adage quelque peu revisité:Pendant l’effort, le réconfort!

 

Revenons-en aux activités de NovaBirra… Un autre champ d’action de Manu réside dans la dégustation.« J’organise des dégustations pour différents publics, des groupes d’amis, des sociétés. Les gens découvrent des bières de ma propre production, et d’autres plus connues du grand public. Je constate que les gens sont très curieux. Qu’est-ce qu’une triple? Qu’est-ce que la fermentation? Avec les dégustations, j’en profite pour évoquer l’aspect gustatif du produit, mais aussi les techniques de fabrication, les deux étant liés ».

Manu a certainement remarqué que j’étais d’un naturel curieux. Aussitôt son commentaire achevé, une bière sort du frigo. « Goûte-la, et dis-moi ce que tu en penses ». Une couleur ambrée, une bière parfumée qui se distingue par un équilibre remarquable entre douceur et amertume. Je lui tire mon chapeau. « Il s’agit d’une sorte d’Amber Ale pour laquelle j’ai utilisé du houblon Amarillo, notamment présent dans la 5 Cense de la brasserie de Jandrain-Jandrenouille. Pour la brasser, je me suis inspiré de bières produites aux Etats-Unis ». Aaah, l’Amérique. Si Manu mentionne dix fois le pays de l’Oncle Sam pendant notre matinée, c’est bien peu… On en reparle plus tard…

 

 

Intermède terminé, vous aurez compris que l’activité centrale de NovaBirra se situe dans le brassage, en particulier l’enseignement du brassage. « Un jour, dans le train, je lisais un livre en anglais sur les techniques de brassage. En face de moi, un homme m’observe et me dit que c’est inutile de brasser soi-même étant donné qu’en Belgique, on peut déguster tout ce que l’on veut! Je ne comprends pas cet état d’esprit. Je pense que nous sommes dans une époque dans laquelle les gens veulent revenir vers des valeurs plus régionales, authentiques. Grâce à mes formations, mon souhait est de démontrer aux gens la qualité qu’ils peuvent obtenir eux-mêmes en brassant. Je ne brasse pas pour moi-même mais pour partager ».

Concrètement, NovaBirra propose des stages d’une durée de deux jours. Le première partie est théorique, Manu expose la fabrication de la bière à ses stagiaires, un syllabus est compris dans le prix du cours. Il est judicieux de signaler que le niveau est assez poussé, des notions techniques et chimiques sont évoquées. Intervient ensuite la création de la recette de la bière en compagnie du stagiaire. « Parfois, des gens s’inscrivent et m’annoncent qu’ils veulent brasser une bière fruitée. Je refuse immédiatement. Je leur explique qu’à la base, il faut savoir brasser une bière classique, c’est-à-dire une boisson fermentée à base d’eau, d’orge et houblon. D’ailleurs, j’utilise très peu d’épices, je préfère jouer sur les nuances de malt et houblon. » Le deuxième jour, c’est le brassage proprement dit: démarrage à 8h00 et travail le reste de la journée. Quelques semaines plus tard, Manu invite le stagiaire pour effectuer l’embouteillage. Dans sa démarche, il privilégie la cohérence et signale: « pour suivre ce genre de formation, deux éléments sont essentiels. Le premier, c’est le temps. Les gens doivent comprendre qu’en brassage, sans patience, on n’arrive à rien. Brasser dure environ deux heures, créer la bière dure une journée entière. Ensuite, place à cinq semaines de patience avant de mettre en bouteille, puis trois ou quatre mois avant de goûter… » L’autre élément, qui anime Manu à l’instar de nombreux amoureux de la bière, c’est la passion. « La passion, c’est beau. Mais ce qui serait magnifique, c’est de voir émerger des micro-brasseries dans les villages belges, des clubs de brasseurs amateurs qui se réunissent comme USA. Dans le contexte actuel où des géants brassicoles avalent des petites brasseries, le potentiel se trouve chez le particulier! Je souhaite être un relais pour tous ces gens qui veulent obtenir les informations nécessaires afin de brasser leur propre produit. Les gens doivent aussi sortir de chez eux, se faire connaître. Plus on est, plus on peut partager, se rencontrer, déguster, émettre des remarques constructives sur le produit, s’améliorer. »

 

 

Ah, la passion… Flash-back. Ingérieur du son de formation, Manu s’exile aux Etats-Unis entre 1995 et 2002. « Dans le cadre de mon métier, j’ai parcouru les USA, j’ai accompagné un groupe de danse contemporaine à travers tout le pays. Après chaque spectacle, j’en profitais pour visiter la micro-brasserie qui se cachait dans chaque ville. J’ai été impressionné par cet incroyable mouvement de brasseurs! Je me suis régalé grâce à des porters, des stouts et bien d’autres merveilles. Cette expérience a profondément nourri ma passion de la bière. Mes prochains voyages? Dublin et le Québec afin de tisser des contacts dans le domaine brassicole ».

Cessons de voyager un instant, revenons à Braine-l’Alleud. Le brassage de la bière de Noël n’attend pas. Place à la filtration qui sera suivie de l’ébullition et du houblonnage. Visiblement passionné et talentueux tant dans la maîtrise de la technique du brassage que la pédagogie, Manu m’explique les principes des étapes, m’apprend des « petits trucs » du métier. Il prodigue avec précision et enthousiasme les explications. « Je suis également guitariste et j’ai donné des cours de guitare il y a quelques années. C’est toujours fascinant d’assister aux progrès de certains élèves. En brassage, c’est exactement la même chose! ».

 

 

Même si Manu avoue se fier beaucoup à son intuition et à sa créativité, il n’en reste pas moins un brasseur rigoureux qui archive et documente chacune de ses étapes. « Comme chaque brasseur qui se respecte, je note tout et je photographie. Lorsqu’un élève a terminé son brassage et qu’il faut attendre quelques semaines pendant la mise en garde, je lui transmets des photos pour le tenir au courant de l’évolution de sa création ».

 

 

 

 

L’horloge tourne et j’ai déjà versé à deux reprises du houblon dans la cuve d’ébullition. Faute de temps, Manu prendra en charge sans moi la deuxième filtration, la fermentation et l’embouteillage. Mais un rendez-vous est déjà fixé dans nos agendas pour la fin de l’année. « Brasser une bière et ne pas la déguster ne serait pas cohérent! On se revoit maximum en décembre pour goûter cette première cuvée Bierebel! ». Comptez-sur moi, j’ai hâte de découvrir cette bière brune qui titrera 8,5% de volume d’alcool…

 

 

Pour plus d’informations

NovaBirra (Braine-l’Alleud)
Contact: Emanuele CORAZZINI
Mail: manu@novabirra.com
Site: http://www.novabirra.com

Brasserie de la Thiérache à Momignies: sur les traces de la brasserie Février…

C’est par un jour pluvieux de juillet que je me suis aventuré à découvrir ce qu’était autrefois la brasserie Février de Momignies.

Un petit coup d’œil dans le rétroviseur s’impose! L’histoire débute en 1825 lorsqu’Aristide FEVRIER crée une brasserie dans le petit village de Momignies, situé à deux pas de la frontière française, à une quinzaine de kilomètres d’une ville hôte d’une bière mondialement connue, Chimay.

Au fil des décennies, la brasserie abreuva la région grâce à une bière de table blonde légère, la « Février ». Avec le recul, on peut estimer que la chance a été du côté de la brasserie lors de certaines périodes difficiles de notre Histoire contemporaine. Pendant les guerres mondiales, le matériel fut conservé par l’armée Allemande, celle-ci se rendant compte du potentiel présent! Et même si pendant un petit temps, un abattoir fut aménagé par les Allemands, ils délaissèrent rapidement l’activité au profit du brassage, de quoi remonter le moral des troupes.

Dans les années 1980, les brasseurs de l’époque, Albert et Karl FEVRIER, décidèrent de mettre la clé sous le paillasson ce qui signifiait la fin d’une belle histoire de brassage dans le Sud du Hainaut Belge.

Nous voici de retour en 2007! Le samedi 7 juillet, j »apprends qu’une certaine « ouverture de la… Brasserie de la Thiérache » a lieu à Momignies pendant le week-end. Pas un seul moment d’hésitation, le dimanche après-midi, je prends le volant jusqu’à ce village, accompagné de la famille. Et là… laissez-moi vous raconter la suite!

D’entrée de jeu, je me laisse subjuguer par la beauté de la façade de l’ancienne brasserie. En vieilles briques rouges, le bâtiment est haut, imposant et témoin du passé puisque de vieilles pancartes en bois « Brasserie Février » et les dates « 1825-1904 » ornent l’ensemble (la première étant la date de création, la seconde, une année de rénovation dans les travaux).

Dans le sas d’entrée du bâtiment adjacent, nous sommes chaleureusement accueillis par Alain MEGOEUL. Bruxellois d’origine, cet homme sympathique passe ses vacances dans le coin depuis son enfance. Par ailleurs, il est parent avec les propriétaires de l’ancienne brasserie MEGOEUL de Saint-Ghislain. L’homme est profondément passionné, ça se voit, ça s’entend! « Bienvenue à la brasserie de la Thiérache! C’est ici que vous pourrez découvrir l’ancienne brasserie Février » Il nous emmène dans l’imposant bâtiment et avec émerveillement, nous découvrons l’ancien matériel de brassage de la brasserie Février. « Tout ce que vous voyez ici est d’origine, c’est ce qui fait le charme des lieux! »nous raconte Alain MEGOEUL. A l’entrée, nous admirons une belle cuve de brassage, le refroidisseur et une machine à vapeur encore équipe de courroies. Sur la gauche, un passage, et nous accédons à l’imposant générateur qui produit la vapeur pour faire fonctionner la machine. Les anecdotes fusent! Au mur, une pancarte déclare « Toujours actifs les plus vieux BRASSEURS ». « Il s’agit d’une pancarte de l’époque de Karl et Albert FEVRIER, et elle fait clairement référence à leur âge avancé lorsqu’ils brassaient! »

« N’hésitez pas à descendre à la cave! » Allons-y! En sous-sol, nous entrons dans une première salle dotée de deux cuves de fermentation en cuivre et nous accédons ensuite dans une deuxième pièce avec une petite dizaine de cuves de garde. Pour chaque étape, des panneaux didactiques sont affichés afin d’éclairer le visiteur.

« Je vous invite à venir dans notre estaminet après quoi une petite surprise vous attendra! » On continue à se laisser guider par notre hôte! Dans le bâtiment adjacent, un estaminet du style 1900 a été aménagé. L’endroit est agréable, élégamment décoré. Sur les murs de l’estaminet sont affichées une dizaine de reproductions d’étiquettes. « Il s’agit de gouaches! A vrai dire, il s’agit d’une personne qui était chargée de créer des projets pour les étiquettes de bières. Voici certains projets, si vous êtes vigilants, vous pourrez remarquer certains annotations! » Et derrière le bar, nous avons même l’occasion de croiser une charmante ancienne bouteille de Février, d’environ 25 ans d’âge.

Chose promise, chose due! Le temps de déguster une bière, Alain MEGOEUL nous emmène pour la surprise. Il nous conduit dans une pièce équipée d’une télévision et de deux bancs. Et là, c’est l’émerveillement… et l’émotion. Pendant 20 minutes, un DVD nous est projeté… Devant nos yeux, la brasserie prend vie… Les courroies tournent, les vapeurs s’évaporent, Karl et Albert FEVRIER reprennent vie, discutent et mettent toute leur force en commun pour faire tourner la brasserie. Nous découvrons l’âme des objets découverts une petite demi-heure auparavant. En réalité, il s’agit en d’un film-documentaire produit par la RTBF en 1986. L’instant est magique. Et lorsque Albert FEVRIER, le sourire aux lèvres, se tourne vers la caméra et demande « Vous voulez goûter? », on peine à ne pouvoir lui répondre!

Pour l’avenir, l’équipe de la brasserie de la Thiérache a plusieurs projets! Alain MEGOEUL explique:
« Bientôt, nous voudrions que le public puisse accéder à l’ensemble de l’ancienne brasserie. Actuellement, pour des raisons de sécurité, nous ne pouvons pas permettre les visites dans l’étage supérieur de la brasserie. Mais on y travaille! Ensuite, nous souhaiterions créer un circuit de visite au sein de la brasserie. Et enfin, notre plus grand projet est la création d’une micro-brasserie didactique qui fonctionnerait avec des techniques plus modernes! »

On souhaite vivement que ces projets se concrétisent! La démarche de la brasserie de la Thiérache a d’abord été de sauver les bâtiments de l’ancienne brasserie. C’est chose faite même si de l’avis de Alain MEGOEUL, il reste du pain sur la planche. Et aussi, l’objectif est de rendre un hommage vivant et authentique à la brasserie Février, belle figure de notre patrimoine brassicole belge. Nous vous invitons à faire le pas et à vous plonger dans cette belle histoire de brasserie, au milieu des anecdotes et des émerveillements!

Brasserie de la Thiérache
Rue de Beauwelz, 40
B- 6590 MOMIGNIES

Tél: +32(0)60/51.25.99
7/7 jours de 14h00 à 19h00 (Juillet-Août)
14h00 à 22h00 (vendredi et samedi).
Internet: http://www.unepetitebiere.be et www.brasseriedelathierache.be

Entrée gratuite (moyennant la consommation d’une boisson à l’estaminet)

 


L’imposante façade de la brasserie Février. Un bâtiment qui aurait pu disparaître, mais qui est resté parmi nous grâce à l’impulsion de passionnés!
 

 


Commentaires et anecdotes en compagnie d’Alain MEGOEUL.
 

 


On aimait l’auto-dérision chez les derniers brasseurs Février! Cette pancarte fait allusion à leur âge avancé lorsqu’ils étaient encore de service à la brasserie.
 

 


La cuve de brassage vous accueille à l’entrée de la brasserie/musée.
 

 


Une magnifique pièce: le refroidisseur
 

 


Le générateur. Il alimentait en vapeur la machine à vapeur, située dans la pièce à côté.
 

 


Vestige prestigieux des lieux: la machine à vapeur encore équipée de ses courroies.
 

 


Traces du passé sur d’anciens casiers: « Brie-Février Momignies ».
 

 


Au sous-sol, l’occasion d’apercevoir deux cuves de fermentation en cuivre.
 

 


Dans la salle suivante, des tanks de garde.
 

 


Bienvenue à l’estaminet, situé dans le bâtiment jouxtant la brasserie. A la carte au moment de l’ouverture des lieux: Trappistes de Chimay (Rouge, Triple, Bleue), Orval, Super des Fagnes (Blonde, Brune, Griottes), Primus, Vieux-Temps, café, eau,…
 

 


Hommage vivant présent dans l’estaminet: une bouteille de « Février » de 25 ans d’âge, bière de table blonde qui était autrefois produite à la brasserie Février de Momignies.

Tour de la Gueuze 2005 dans le Pajottenland

Un article de G. Salvaggio

Jef nous convie à un voyage au pays des bières de fermentation spontanée. Ce reportage instructif constitue un joli tour d’horizon des brasseries adeptes de ce processus de fabrication et engendre deux envies: se rendre au prochain Tour De Geuze… et déguster un bon lambic! Bonne lecture!

Comme tous les deux ans, le HORAL (Haut Conseil pour les Lambics Artisanaux) proposait, ce 3 avril 2005 (03-04-05), son Tour de la Gueuze, permettant au public, entre 10 h et 17 h, de visiter le dernier bastion des brasseurs et coupeurs de lambics tout en savourant, pour la modique somme de 5 € les 8 dégustations de base, les fiertés du Pajottenland que constituent les gueuzes, les krieks et apparentées. Plus encore que de par le passé, de petites restaurations étaient également prévues.

Pour celles et ceux craignant de se perdre dans les méandres de cette magnifique région, la possibilité était offerte de rallier les 8 points de convergence à l’aide de navettes de bus spécialement prévues à cet effet, la journée de déplacement revenant alors à 5 €. Les plus courageux, et il y en eût, pouvaient également effectuer le tour à vélo.

Ce fût une magnifique journée, la plus ensoleillée de la première semaine de Pâques, quelque peu endeuillée, il est vrai, par le décès du pape Jean-Paul II. Il est de ce fait certain que ces deux facteurs furent à l’origine d’une moins forte fréquentation de l’événement qu’en 2001.

Il n’empêche qu’en toute objectivité, cette organisation eut le mérite de nous faire vivre et revivre les temps glorieux où la bière du peuple portait les noms de lambic, gueuze, kriek et faro.

Plus qu’un reportage, les explications qui suivent essayeront de vous convaincre, tout en indiquant certains points négatifs, de ne pas rater la prochaine session, prévue pour 2007. Je tiens par ailleurs à remercier, pour leur présence, Mr Bob, œnologue confirmé qui m’avait déjà accompagné en 2001, de même que son épouse, grande amatrice de lambics fruités, ainsi que Marie, dont le palais n’a pas son pareil pour différencier, sans parti pris, une production populaire d’un produit pour véritables amateurs.

Boon (Lembeek)

Si le village de Lembeek semble avoir donné son nom au lambic, la visite de Boon semblait sans nulle conteste devoir constituer la première étape du Tour de la Gueuze, puisque des visites guidées gratuites y étaient proposées toutes les 15 minutes, pour une durée d’une demi-heure, avec la possibilité non négligeable de suivre certains groupes en français.

Un intérêt certain provenait de la possibilité de voir une cuve en pleine action de cuisson du moût et de délivrance de cette délicate odeur de sucre en phase de transformation.

A la fin de la visite, un grand panel de dégustations était proposé, et je n’ai pu m’empêcher de déguster une kriekenlambiek, nettement plus plate, colorée et vineuse que la traditionnelle kriek au fût, dégustée par Marie. Mr Bob et son épouse ne devaient en effet nous rejoindre qu’une heure plus tard…

Cette année, il était également possible de voir un apprenti tonnelier à l’œuvre et une petite discussion m’apprit qu’il devenait aussi cher de réparer un tonneau que de l’acheter et de le faire transporter depuis la France. Raison pour laquelle, peut-être, la brasserie Boon me paraissait avoir condamné plusieurs fûts de bois au profit de nouvelles installations en inox, achetées d’occasion à une brasserie polonaise. Là aussi, avec le temps, la tradition semble peu à peu se perdre…

Lindemans (Vlezenbeek)

Si l’on peut clairement remercier Lindemans d’avoir perpétué la tradition du faro en proposant ce dernier dans les grandes surfaces, on est en droit de reconnaître que la brasserie, malgré l’extrême disponibilité de son personnel, n’offre plus grand-chose de l’idée que l’on se fait d’une brasserie traditionnelle.

Ici, la quantité est clairement privilégiée, au point que la brasserie annonce fièrement détenir en permanence 3,5 millions de litres de lambic dans ses tanks allemands d’inox et de fer. Les fûts de bois ? Il n’y en a pas un. C’est que les copeaux de bois, à l’instar de ce que pratiquent certains vignerons, se chargent de délivrer leur matière par un bain dans les tanks de garde.

Et la kriek, alors ? Et bien, aux dires d’un employé, de vraies cerises sont utilisées mais afin d’éviter certains problèmes techniques, on leur enlève les noyaux et on les presse, de telle manière à n’utiliser que le jus, la pelure étant totalement ignorée. Le fructose ajouté par la suite servira à offrir, au public, la kriek la plus sucrée de la journée.

Alors que Mr Bob s’exerçait à l’art du néerlandais, la commande qu’il fit d’une Lindemans Pêcheresse suscita, de la part du serveur, cette phrase digne des plus belles philosophies : Celle-là, je parie que c’est pour Madame… Et oui, tout le monde ne boit pas du coca…

Timmermans (Itterbeek)

De l’avis du groupe, la brasserie la plus charmante de la journée, avec ses modestes installations qui ont gardé un air des années 50. Un étage de grands tonneaux parfaitement alignés pour la garde du lambic pur, un autre de plus petits fûts renfermant une kriek d’environ un an d’âge, et un étage regroupant du matériel sous forme de musée, pour alimenter la curiosité des grands et des petits. Un œil avisé nous avertit tout de même de l’existence de tanks de garde en fer. Et oui, l’épidémie semble toucher tout le monde, un fût à la fois…

Même s’il faut bien reconnaître que les bières Timmermans ne constituent pas tout à fait de tradition acide, les boire dans la charmante petite taverne de la brasserie nous offrit un sentiment particulier puisqu’une fois attablés, nous nous retrouvâmes carrément «dans» un demi tonneau spécialement aménagé pour susciter une nouvelle rêverie.

Mais tout le monde y trouva son compte, et la reine de cette dégustation fut sans nulle conteste la lambicus, mélange de blanche et de lambic. Mais elle ne nous empêcha pas de philosopher sur la comparaison entre la gueuze pasteurisée (étiquette jaune) et la gueuze Caveau, coupage de lambics d’un et deux ans d’âge que l’on refermente en bouteille, et qui se veut la moins acide des vieilles gueuzes traditionnelles de la région.

De Keersmaeker (Kobbegem)

Si l’absence, cette année, d’un orchestre, nous déconcerta quelque peu, la brasserie ne manqua pas d’originalité en remettant, à chaque visiteur, un petit sac noir contenant un jeu de dés à l’effigie de la Mort Subite, jeu que l’on pratiquait dans le café bruxellois du même nom pour déterminer qui payerait la dernière tournée de la table et laisser ainsi cette dernière libre pour d’autres amateurs de bière.

Dans un premier temps, on pouvait se croire perdu dans une brasserie des plus industrielles, puisque tout est en inox. Mais pour qui persévérerait quelques dizaines de mètres de plus, ainsi que nous le fîmes, un spectacle bien mérité s’offrirait alors aux yeux de tout un chacun : celui de magnifiques foudres de 9000 litres, certains très joliment sculptés en leur face et contenant un superbe vieux lambic de 5 ans d’âge, que la brasserie n’hésita d’ailleurs pas à faire goûter gracieusement aux curieux de passage. Nous apprîmes que ce lambic, mêlé à du lambic de deux ans d’âge, est à l’origine de la Oude Geuze vendue chez Delhaize.

A l’unanimité du groupe, les bières Mort Subite furent les plus appréciées de la journée, en raison de leur très grand équilibre. Nous nous régalâmes de faro, de oude geuze et de kriekenlambiek, préparé à base de lambic de deux ans d’âge et de cerises y ayant mâturé 5 mois.

De Cam (Gooik)

Les curieux en recherche de matériel de brassage durent être déçus : De Cam, par ailleurs situé le plus au sud-ouest s’annonce clairement comme un mélangeur de lambics, même s’il brasse toujours en profitant des installations du 3 Fonteinen, à Beersel.

Les fûts valent le coup d’œil, puisqu’ils constituent très certainement l’équipement le plus nouveau de ce qui peut être vu lors d’un Tour de la Gueuze. C’est qu’il date de 1997. Mais pour le reste, notre déception fut très grande de réaliser qu’il n’y avait de faro, tandis qu’une rumeur nous avait laissé pressentir qu’il aurait été notre découverte du jour.

En tous les cas, la Oude Kriek De Cam constitue une excellente réussite oscillant parfaitement entre la tradition à peine acide et la douceur tant recherchée par les femmes. Le lambic, quant à lui, nous apparut, de par une certaine sécheresse se rapprocher le plus du défunt Oud Beersel.

Il est à espérer qu’avec les années, c’est autre chose qu’une salle paroissiale remplie de futailles qui accueillera les visiteurs.

Cette année, tout comme en 2005, il nous fut impossible de parcourir les 8 brasseries et il peut à ce sujet paraître regrettable que l’activité ne se déroule que de 10 à 17 h 00, même si certains points de ralliement prolongent un rien les festivités.

Dans un souci de complétude, voici quelques indications pratiques sur l’organisation de la journée par les autres brasseries :

De Troch (Wambeek)

Même si la brasserie De Troch a résolument entrepris d’attirer sur elles les foudres (c’est le cas de le dire) de ses consœurs en proposant une gamme de lambics édulcorés à coups de sacs de jus de fruits concentrés, le spectacle est de la partie lorsque le brasseur, d’un coup de maillet, perce un foudre pour en servir le lambic à la cruche au public médusé.

A déguster, dans la très jolie cour de la ferme rappelant certains tableaux de Breughel : la X-Mas, lambic aux raisins secs, oscillant entre la gueuze et le faro.

Hanssens (Dworp)

Pur assembleur de lambic, reconnu comme un des touts grands experts du genre, Hanssens offre quelques belles pièces brassicoles de collection aux visiteurs, ainsi qu’une préparation toute particulière : le lambic aux fraises, ces dernières étant, au contraire de la Chapeau fraise (De Troch), de véritables fruits. Le produit, d’un ocre clair, est rafraîchissant mais relativement acide.

Durant l’année, le grand péché de la brasserie consiste à imposer l’achat des bouteilles par séries de 6 x 75 cl ou 12 x 37.5 cl, les séries pouvant êtres composés de n’importe quelle quantité de gueuze, kriek et/ou fraise.

Drie Fonteinen (Beersel)

Certainement le brasseur le plus sympa de tous, Armand DEBELDER, par ailleurs président du HORAL, vous recevra, sans a priori dans votre langue maternelle, pour autant qu’elle soit le français, l’anglais, l’allemand ou le néerlandais. Au menu : blagues et d’anecdotes.

Sa gueuze est on ne peut plus exceptionnelle et elle accompagnera, au même tire qu’une kriek tirant 35% de fruits, les nombreux et délicieux plats proposés par le restaurant du même nom (3 Fonteinen) tenu par son frère Guido.

A noter que dans un souci de sauvetage historique et culturel, le Drie Fonteinen propose, à la vente, du jeudi au samedi, un stock de bouteilles de Oud Beersel, jadis brassées à quelques centaines de mètres de là par la concurrence.

Visite de la brasserie de Brabant à Genappes

Un article de M. Vermeren

Lorsque l’on parle de Baisy-Thy, on pense tout de suite à la discothèque Le Paladium! Mais cette contrée possède aussi une nouvelle brasserie, la brasserie du Brabant.

Il s’agit d’une petite brasserie très artisanale, installée dans une ancienne étable. Ici, pas de matériel sophistiqué! Une cuve de brassage permettant la production de 650 litres par brassin, une cuve de filtration, quatre cuves de fermentation et enfin, une chaîne d’embouteillage et d’étiquettage. La chambre chaude, pour la refermentation en bouteilles, est constituée de quatre planches entourant un radiateur.

Le brasseur ne souhaite pas devenir esclave de sa brasserie car il désire que l’art brassicole demeure sa passion. C’est pourquoi la production est vendue uniquement sur place.

Les bières produites sont vendues en bouteilles de 75cl capsulées. Le brasseur vient de mettre au point une Gueuze de Nivelles, bière fermentée en partie avec des levures de fermentation haute puis exposée à l’air libre pour qu’elle soit ensemencée par des ferments naturels présents dans l’air, donnant ainsi une légère acidité à la bière.

La brasserie du Brabant produit également la Brabançonne blonde, bière au miel de 6,5%, la Brabançonne ambrée de 8,5%, la Sans Rute, bière épicée ambrée de 9%, brassée pour les gîtes et chambres d’hôtes d’un ami nommé André, et la Cuvée Nico de 8%, brassée pour la naissance du fils du brasseur.

Brasserie du Brabant
Rue Banterlez, 59
1470 GENAPPES

Tél: 067/79.18.79

Visite à la brasserie de Malonne SPRL

Un article de G. Salvaggio

Si un jour, vous vous retrouvez dans la bibliothèque du Collège St-Berthuin de Malonne, un verre d’Abbaye de Malonne ou de Gribousine à la main, à contempler les étagères pleines de bouteilles de bière plutôt que de livres, soyez immédiatement rassurés : vous n’êtes pas bourrés. C’est qu’en ces lieux, la SPRL Benoît Marchal, qui occupe aujourd’hui sept personnes très accueillantes et dynamiques, se propose, par la vente en magasin et l’exportation sur mesure, de faire connaître le vin et, surtout, la bière.

Tout d’abord orientée, dès 1998, sur la vente de vins étrangers pour le compte d’un importateur, la société a peu à peu évolué en structure et objectifs. En 2000, elle déménage sur Malonne et y ouvre un point de vente, visant à notamment relancer la commercialisation de la bière du coin, la fameuse Abbaye de Malonne, anciennement Cuvée St-Berthuin, actuellement brassée par Lefèbvre, jusque-là disponible au Relais du Pèlerin, établissement bien connu des étudiants. Il s’agit d’une bonne blonde à la mousse moyenne, présentant un très bel équilibre entre l’amer et le sucré, avec une très légère tendance vers ce dernier de par le choix d’un houblon peu astringent.

Le succès commercial faisant, la Société aimerait bien vendre «sa» bière. Elle prend alors contact avec la brasserie La Binchoise, à qui elle demande de réaliser un produit élaboré à partir d’une recette propre. Ce sera la Gribousine, une blonde non filtrée de 8.5° (version bouteille) à 9° (version fût), utilisant essentiellement la coriandre comme épice, ainsi que l’orange pour le petit clin d’oeil aux gilles de Binche. Un léger ajout de sucre vise à répondre à la demande populaire. Autre petit clin d’oeil amusant : le produit, qui par bien des côtés, rappelle la délicieuse Jonquilles du Nord de la France, est par ailleurs parrainé par Benoît Poelvoorde. L’Hiver, une ambrée proche de la Binchoise Noël, est également au programme.

Le choix d’une petite brasserie comme celle de la Binchoise s’est voulu dans la continuité de l’esprit de l’entreprise telle que j’ai pu la découvrir sans secret aucun : c’est qu’avant toute chose, c’est la relation humaine que Benoît Marchal et son équipe veulent privilégier. Une valeur très importante que les grosses brasseries négligent souvent, parce que les petits clients ne leur apportent rien de plus par rapport à leurs gigantesques contrats.

Et les petits clients que nous sommes, à propos ? Et bien, depuis fin 2002, le produit est enfin disponible dans les commerces (Cora, Champion). Il est également représenté dans de nombreuses foires commerciales (A la Citadelle lors des Fêtes de Wallonie, par exemple, ou lors d’autres événements organisés par la Ville de Namur) et est proposé dans une vingtaine de cafés namurois, parmi lesquels le Bouffon du Roi, sans compter quelques impondérables tels que le Vaudrée de Liège ou le Delirium de Bruxelles, ainsi que certains distributeurs tels que les Drinks d’Annevoie, d’Ermeton-sur-Biert, de Floreffe ou de Flawinne, sans oublier le Comptoir des Fagnes de Mariembourg et la Farinade à Herstal.

Signalons enfin que cette entreprise se veut également, à son échelle, être une plate-forme personnalisée d’exportation de bières, se destinant aux cafés et hôtels en ordre de douane, se proposant de leur fournir des palettes de produits correspondant aux brassins les plus récents, nécessitant alors une gestion du stock sous forme de flux tendu. C’est ainsi que Mario, l’informaticien de service déjà chargé des dossiers de presse et de la publicité, sera également sollicité pour l’approvisionnement de bières plus particulières auprès des petites brasseries.

C’est qu’il n’y a pratiquement aucune limite, aucun contrat privilégié avec tel ou tel brasseur : en théorie, et dans la mesure du possible, le client peut obtenir les bières qu’il souhaite, et dans le conditionnement qu’il désire (carton d’origine de la brasserie ou cartons produit blanc, avec étiquetage adapté au pays local, ce qui influence notablement le prix de revient de la palette). Petite subtilité commerciale : tout ce que la société reçoit gratuitement des brasseries (verres, sous-bocks, …) est intégralement et gratuitement transmis au client. Un délai de 15 jours à partir de la commande doit toutefois pris en compte.

Aujourd’hui, la SPRL Benoît Marchal, connue sous le nom de Brasserie de Malonne SPRL, exporte dans 11 pays (Europe, Asie, Amérique du Nord et du Sud) et perpétue le travail d’importation de vins et de whisky.

Le 2° Week-End de novembre, une dégustation de vins est d’ailleurs organisée dans la Salle du Cloître de l’Abbaye de Malonne.

Pour tout achat et/ou renseignement :

Magasin «Vins, Bières et compagnie»
Fond de Malonne 85,
B-5020 MALONNE
+32 (0) 81.450.850 (tél. fixe)
sales@vinsbieresci.be (mail)
www.vinsbierescie.be
Ouvert du mercredi au vendredi de 16 à 19h, le samedi de 10 à 18h

Brasserie de Malonne s.p.r.l.
Fond de Malonne, 129/1
B-5020 MALONNE
+32 (0) 81.450.850 (tél. fixe)
+32 (0) 81.450.808 (fax)
+32 (0) 477.728.658 (GSM)
sales@m-abbaye.be (mail)
www.m-abbaye.be
www.beerbelgium.com