Rencontre avec Philippe GOLINVAUX et Michael VERMEREN, brasseurs de la Forestinne

A l’occasion de la Foire Verte de Cerfontaine en août 2005, j’ai eu la joie d’interviewer deux amis. Peut-être avez-vous déjà rencontré ces deux personnes lors d’une manifestation brassicole…

Philippe GOLINVAUX et Michael Vermeren se rencontrent pendant leurs études en sylviculture à La Reid-Spa en 1988. Une amitié se noue entre ces deux Namurois et la bière devient la pierre angulaire de leur bonne entente. L’internat est l’occasion pour Philippe et Michael de découvrir des saveurs houblonnées. En début de semaine, les deux compagnons rapportent de la bière depuis leur domicile et la dégustent ensemble. Depuis, ils parcourent la Belgique à travers tous les types d’événements brassicoles. En 2003 et 2004, les deux compères atterrissent sur le forum de bierebel.com (Michael sous le pseudo de Michael et Philippe sous le pseudo de chevalier du malt) et ils en profitent pour entretenir et développer leur passion.

En mai 2005, Philippe et Michael franchissent une étape décisive dans leur passion. « 2005 sera une année de transition ! » disait souvent Philippe… Surfant sur l’engouement actuel dû à l’ « Année de la Bière 2005 en Wallonie et à Bruxelles » , les deux amis se lancent dans le brassage, après des années d’expérimentations en tout genre. La Forestinne, bière dont le nom fait référence à leurs études, source de leur passion, apparaît enfin dans le panorama brassicole belge.

Ils brassent eux-mêmes leur bière selon leur propre recette, dans les installations de la brasserie Caracole à Falmignoul. Philippe est un ami de François TONGLET, le maître-brasseur, et celui-ci n’hésite pas à conseiller les nouveaux brasseurs. « Nous avons pu bénéficier du savoir-faire de François. Il était présent chaque fois que c’était nécessaire », déclare Philippe.

Pour brasser et commercialiser la Forestinne, Philippe et Michael s’associent avec une tierce personne, Jean-Marc BOUMAL. Ensemble, ils créent la B.G.V. sprl, sur base des initiales des noms des associés. « Dans notre aventure, l’aspect administratif a été assez contraignant. Il faut être très rigoureux dans les démarches… et parfois avoir les nerfs solides dans certaines situations ! », explique Philippe, soulagé de voir le projet se concrétiser, après des jours de travail se terminant parfois aux petites heures. La société est récente mais le professionnalisme est bien perceptible.

En effet, derrière l’aventure Forestinne se cache une belle ambition ! « A long terme, notre souhait est de posséder notre propre brasserie » expliquent avec détermination les deux amis. Ils prennent les choses très à cœur sans toutefois négliger le plaisir des ambiances brassicoles. « Pour nous faire connaître, nous nous déplaçons dans les foires et festivals. Nous sommes ce week-end à Cerfontaine, nous serons bientôt à Bastogne et Namur. La promotion de la bière se fait également par le bouche à oreilles. »

Et la bière en elle-même dans tout cela ? Bonne nouvelle, les échos provenant des consommateurs sont quasiment unanimes : la Forestinne est une belle réussite ! « Nous souhaitons rester fidèles à la tradition brassicole ! Pour moi, une bière doit être amère. Dès le départ, avec Philippe, nous voulions que la Forestinne possède ce trait de caractère. Je suis partisan du retour vers l’amer et à travers notre bière, nous mettons nos idées en pratique ! », explique Michael, grand dégustateur. Le résultat est une bière blonde équilibrée à la touche boisée, d’un volume d’alcool de 7,5%.

« Nous voulions aussi que notre bière entretienne un lien avec la gastronomie. Je vous conseille d’ailleurs d’employer notre Forestinne si vous cuisinez des chicons ! » ajoute Michael. Le brasseur a également eu l’idée originale de mettre au point des cakes et des speculoos à la drêche !

Comme la B.G.V. sprl est résolument tournée vers l’avenir, annonçons d’ores et déjà que créer une bière brune ne déplairait pas aux brasseurs ! Le conditionnement dans des bouteilles de 33cl est également au programme.

Philippe et Michael ont réalisé leur rêve, mais celui-ci ne fait que commencer. Souhaitons leur une bonne continuation dans leur aventure brassicole, et surtout, de belles émotions !

B.G.V. Sprl
Rue Stocus, 64c
5351 HAILLOT

Tél: 0479/39.56.37 ou 0475/40.62.34
Mail: forestinne@hotmail.com
Web: http://www.forestinne.be

Interview de Bernard LEBOUCQ, brasseur de la Zinnebir (Sint-Pieters Brouwerij)

Aujourd’hui, je vous livre les fruits de ma rencontre avec un jeune brasseur belge. Vu sa présence remarquée lors de nombreux événements brassicoles, j’ai pris l’initiative de l’interroger pour connaître son histoire, au moment de la Foire Verte de l’Eau d’Heure le 6 août 2005.

Bernard LEBOUCQ est l’homme qui se cache derrière la Zinnebir, bière brassée à la Sint-Pieters Brouwerij à Sint-Pieters-Leeuw, bourgade située au Sud-Ouest de Bruxelles. (ci-contre, le brasseur avec sa compagne)

Au début, Bernard brasse en tant qu’amateur, notamment pour des tables d’hôte. Plus tard, il est contacté pour brasser à l’occasion de la Zinneke Parade de Bruxelles, événement folklorique qui se déroule chaque année au mois de mai et au cours duquel défilent des associations culturelles dans les rues de la Capitale.

Cette expérience offre à Bernard l’envie de brasser et de poursuivre plus loin l’aventure ! En juillet 2004 naît sa propre bière, la Zinnebir. Les deux premières syllabes font évidemment référence à la Zinneke Parade. Quant au « bir », il permet aux francophones et aux néerlandophones d’y trouver leur compte au niveau de la compréhension du mot. (en néerlandais, bière se dit « bier » et la prononciation est identique à « bîr »). Signalons que la région où Bernard LEBOUCQ brasse est le siège de querelles linguistiques typiquement belgo-belges.

La Zinnebir est une bière légère de haute fermentation (6% de volume d’alcool). Elle possède une couleur blonde foncée et un caractère houblonné. La brasserie propose aussi la X-Mas Zinnebir, une bière de garde plus foncée et légèrement plus alcoolisée (6,5%).

Afin de faire la promotion de sa brasserie et de ses produits, Bernard emmène sa bière dans les foires et festivals. Une des preuves est que des membres du forum de bierebel.com ont partagé un excellent moment avec Bernard lors d’un certain week-end d’octobre 2004 à Marbehan, à l’occasion du festival Brassigaume !

Le souhait du jeune brasseur est d’agrandir sa brasserie… On croise les doigts pour lui après les différentes démarches qu’il a déjà conduites pour bâtir son entreprise.

En outre, Bernard LEBOUCQ est le co-organisateur, en compagnie d’Yvan DE BAETS (brasserie De Ranke), du Festival Bruxellensis, qui se déroule à Bruxelles les 10 et 11 septembre 2005 (renseignements ci-bas). Des brasseries de Bruxelles et d’autres de Belgique raviront les palais des dégustateurs les plus pointus ! Une occasion pour rencontrer le sympathique Bernard et déguster sa Zinnebir !

Sint-Pieters Brouwerij
Victor Nonnemansstraat, 40A
1600 SINT-PIETERS-LEEUW
0497/93.23.75 (GSM du brasseur)
info@zinnebir.be

http://www.zinnebir.be

Bernard LEBOUCQ est présent sur le forum de bierebel.com sous le pseudo «zinneman»

Bruxellensis – Le Festival des Bières de Caractère
Les 10 et 11 septembre aux Glacières de Saint-Gilles (BRUXELLES)

Rue de la Glacière, 18
1060 BRUXELLES
http://www.festivalbruxellensis.be

Interview de Louis-Michel CARPENTIER, dessinateur de la bande dessinée

Une interview de M. Vermeren

A l’occasion du brassin public qui s’est déroulé le 28 février 2004 à la brasserie à Vapeur, Louis-Michel Carpentier, dessinateur de la bande dessinée « Du côté de chez Poje », était présent pour faire profiter en avant-première aux amateurs de son nouvel album « Trou du Fût » qui paraît ce 3 mars 2004 aux Editions Dupuis (couverture disponible en bas de page).

Comme d’habitude, Michaël, l’inévitable homme au chapeau pils présent à tous les endroits brassicoles possibles s’est rendu à l’événement et a rencontré Louis-Michel Carpentier. En exclusivité pour BiereBel.com, il a réalisé une interview. Bonne lecture!

Michaël – Louis-Michel, d’où provient l’idée du personnage de « Poje »?

Louis-Michael Carpentier – C’est une longue histoire! L’idée vient de la brasserie Cantillon. Je voulais réaliser une bande dessinée sur la fabrication de la bière, mais ce n’était pas très intéressant. J’ai juste réalisé une planche expliquant la fabrication de la gueuze pour Cantillon et l’idée d’une bande dessinée sur la bière est venue de là. J’ai eu un projet de bande dessinée sur les bistrots, j’en ai parlé à Raoul Cauvin, qui a commencé à ecrire des scénarios pour s’amuser. Puis, l’année de la bière en 1986 est arrivée, nous avons proposé notre idée à un éditeur qui a trouvé le sujet intéressant.

Michaël – Pourquoi avoir appellé le personnage principal « Poje »?

Louis-Michael Carpentier – « Poje » est le pseudonyme que l’on avait donné, avec des amis, au patron d’un bistrot où nous allions et allons encore. C’est un petit clin d’oeil de ma part. Il existe bel et bien, en chair et en os, vous pourrez le rencontrer en allant à son bistrot qui se trouve « Rue des Héritiers » à Bruxelles.

Michaël – Les personnages que l’on retrouve dans vos BD sont-ils fictifs ou réels? (ayant déjà, personnellement, rencontré certains d’entre eux).

Louis-Michael Carpentier – Pour la plus part, ce sont des personnages qui existent, des amis, des connaissances, des rencontres. Je m’inspire aussi de personnages de la télévision comme Régis Laspales notamment. Certains reviennent régulièrement dans mes bandes dessinées.

Michaël – Où puisez-vous vos histoires?

Louis-Michael Carpentier – Je suis avant tout le dessinateur, la plus part des histoires proviennent donc de Raoul Cauvin. J’en trouve aussi de temps en temps. Ce sont surtout des histoires de bistrots que l’on entend tous les jours, des idées ou des histoires que l’on a entendues.

Michaël – Le nouvel album de « Poje » s’appelle « Trou du fût », pourquoi ce titre?

Louis-Michael Carpentier – Parce que le trou du fût est très important! C’est souvent Cauvin qui trouve les titre des albums. (ndlr: en première page de la bande dessinée, on lit une définition, je cite: « le trou du fût sert à l’évacuation des gaz produit par la fermentation de la gueuze traditionnelle. Le trou du cul qui boucherait ce trou provoquerait immanquablement l’explosion du fût. D’où l’importance du trou du fût ».)

Michaël – L’année 2005, sera décrétée « Année de la Bière »! Y aura-t-il un nouvel album ou une réédition des premiers livres comme « L’année de la bière  » et « Tournée des grands ducs », ouvrages parus en 1986?

Louis-Michael Carpentier – Pour le moment, rien n’est prévu, tout dépendra des scénarios trouvés par Cauvin.

Michael – Louis-Michel, quelle est ta ou ton type de bière préféré (es)?

Louis-Michael Carpentier – J’apprécie beaucoup de bières mais ma sélection va en premier pour l’Orval, en deuxième position la Triple Westmalle et enfin la Cantillon.

Michaël – Merci pour cette interview, Louis-Michel.

Interview de Nasser EFTEKHARI du Beer Mania à Bruxelles

Un interview de G. Salvaggio

Un magasin à bières en Belgique, cela n’a rien de surprenant. Encore moins s’il se situe à Bruxelles. Mais l’histoire et la philosophie de son tenancier, un Iranien se disant en pleine réalisation de sa destinée, est pour le moins étonnante.

Obligé de fuir un régime sous lequel il était interdit de brasser de la bière alcoolisée, c’est à pied que Nasser Eftekhari prit la fuite de son pays pour atterrir, après 9 mois passés en Turquie, en Belgique où, selon les lois relatives au statut des réfugiés politiques, il n’aurait jamais dû rester plus de deux semaines.

La Ligue des Droits de l’Homme aidant, le Destin fit le reste et voici que Nasser, ce passionné de bières, ne cesse, depuis 1986, de se mettre aux services des amateurs pour le plus grand plaisir de leurs papilles gustatives.

Jef – Vous êtes originaire d’Iran. N’est-ce pas un peu contradictoire, pour un homme venu de régions musulmanes, de promouvoir la bière ?

Nasser – Tout d’abord, il se fait que je ne suis pas musulman, mais zoroastrien, venu d’un pays où se mêlent de nombreuses pensées philosophiques non matérialistes, telles que le soufisme (NDLR : Philosophie née au VIII°s, à vocation mystique, prônant la recherche de la vérité au fond de soi-même.) De ce fait, je pense que l’homme est, au plus profond de lui-même, au courant de sa destinée et la mienne fut sans aucun doute l’appel vers la Belgique.

Bien entendu, de nombreux événements politiques ont contribué à ma décision. Quand le Shah d’Iran a été destitué au profit des régimes religieux, la bière alcoolisée et a été interdite en Iran. Je passais donc du temps, dans ma cave, à refermenter des bières non alcoolisées à l’aide de sucre et de levures. Un engouement est né pour la bière, accompagnée de la frustration de ne pouvoir exercer ma passion publiquement. En quittant mon pays, je me suis juré que si j’arrivais à accomplir mon rêve, je me plongerais, pendant trois jours, dans une baignoire de pils.

Arrivé en Belgique, après de nombreuses péripéties, je suis parvenu à me faire engager comme serveur dans un bar d’Ixelles, dans lequel se réunissaient des habitués, et j’ai appris qu’une femme désirait remettre son commerce de bières. Dès que j’ai vu la façade du magasin, et sans même entrer dedans, j’en suis tombé amoureux. Depuis, je n’ai jamais accompli ma promesse de ma baigner trois jours dans la bière. Et pour cause, ça va faire presque 20 ans que je baigne dans le monde de la bière (rires).

Jef – On dit parfois que les Belges, pourtant réputés dans le monde, sont en fait de bien piètres connaisseurs de leur produit phare. Qu’en est-il ?

Nasser – Il faut nuancer les choses. C’est vrai que les Belges s’y connaissent mieux en vins. Même mieux que les Français, je dirais, qui se cantonnent à boire leurs produits régionaux, quand les Belges n’ont aucune raison de privilégier un vignoble plutôt que l’autre. Mais il faut dire qu’il y a 20 ans, c’était surtout la pils qui était synonyme de bière. Et quand on voulait boire quelque chose de plus assuré, on prenait une Trappiste ou une bière d’Abbaye, elle-même souvent confondue avec les vraies Trappistes. Combien de fois n’ai-je entendu quelqu’un me dire : «J’ai bu une Trappiste de Grimbergen»…

Face à ce manque d’éducation, un tournant, est certainement survenu en 1986, à l’occasion de l’année de la bière, au cours de laquelle un journaliste anglais, Michael Jackson (NDLR : à ne pas confondre avec le chanteur), a publié un livre sur les Grandes Bières de Belgique («Great Beers of Belgium»), ouvrage qui a littéralement contribué à l’explosion du phénomène «bières spéciales». D’autres événements ;, tels que la création d’Interbrew, ne sont certes pas étrangers à ce soudain gain d’intérêt pour les bières spéciales.

Mais ceci dit, soyons attentifs au revers de la médaille. Beaucoup de choses dommageables se passent dans le monde de la bière. Les Belges finissent par être les victimes de leur succès. Au nom du besoin et des demandes d’expansion internationale, les brasseries sont obligées de fabriquer plus en moins de temps. Une bière qui a normalement besoin d’un mois de fabrication peut aujourd’hui être réalisée en une semaine grâce aux technologies microbiologiques. La qualité de la bière se perd de plus en plus, ce qui n’est pas pour nous défendre face au savoir-faire de plus en plus grandissant des Américains, Canadiens, Bretons, etc… En outre, comme les goûts de produits évoluent sans cesse, ça rend très difficile mon travail de conseil gustatif à la clientèle.

Jef – Vous annoncez 400 bières. Comment peut-on gérer cela en termes de logistique ?

Nasser – Au départ, je ne vendais que 200 bières et j’allais moi-même les chercher dans les brasseries, ce qui, bien sûr, m’a permis de les visiter et de me créer des liens. Les choses ont donc évolué un peu à la fois. Aujourd’hui, j’ai une vie de famille que je ne veux pas négliger et pour 70% de mes produits, je me fais livrer. Pour les 30% restants, je continue à me rendre moi-même sur place.

La logistique de la bière n’est pas une mince affaire. J’annonce 400 bières, mais la moyenne du stock tourne en général autour de 380, avec un pic à 413 étiquettes différentes.

Jef – Vous proposez, depuis plusieurs mois, un salon de dégustation. Vous aviez envie de faire autre chose ?

Nasser – Je dirais simplement deux choses. D’abord, d’un point de vue objectif, le marketing nécessite que l’on agrandisse et conforte ses activités. J’ai voulu simplement donner un nouveau moteur à mon activité.

D’un point de vue plus subjectif, il faut dire que des demandes de dégustations étaient formulées par mes clients et je ne disposais pas de l’infrastructure nécessaire pour que cela s’effectue dans de bonnes conditions. J’ai bien organisé des soirées à la Grand-Place, mais bon, d’un point de vue financier et logistique, c’était lourd.

Outre le côté pratique d’avoir un salon de dégustation sur place, le fait qu’il soit situé au fond du magasin, et non pas en vitrine, contribue à ce qu’il soit devenu un lieu de rencontre des vrais amateurs. Je ne veux pas en faire un bistrot. La musique y est cool, et les gens viennent pour se rencontrer et parler de leurs passions communes. Et si c’est autour d’une bonne bière, c’est encore mieux.

Jef – Quelle est votre bière préférée ?

Nasser – Je suis content de la façon dont vous me posez cette question qui revient toujours, car j’ai horreur qu’on me demande quelle est la meilleure bière, car il n’y a pas de «meilleure» bière. J’ai une préférence pour les amères, mais une bonne gueuze en été, je ne dis pas non.

Jef – Qu’est-ce que vous aimez et détestez le plus dans notre métier ?

Nasser – Ce que j’adore, ce sont ces sommes de petits bonheurs que mon métier me procure. Les dégustations, surtout. Pas seulement celles qui ont lieu au salon. Je parle aussi de celles qu’il m’est donnée de vivre dans les brasseries, et les moments que je passe avec les brasseurs qui insistent pour en boire une avec moi tandis que je m’approvisionne chez eux. Hanssens et Drie Fonteinen constituent deux exemples représentatifs parmi tant d’autres. Si je les cite, c’est parce qu’ils ne sont pas situés très loin de chez moi.

Ce que je déteste, c’est la réception de consignes mal lavées, qu’il faut aller refourguer aux brasseries. En été, c’est encore pire si on tient compte de toutes ces vidanges pleines de mégots de cigarettes. C’est le côté le moins amusant, mais sans lui, pas de stock, pas de service au client.

Jef – J’aimerais terminer par une question piégée à laquelle vous êtes libre de ne pas répondre : ne trouvez-vous pas certains de vos prix parfois exagérés ? Je note, par exemple, qu’une bouteille de 33 cl de Rodenbach Alexander est vendue 10 euros… (NDLR : Cette Rouge des Flandres, aromatisée à la cerise, n’est plus produite depuis l’an 2000…)

Nasser – D’abord, je me défendrais en disant qu’il existe des établissements nettement plus chers. J’ai une fois constaté qu’une Carolus 75 cl, que je vends 12 euros, est vendue 100 euros dans un bar célèbre de Bruxelles.

De manière plus positive, je dirais que je fais tout pour assurer un service impeccable et confortable au client. Prenez mon salon de dégustation, par exemple. Je n’ai employé que les meilleurs matériaux. Le frigo est un appareil qui, en permanence, stabilise la température des consommations à 12° C. Son moteur a été démonté pour être placé à la cave, afin que son bruit ne dérange pas les clients. Une opération pareille coûte chez. Le plancher, c’est du chêne, du vrai, du 22 mm d’épaisseur. Et il n’y a rien affaire : les échéances bancaires, ça se paye.

Les gens ont la liberté de choisir leurs prix et leur endroit. Les personnes qui viennent chez moi font ce choix. Ce que je veux, avant tout, c’est offrir le meilleur service à ma clientèle. La pauvre, elle a déjà assez de soucis comme ça pour trouver une place de parking… (rires)

Adresse du Beermania

Beer Mania
Chausée de Wavre, 174-176
B-1050 IXELLES (Bruxelles)

Tél. : + 32 (0) 2.512.17.88
Mail : beermania@skynet.be

Ouvert du lundi au samedi, de 11 h à 21 h (Tous les jours en décembre)
Possibilité de commander via le site www.beermania.be Livraisons assurées par poste.

Interview de ‘Kali’ du Delirium Café à Bruxelles

Une interview de G. Salvaggio

2004 bières vendues par un même établissement, et en plein coeur de Bruxelles, ça ne pouvait pas se rater. Raison pour laquelle ce lundi 13 janvier 2004, je me mis en tête de visiter ce temple de la dégustation et, au passage, de m’adonner à l’interview du sympathique et compétent gérant, « Kali », qui s’est volontiers prêté au jeu tout au long de la soirée.

Jef – Pourquoi donc 2000 bières ?

Kali – 1000 bières, cela avait déjà été réalisé et cela devenait commun (NDLR : Le Vaudrée de Liège propose un tout petit peu moins de 1000 bières). Il fallait donc créer un nouveau challenge, afin de proposer au public des bières que personne ne connaît. Cela nous permet, au jour le jour, de nous remettre en question en découvrant des bières que nous ne connaissions pas.

Jef – Le public, justement… A qui cet établissement s’adresse-t-il, puisqu’on sait qu’en dehors des Pils et des bières d’abbayes, les Belges n’ont curieusement pas, chez nous en tous cas, la réputation d’être de fins dégustateurs ?

Kali – Difficile de répondre en quelques mots à cette question. On peut en effet reconnaître que d’autres nationalités connaissent mieux la bière que nous. Il est par exemple exact que dans l’esprit du Belge moyen, la bière, c’est Interbrew et les abbayes. Une certaine médiatisation de masse n’y est d’ailleurs pas étrangère. Mais les touristes qui, bien sûr, découvrent l’établissement au hasard de leurs visites et qui reviennent le soir déguster une bonne bière, force est de constater que les Bruxellois risquent d’enfin trouver un lieu de convivialité pas trop enfumé, baigné d’une musique pas trop forte, un endroit pour discuter de ce qui fait partie de notre culture. A cet égard, l’établissement se veut également un lieu de vulgarisation, pas seulement réservé aux seuls vrais connaisseurs.

Jef – Quelle place les nombreuses bières étrangères proposées trouvent-elles dans ce lieu de belgitude ?

Kali – La modestie nous force tout d’abord à reconnaître qu’en matière de Pils, les Allemands et les Tchèques ont énormément à nous apprendre. Idem pour les Blanches. On constate en outre, ci et là, des phénomènes de sursauts. La France se réveille fameusement, proposant des produits de qualité. L’établissement propose d’ailleurs une soixantaine de produits bretons. On pense surtout au Nord de la France, dont les bières s’inspirent largement des nôtres, mais dont la préparation est en permanence remise en question dans un souci d’atteindre une qualité certaine et sans cesse croissante. Beaucoup de brasseurs américains travaillent également dans la lignée de la Belgian Style Beer. En tous les cas, ces bières ont le mérite d’être connues.

Jef – Certains brasseurs n’hésitent pas à dire que l’on ne conserve pas la bière aussi bien et aussi longtemps que le vin. Comment y parvenez-vous, puisque certaines bières affichées à la carte datent d’une certaine époque et que d’autres mettront plusieurs mois avant d’être commandées par un amateur ?

Kali – La bière de qualité se conserve parfaitement bien. Il suffit d’en examiner certaines datant du début du siècle : leurs étiquettes indiquent une Conservation Illimitée. Allez savoir pourquoi… Un Orval de 10 ans d’âge peut être bu sans aucun inconvénient. Un fût rempli de bière de haute fermentation peut, si son arrivée est coupée tous les soirs, se conserver jusqu’à 3 semaines alors les vendeurs s’évertuent à dire qu’il doit être consommé dans les trois jours… par intérêt commercial, sans aucun doute. Bien sûr, une bouteille peut avoir été mal conditionnée ou trop exposée à la lumière, mais cela reste un accident. Une infiltration d’oxygène constitue également une catastrophe. A titre personnel, j’ai bu des bières de 30 ans d’âge et leur degré de conservation était demeuré exceptionnellement intact.

Jef – Comment faites-vous pour connaître toutes ces bières, de telle manière à proposer la plus adaptée à chaque client ?

Kali – On ne peut pas toutes les connaître. C’est un travail de longue haleine que j’ai commencé en 1985, tandis que je bossais comme étudiant chez Moeder Lambic. J’étais, par contrat, tenu de goûter un maximum de bières. Il est difficile de mémoriser les goûts, mais un petit truc m’a toujours aidé : chaque brasserie, peut importe la variété de ses produits, fait toujours paraître en chacun d’eux le même petit arrière-goût qui la caractérise.

Jef – Votre bière préférée ?

Kali – Je n’aime pas répondre à cette question. Ca dépend trop de mon état du moment. Mais pour jouer le jeu jusqu’au bout, disons la Westvleteren 8, les Krieks de chez Boon, Drie Fonteinen et De Cam, la Rulles Triple et la Ste-Hélène, très rare.

Une adresse à ne pas manquer

Delirium Café
Impasse de la Fidélité (Face à Jeanneke Pis)
1000 BRUXELLES
(Quartier de l’Ilôt Sacré)
http://www.deliriumcafe.be