Une matinée de brassage chez NovaBirra

24 juillet 2009 – Un vendredi matin à Braine-l’Alleud. Une rue en cul-de-sac, un porte de garage verte dissimulant un large entrepôt. La porte se relève doucement… Apparaît un homme souriant vêtu d’un tablier, des effluves de brassins l’accompagnent. Emanuele « Manu » Corazzini me souhaite chaleureusement la bienvenue dans les bâtiments qui abritent sa nouvelle société NovaBirra. En route pour découvrir cette jeune société, fruit de l’imagination d’un jeune entrepreneur passionné et dynamique.

 

 

 

« Je prends de l’avance! Figure-toi que je brasse… une bière de Noël! ». Nous sommes en juillet, et Manu crée, anticipe, invente et recherche constamment. Depuis qu’il a fondé NovaBirra (un mot à consonance italienne en référence à ses origines) en avril 2008, il s’investit corps et âme dans ce projet, pour lequel les maîtres-mots pourraient être passion… et patience.

 

 

Plongé dans le monde de la bière depuis de nombreuses années (Manu fait partie de l’équipe organisatrice du renommé Festival Bruxellensis à Saint-Gilles), sa société NovaBirra répond principalement à trois objectifs. « Ma première activité consiste à vendre des bières artisanales. Actuellement, je me limite volontairement à quatre brasseries: Senne (Zinnebir), Trois Fourquets (Lupulus), Rulles et Jandrain-Jandrenouille (IV Saison et V Cense), ma dernière révélation. Je connais chacun de ces brasseurs, ce sont des passionnés, des artisans-brasseurs. C’est pour cette raison que j’ai choisi leurs produits. J’apprécie aussi d’autres brasseries comme chez De Ranke ou Blaugies mais je préfère évoluer progressivement, en fonction des demandes qui me sont adressées ».

L’explication à peine terminée, voici que j’endosse un tablier. « Fais-toi plaisir! C’est l’étape de la saccharification, brassons ensemble cette de bière de Noël! » Entretemps, Manu m’offre une bière de sa propre production, une blanche assez acidulée. Comme nous le rappelle l’adage quelque peu revisité:Pendant l’effort, le réconfort!

 

Revenons-en aux activités de NovaBirra… Un autre champ d’action de Manu réside dans la dégustation.« J’organise des dégustations pour différents publics, des groupes d’amis, des sociétés. Les gens découvrent des bières de ma propre production, et d’autres plus connues du grand public. Je constate que les gens sont très curieux. Qu’est-ce qu’une triple? Qu’est-ce que la fermentation? Avec les dégustations, j’en profite pour évoquer l’aspect gustatif du produit, mais aussi les techniques de fabrication, les deux étant liés ».

Manu a certainement remarqué que j’étais d’un naturel curieux. Aussitôt son commentaire achevé, une bière sort du frigo. « Goûte-la, et dis-moi ce que tu en penses ». Une couleur ambrée, une bière parfumée qui se distingue par un équilibre remarquable entre douceur et amertume. Je lui tire mon chapeau. « Il s’agit d’une sorte d’Amber Ale pour laquelle j’ai utilisé du houblon Amarillo, notamment présent dans la 5 Cense de la brasserie de Jandrain-Jandrenouille. Pour la brasser, je me suis inspiré de bières produites aux Etats-Unis ». Aaah, l’Amérique. Si Manu mentionne dix fois le pays de l’Oncle Sam pendant notre matinée, c’est bien peu… On en reparle plus tard…

 

 

Intermède terminé, vous aurez compris que l’activité centrale de NovaBirra se situe dans le brassage, en particulier l’enseignement du brassage. « Un jour, dans le train, je lisais un livre en anglais sur les techniques de brassage. En face de moi, un homme m’observe et me dit que c’est inutile de brasser soi-même étant donné qu’en Belgique, on peut déguster tout ce que l’on veut! Je ne comprends pas cet état d’esprit. Je pense que nous sommes dans une époque dans laquelle les gens veulent revenir vers des valeurs plus régionales, authentiques. Grâce à mes formations, mon souhait est de démontrer aux gens la qualité qu’ils peuvent obtenir eux-mêmes en brassant. Je ne brasse pas pour moi-même mais pour partager ».

Concrètement, NovaBirra propose des stages d’une durée de deux jours. Le première partie est théorique, Manu expose la fabrication de la bière à ses stagiaires, un syllabus est compris dans le prix du cours. Il est judicieux de signaler que le niveau est assez poussé, des notions techniques et chimiques sont évoquées. Intervient ensuite la création de la recette de la bière en compagnie du stagiaire. « Parfois, des gens s’inscrivent et m’annoncent qu’ils veulent brasser une bière fruitée. Je refuse immédiatement. Je leur explique qu’à la base, il faut savoir brasser une bière classique, c’est-à-dire une boisson fermentée à base d’eau, d’orge et houblon. D’ailleurs, j’utilise très peu d’épices, je préfère jouer sur les nuances de malt et houblon. » Le deuxième jour, c’est le brassage proprement dit: démarrage à 8h00 et travail le reste de la journée. Quelques semaines plus tard, Manu invite le stagiaire pour effectuer l’embouteillage. Dans sa démarche, il privilégie la cohérence et signale: « pour suivre ce genre de formation, deux éléments sont essentiels. Le premier, c’est le temps. Les gens doivent comprendre qu’en brassage, sans patience, on n’arrive à rien. Brasser dure environ deux heures, créer la bière dure une journée entière. Ensuite, place à cinq semaines de patience avant de mettre en bouteille, puis trois ou quatre mois avant de goûter… » L’autre élément, qui anime Manu à l’instar de nombreux amoureux de la bière, c’est la passion. « La passion, c’est beau. Mais ce qui serait magnifique, c’est de voir émerger des micro-brasseries dans les villages belges, des clubs de brasseurs amateurs qui se réunissent comme USA. Dans le contexte actuel où des géants brassicoles avalent des petites brasseries, le potentiel se trouve chez le particulier! Je souhaite être un relais pour tous ces gens qui veulent obtenir les informations nécessaires afin de brasser leur propre produit. Les gens doivent aussi sortir de chez eux, se faire connaître. Plus on est, plus on peut partager, se rencontrer, déguster, émettre des remarques constructives sur le produit, s’améliorer. »

 

 

Ah, la passion… Flash-back. Ingérieur du son de formation, Manu s’exile aux Etats-Unis entre 1995 et 2002. « Dans le cadre de mon métier, j’ai parcouru les USA, j’ai accompagné un groupe de danse contemporaine à travers tout le pays. Après chaque spectacle, j’en profitais pour visiter la micro-brasserie qui se cachait dans chaque ville. J’ai été impressionné par cet incroyable mouvement de brasseurs! Je me suis régalé grâce à des porters, des stouts et bien d’autres merveilles. Cette expérience a profondément nourri ma passion de la bière. Mes prochains voyages? Dublin et le Québec afin de tisser des contacts dans le domaine brassicole ».

Cessons de voyager un instant, revenons à Braine-l’Alleud. Le brassage de la bière de Noël n’attend pas. Place à la filtration qui sera suivie de l’ébullition et du houblonnage. Visiblement passionné et talentueux tant dans la maîtrise de la technique du brassage que la pédagogie, Manu m’explique les principes des étapes, m’apprend des « petits trucs » du métier. Il prodigue avec précision et enthousiasme les explications. « Je suis également guitariste et j’ai donné des cours de guitare il y a quelques années. C’est toujours fascinant d’assister aux progrès de certains élèves. En brassage, c’est exactement la même chose! ».

 

 

Même si Manu avoue se fier beaucoup à son intuition et à sa créativité, il n’en reste pas moins un brasseur rigoureux qui archive et documente chacune de ses étapes. « Comme chaque brasseur qui se respecte, je note tout et je photographie. Lorsqu’un élève a terminé son brassage et qu’il faut attendre quelques semaines pendant la mise en garde, je lui transmets des photos pour le tenir au courant de l’évolution de sa création ».

 

 

 

 

L’horloge tourne et j’ai déjà versé à deux reprises du houblon dans la cuve d’ébullition. Faute de temps, Manu prendra en charge sans moi la deuxième filtration, la fermentation et l’embouteillage. Mais un rendez-vous est déjà fixé dans nos agendas pour la fin de l’année. « Brasser une bière et ne pas la déguster ne serait pas cohérent! On se revoit maximum en décembre pour goûter cette première cuvée Bierebel! ». Comptez-sur moi, j’ai hâte de découvrir cette bière brune qui titrera 8,5% de volume d’alcool…

 

 

Pour plus d’informations

NovaBirra (Braine-l’Alleud)
Contact: Emanuele CORAZZINI
Mail: manu@novabirra.com
Site: http://www.novabirra.com

De l’orge à la bière, de la bière au film

« Le vin, c’est la terre, celle-ci est légèrement graveleuse, c’est un médoc ». Cette réplique, Louis De Funès la prononçait en 1976 dans une scène du film L’Aile ou la Cuisse, lorsque ce truculent Monsieur Duchemin rendait hommage à la nature du vin pendant une redoutable épreuve de dégustation.

De l’eau a coulé sous les ponts, et vous lisez un site brassicole. L’oeuvre d’une personne rencontrée lors d’un festival m’a fait songer à cette réplique cinématographique.

Serge HENNEBEL, mécanicien de profession, vient d’effectuer une démarche rigoureuse en réalisant un film-documentaire sur l’orge brassicole et a fortiori, la fabrication d’une bière: Les fermiers à l’orge. De la semence au verre de bière « la Saint-Corneille ».

 

Que répond un brasseur lorsqu’on le questionne sur la fabrication d’une bière ? On entend généralement parler d’empâtage, de cuisson, de filtration, de fermentation, de soutirage… et de dégustation.

L’intérêt du film est qu’il débute dans les champs d’orge, au milieu de ces imposantes moissonneuses-batteuses qui sillonnent les cultures.

Du champ de vision au champ d’orge, la distance est courte, et le vidéaste, pendant 2h30, retrace la fabrication d’une bière et prend soin de ne pas négliger les étapes. Sur l’écran, apparaissent les champs, les moissons, les agriculteurs, les camions à destination de la malterie de Beloeil, où Serge a eu le privilège de tourner et de capturer des images exceptionnelles et rares!

Pour le brassage, le sympathique Alain BROOTCOORENS et ses cuves d’Erquelinnes sont devant l’objectif. Les moissons achevées, le maltage terminé, Alain possède les ingrédients issus des champs et inaugure sa séance de brassage.

 

 

Sur une durée totale de 150 minutes, le maltage et le brassage n’en prennent que 25, preuve que l’auteur souhaite à tout prix présenter un plan large et précis du processus de fabrication, et que le thème du film demeure l’orge brassicole.

Cette expérience a poussé le vidéaste à concrétiser un rêve : détenir sa propre bière ! Pendant que l’oeil de Serge était vissé sur le viseur de la caméra, la Saint-Corneille est apparue dans les cuves de la brasserie d’Erquelinnes. Originaire de Beauvechain, Serge a voulu rendre hommage à sa région et à la Procession Saint-Corneille qui se déroule chaque année le 4ème dimanche après Pâques dans le hameau de Mille.

Le documentaire a été filmé intégralement en numérique et le vidéaste n’en est pas à son premier coup d’essai. Passionné par le monde agricole et la ruralité, il a déjà exploité des sujets comme la vache, la betterave, le froment, le maïs, le foin et les gens de chez nous.

 

 

En bouclant son film sur l’orge brassicole, avant que le rideau ne tombe, avant que « FIN » n’apparaisse sur l’écran, Serge se décide à passer devant l’objectif de la caméra. Au terme d’un tel labeur, la dégustation d’une Saint-Corneille, entouré de ballots au milieu d’un champ frappé par les rayons du soleil, était inévitable…

« La bière, c’est la terre »

Informations

Serge HENNEBEL
serge2121@hotmail.com
0474/92.83.33

 

Interview: Nicole Darchambeau

L’après-midi du 12 novembre 2007 était ensoleillée et fraîche. J’ai pris la route du Brabant Wallon, destination Limelette. Mon intention n’était pas de suivre une cure dans la station thermale tout proche… Et encore moins de fréquenter une station brassicole !

L’objectif de ma visite était de rencontrer une dame bien connue du monde de la bière. Depuis 1994, Nicole DARCHAMBEAU a publié pas moins de six cents recettes à la bière, réparties dans différents ouvrages qu’elle publie grâce à sa propre maison d’édition, les Editions Les Capucines. Son travail ? Avant tout « une histoire de rencontres »! Partons justement à la rencontre de cette sympathique personne, riche en anecdotes sur son métier et ses ouvrages !

Pierre LEBRUN : Nicole DARCHAMBEAU, d’où provient votre passion pour la cuisine ?

Nicole DARCHAMBEAU : J’ai toujours été passionnée par la gastronomie depuis que je suis enfant. Mon père fabriquait du matériel pour la boulangerie et pâtisserie. On a beaucoup voyagé, nous avons fréquenté beaucoup de restaurants ce qui a éduqué mon goût. Quand mon père voyait une pâtisserie, il regardait toujours la vitrine pour voir les formes des gâteaux. De mon côté, j’imaginais ce qu’il y avait dedans, les ingrédients ! J’ai alors commencé à cuisinier, surtout par la pâtisserie. J’ai commencé à regarder les émissions culinaires. A l’époque, il y avait celle de Raymond OLIVER, et puis il y a eu Michel OLIVER. Encore aujourd’hui, je regarde de telles émissions un peu comme un feuilleton ! J’ai donc toujours cuisiné et ça s’est toujours accentué.

P.L. : Est arrivée ensuite la bière…

N.D. : J’avais toujours un peu cuisiné à la bière et j’avais d’ailleurs gagné un prix au Salon de l’Alimentation à Bruxelles avec une recette à la bière. Par la suite, j’ai fait de l’artisanat, notamment de la tapisserie de haute lisse. J’ai exposé plusieurs fois au Château d’Enghien… Et le vernissage se faisait avec de la Double Enghien ! Et en dégustant mon verre, je me suis dit « tiens, pourquoi ne ferais-je pas un livre de recettes à la bière ? » Nous avons alors décidé de visiter les brasseries, nous avons rencontré des gens, j’ai écrit un livre. J’avais dit que je n’en ferais qu’un, mais je continue ! Mon premier livre a été « La bière ça se mange » publié en 1994. Aujourd’hui, il en est à sa troisième édition.

 

 

P.L. : Vous avez fondé votre propre maison d’édition, les Editions Les Capucines. Pour quelle raison ?

N.D. : A l’époque où j’ai écrit mon premier livre, je cherchais un éditeur. J’ai fait le tour du monde de l’édition mais il s’est avéré que le milieu était plutôt difficile… J’ai donc décidé de créer ma propre maison d’édition. Je suis donc libre, je peux travailler avec qui je souhaite, et à mon rythme.

P.L : Soulignons que dans votre bibliographie, on ne parle pas uniquement des bières.

N.D. : En effet, j’écris aussi des livres sur les fruits, les légumes, les champignons,… Il existe aussi « Marmichef », destiné aux enfants. Il s’agit d’une série véritablement « home-made ». Par exemple, je relie moi-même les ouvrages de cette série, j’ai suivi des cours de reliure pour y parvenir. Quant aux illustrations, ma fille étant infographiste, elle m’a donné un coup de main !

P.L : Comment distribuez-vous vos livres ?

N.D. : Ils sont disponibles dans plusieurs magasins, comme la FNAC, certaines librairies. Mes livres sont également disponibles dans des musées comme l’Hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines, la brasserie Cantillon à Anderlecht,… Je me déplace aussi dans divers événements tels que salons, marchés et foires. Sinon, je vends surtout par correspondance. Par exemple, lorsque sort un article de journal, des gens me contactent pour commander mes livres. C’est chouette car j’ai des contacts avec mes lecteurs.

P.L : Justement, vos lecteurs, obtenez-vous souvent des retours de leur part ?

N.D. : Il y a des personnes qui achètent systématiquement tous mes bouquins. J’ai comme un fan-club ! Je ne considère jamais mes recettes comme figées. J’apprécie qu’elles se modifient, qu’elles soient en constante évolution ! Les retours des lecteurs sont idéals à ce point de vue !

P.L : Au total, vous avez réalisé 600 recettes à la bière, un fameux travail !

N.D. : Il existe aussi d’autres recettes qui ne sont pas à base de bière. Le plus difficile, disons, c’est de ne pas pouvoir reproduire exactement une recette que vous aviez créée autrefois… J’invente chacune de mes recettes et les expérimente. Pour le reste, l’inspiration est toujours présente et me pousse à créer encore des nouveautés !

P.L : Quelle est votre « philosophie culinaire » ?

N.D. : Avant tout, je veux que la convivialité demeure dans mes recettes ! Je retrouve cet aspect lorsque je les teste à domicile ! Je tiens également compte de l’aspect diététique, je veille à ce qu’il n’y ait pas trop de matières grasses. Enfin, j’apprécie cuisiner à la bière car c’est une boisson qui offre énormément de saveurs très riches et différentes!

P.L : Comment inventez-vous une recette ?

N.D. : Il y a l’inspiration… Je suis un peu comme une peintre. J’ai avec moi une palette de saveurs. Et le principe est de pouvoir manier cette palette et d’associer harmonieusement les saveurs…

P.L. : Si vous deviez donner un conseil à une personne qui veut se lancer, ou se perfectionner dans la cuisine à la bière, que lui diriez-vous ?

N.D. : L’amertume doit être bien maîtrisée ! Par exemple, pour l’Orval, bière amère, ce n’est pas toujours évident de cuisiner car il faut bien calculer. Par contre, on rencontre moins de difficultés avec une Chimay ou une Rochefort…

P.L. : Et si l’on opte pour une Cantillon ?

N.D. : C’est très facile avec de telles bières ! Les gueuzes sont idéales pour la digestion. En plus, elles procurent une « bonne faim » après que nous les ayons consommées !

P.L. : Parmi vos recettes, quelle est votre préférée ?

N.D. : Assurément, un sabayon ! Un sabayon car dans mes livres, il se conjugue en plusieurs préparations…

P.L : Vous avez écrit deux livres originaux : « Bon appétit Julos » et « Bière et Délices ». Pouvez-vous nous en parler ?

N.D. : Le bon appétit s’adresse bien entendu à Julos BEAUCARNE, le constructeur de pagodes. Un soir, j’ai assisté à l’un de ses spectacles. On y dégustait la Bière des Pagodes, brassée à la brasserie de Silenrieux. Ce fut l’occasion de rencontrer Julos et de proposer un projet d’écriture… Le résultat est un livre de recettes à la Bière des Pagodes, entrecoupé de textes de Julos BEAUCARNE que j’ai sélectionnés. « Bière et Délices » évoque l’Hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines, magnifique lieu que j’apprécie énormément. Il faut souligner qu’au sein de cet endroit, de superbes collections y sont conservées depuis le début ! Je connaissais depuis un bon bout de temps l’équipe qui travaillait en faveur de l’Hôpital. Une superbe équipe qui a réalisé un travail fantastique et bénévole! La brasserie Dupont de Tourpes brasse l’Helkiase en l’honneur de l’Hôpital. A l’origine, l’Helkiase était un remède à base de mercure utilisé par les sœurs. Tous ces éléments m’ont procuré l’envie d’écrire ce livre.

Avant tout, mon travail est une histoire de rencontres, ce qui me plaît beaucoup dans mon métier. C’est aussi le cas pour « Le temps des cerises chez Cantillon » qui a germé dans mon esprit suite à la rencontre de Jean-Pierre VAN ROY, maître-brasseur chez Cantillon.

 

P.L : Quelle est votre opinion sur la cuisine à la bière ? Est-ce ancré dans nos coutumes en Belgique ?

N.D. : Non, pas vraiment, hélas ! Par contre, dans le Nord de la France, je constate qu’une tradition culinaire brassicole de qualité est bien implantée !

P.L. Quels sont vos projets pour l’avenir ?

N.D. : On peut s’attendre à un livre de recettes à la Trappiste de Chimay. Je souhaite que ces recettes se situent entre les aspects luxueux et festif.

P.L. : Nicole DARCHAMBEAU, un tout grand merci d’avoir accordé cet interview à Bierebel ! Après la présentation de vos ouvrages, accepteriez-vous de faire partager l’une de vos recettes à nos lecteurs/visiteurs ?

N.D. : Je vous en prie ! Voici un magret de canard aux champignons à la Saison de Silly !

Bibliographie brassicole de Nicole DARCHAMBEAU. L’ensemble des livres sont édites par les Editions Les Capucines

– La Bière ça se mange, (3 éditions) 1994, 1997, 2003
– Saveurs d’Orval, 1994
– La Gueuze gourmande, 1995
– Délices de la brasserie de Silly, 1996
– Le temps des cerises chez Cantillon, (2 éditions) 1999, 2005
– Bon appétit Julos, 2002
– Bière & Délices de l’Hôpital Notre-Dame à la Rose, 2004
– Les Trappistes de Rochefort, une cuisine de terroir, 2006.

Coordonnées pour vous procurer les ouvrages

Nicole DARCHAMBEAU
Editions Les Capucines
Avenue des Capucines, 15
1342 LIMELETTE

Tél./Fax : 010/41.13.47

http://web.mac.com/nicole.darchambeau

Magret de canard aux champignons à la Saison de Silly
Marché pour 4 convives
– 40 cl de Saison de Silly
– 4 magrets de canard
– 500 g de champignons de Paris
– 1 oignon
– 3 cuillères à café de poivre vert
– 2 cuillères à café de moutarde forte
– 2 cuillères à soupe de crème épaisse
– sel

• Dans un plat, verser la bière. Y déposer les magrets, côté chair. Mariner pendant 4 heures.
• Nettoyer les champignons, laver à l’eau courante, bien égoutter.
• Éplucher et émincer l’oignon.
• Égoutter les magrets, réserver.
• Dans une sauteuse, verser la marinade. Chauffer, y fondre l’oignon. Ajouter champignons et poivre vert. Cuire à feu vif pendant 10 minutes.
• Saler, incorporer moutarde et crème. Réduire jusqu’à onctuosité. Garder au chaud.
• Griller les magrets, côté peau, pendant 5 minutes à feu vif. Éliminer régulièrement la graisse fondue. Retourner les magrets et poursuivre la cuisson pendant 5 minutes. Servir rosés.
• Ôter la peau des magrets, les trancher et dresser sur le plat de service. Napper de sauce aux champignons.
• Accompagner de pommes de terre persillées et d’une salade verte.

Extrait de
Délices de la Brasserie de Silly, © Editions Les Capucines (Nicole Darchambeau) 1996

Brasserie de la Thiérache à Momignies: sur les traces de la brasserie Février…

C’est par un jour pluvieux de juillet que je me suis aventuré à découvrir ce qu’était autrefois la brasserie Février de Momignies.

Un petit coup d’œil dans le rétroviseur s’impose! L’histoire débute en 1825 lorsqu’Aristide FEVRIER crée une brasserie dans le petit village de Momignies, situé à deux pas de la frontière française, à une quinzaine de kilomètres d’une ville hôte d’une bière mondialement connue, Chimay.

Au fil des décennies, la brasserie abreuva la région grâce à une bière de table blonde légère, la « Février ». Avec le recul, on peut estimer que la chance a été du côté de la brasserie lors de certaines périodes difficiles de notre Histoire contemporaine. Pendant les guerres mondiales, le matériel fut conservé par l’armée Allemande, celle-ci se rendant compte du potentiel présent! Et même si pendant un petit temps, un abattoir fut aménagé par les Allemands, ils délaissèrent rapidement l’activité au profit du brassage, de quoi remonter le moral des troupes.

Dans les années 1980, les brasseurs de l’époque, Albert et Karl FEVRIER, décidèrent de mettre la clé sous le paillasson ce qui signifiait la fin d’une belle histoire de brassage dans le Sud du Hainaut Belge.

Nous voici de retour en 2007! Le samedi 7 juillet, j »apprends qu’une certaine « ouverture de la… Brasserie de la Thiérache » a lieu à Momignies pendant le week-end. Pas un seul moment d’hésitation, le dimanche après-midi, je prends le volant jusqu’à ce village, accompagné de la famille. Et là… laissez-moi vous raconter la suite!

D’entrée de jeu, je me laisse subjuguer par la beauté de la façade de l’ancienne brasserie. En vieilles briques rouges, le bâtiment est haut, imposant et témoin du passé puisque de vieilles pancartes en bois « Brasserie Février » et les dates « 1825-1904 » ornent l’ensemble (la première étant la date de création, la seconde, une année de rénovation dans les travaux).

Dans le sas d’entrée du bâtiment adjacent, nous sommes chaleureusement accueillis par Alain MEGOEUL. Bruxellois d’origine, cet homme sympathique passe ses vacances dans le coin depuis son enfance. Par ailleurs, il est parent avec les propriétaires de l’ancienne brasserie MEGOEUL de Saint-Ghislain. L’homme est profondément passionné, ça se voit, ça s’entend! « Bienvenue à la brasserie de la Thiérache! C’est ici que vous pourrez découvrir l’ancienne brasserie Février » Il nous emmène dans l’imposant bâtiment et avec émerveillement, nous découvrons l’ancien matériel de brassage de la brasserie Février. « Tout ce que vous voyez ici est d’origine, c’est ce qui fait le charme des lieux! »nous raconte Alain MEGOEUL. A l’entrée, nous admirons une belle cuve de brassage, le refroidisseur et une machine à vapeur encore équipe de courroies. Sur la gauche, un passage, et nous accédons à l’imposant générateur qui produit la vapeur pour faire fonctionner la machine. Les anecdotes fusent! Au mur, une pancarte déclare « Toujours actifs les plus vieux BRASSEURS ». « Il s’agit d’une pancarte de l’époque de Karl et Albert FEVRIER, et elle fait clairement référence à leur âge avancé lorsqu’ils brassaient! »

« N’hésitez pas à descendre à la cave! » Allons-y! En sous-sol, nous entrons dans une première salle dotée de deux cuves de fermentation en cuivre et nous accédons ensuite dans une deuxième pièce avec une petite dizaine de cuves de garde. Pour chaque étape, des panneaux didactiques sont affichés afin d’éclairer le visiteur.

« Je vous invite à venir dans notre estaminet après quoi une petite surprise vous attendra! » On continue à se laisser guider par notre hôte! Dans le bâtiment adjacent, un estaminet du style 1900 a été aménagé. L’endroit est agréable, élégamment décoré. Sur les murs de l’estaminet sont affichées une dizaine de reproductions d’étiquettes. « Il s’agit de gouaches! A vrai dire, il s’agit d’une personne qui était chargée de créer des projets pour les étiquettes de bières. Voici certains projets, si vous êtes vigilants, vous pourrez remarquer certains annotations! » Et derrière le bar, nous avons même l’occasion de croiser une charmante ancienne bouteille de Février, d’environ 25 ans d’âge.

Chose promise, chose due! Le temps de déguster une bière, Alain MEGOEUL nous emmène pour la surprise. Il nous conduit dans une pièce équipée d’une télévision et de deux bancs. Et là, c’est l’émerveillement… et l’émotion. Pendant 20 minutes, un DVD nous est projeté… Devant nos yeux, la brasserie prend vie… Les courroies tournent, les vapeurs s’évaporent, Karl et Albert FEVRIER reprennent vie, discutent et mettent toute leur force en commun pour faire tourner la brasserie. Nous découvrons l’âme des objets découverts une petite demi-heure auparavant. En réalité, il s’agit en d’un film-documentaire produit par la RTBF en 1986. L’instant est magique. Et lorsque Albert FEVRIER, le sourire aux lèvres, se tourne vers la caméra et demande « Vous voulez goûter? », on peine à ne pouvoir lui répondre!

Pour l’avenir, l’équipe de la brasserie de la Thiérache a plusieurs projets! Alain MEGOEUL explique:
« Bientôt, nous voudrions que le public puisse accéder à l’ensemble de l’ancienne brasserie. Actuellement, pour des raisons de sécurité, nous ne pouvons pas permettre les visites dans l’étage supérieur de la brasserie. Mais on y travaille! Ensuite, nous souhaiterions créer un circuit de visite au sein de la brasserie. Et enfin, notre plus grand projet est la création d’une micro-brasserie didactique qui fonctionnerait avec des techniques plus modernes! »

On souhaite vivement que ces projets se concrétisent! La démarche de la brasserie de la Thiérache a d’abord été de sauver les bâtiments de l’ancienne brasserie. C’est chose faite même si de l’avis de Alain MEGOEUL, il reste du pain sur la planche. Et aussi, l’objectif est de rendre un hommage vivant et authentique à la brasserie Février, belle figure de notre patrimoine brassicole belge. Nous vous invitons à faire le pas et à vous plonger dans cette belle histoire de brasserie, au milieu des anecdotes et des émerveillements!

Brasserie de la Thiérache
Rue de Beauwelz, 40
B- 6590 MOMIGNIES

Tél: +32(0)60/51.25.99
7/7 jours de 14h00 à 19h00 (Juillet-Août)
14h00 à 22h00 (vendredi et samedi).
Internet: http://www.unepetitebiere.be et www.brasseriedelathierache.be

Entrée gratuite (moyennant la consommation d’une boisson à l’estaminet)

 


L’imposante façade de la brasserie Février. Un bâtiment qui aurait pu disparaître, mais qui est resté parmi nous grâce à l’impulsion de passionnés!
 

 


Commentaires et anecdotes en compagnie d’Alain MEGOEUL.
 

 


On aimait l’auto-dérision chez les derniers brasseurs Février! Cette pancarte fait allusion à leur âge avancé lorsqu’ils étaient encore de service à la brasserie.
 

 


La cuve de brassage vous accueille à l’entrée de la brasserie/musée.
 

 


Une magnifique pièce: le refroidisseur
 

 


Le générateur. Il alimentait en vapeur la machine à vapeur, située dans la pièce à côté.
 

 


Vestige prestigieux des lieux: la machine à vapeur encore équipée de ses courroies.
 

 


Traces du passé sur d’anciens casiers: « Brie-Février Momignies ».
 

 


Au sous-sol, l’occasion d’apercevoir deux cuves de fermentation en cuivre.
 

 


Dans la salle suivante, des tanks de garde.
 

 


Bienvenue à l’estaminet, situé dans le bâtiment jouxtant la brasserie. A la carte au moment de l’ouverture des lieux: Trappistes de Chimay (Rouge, Triple, Bleue), Orval, Super des Fagnes (Blonde, Brune, Griottes), Primus, Vieux-Temps, café, eau,…
 

 


Hommage vivant présent dans l’estaminet: une bouteille de « Février » de 25 ans d’âge, bière de table blonde qui était autrefois produite à la brasserie Février de Momignies.

Interview de Philippe VOLUER, historien de la bière

Une interview de G. Salvaggio

Côté comptoir, côté conteur. Rencontre avec Philippe Voluer, historien narrateur.

Samedi 30 septembre 2006. Abbaye d’Orval, auberge de l’Ange gardien. Il n’est pas tout à fait midi. C’est avec Philippe Voluer, figure emblématique de la Lorraine, que Marie et moi prendrons notre repas avant de nous envoler vers Marbehan où, cette fois, Philippe sera mis à contribution pour une très intéressante conférence sur le houblon. Avec sa gentillesse habituelle, Philippe accepte de nous livrer un peu de qui il est…

Biographie

Descendant d’Isidore KINTZÜGER (brasseur chez CLAISSE à Chauvency-le-Château, dans la Meuse, avant 1914), Philippe passe toute sa jeunesse dans une famille d’entrepositaires de bière stenaisiens pour le compte de la Grande Brasserie Ardennaise à Sedan.

Historien de formation, il devient enseignant avant de se consacrer à la création du Musée du Pays de Stenay (1981) puis à celle du Musée Européen de la Bière de Stenay (1984) et, enfin, du Conservatoire de la Brasserie (1986). Il est également l’initiateur et l’actuel président de la «Route Lorraine de la Bière», ainsi que conseiller technique auprès du «Circuit Européen de la Bière» (France, Belgique et Luxembourg), en cours de création.

Sa passion pour l’histoire et la culture de la bière lui ont également permis de collaborer à la mise en place de plusieurs musées, de centres d’interprétation et de micro-brasseries. Enfin, depuis 2002, Philippe est président de la Fédération Nationale des Associations Brassicoles qui regroupe 16 associations françaises passionnées la bière.

Philippe a aujourd’hui cessé toute activité au sein du Musée de Stenay et est revenu à sa fonction d’origine, celle archiviste municipal près la commune de Stenay. Il se considère avant tout comme un historien de la bière, un chercheur et transmetteur de mémoire. Cette passion de la bière lui a permis de publier une douzaine d’ouvrages sur la bière en France et à l’étranger, de collaborer à cinq autres ouvrages. Il termine actuellement un important «Dictionnaire des brasseries du Grand Est de la France», consacré à 1.816 sites brassicoles, anciens ou actuels, couvrant 5 régions et 18 départements. Il collabore également à de nombreuses revues françaises et étrangères et anime régulièrement des émissions de radio en France et en Belgique

Jef – Je viens de lire avec beaucoup d’attention ton livre intitulé «La Bière en Lorraine à l’époque des Lumières». Je me suis, dès le début de sa lecture, demandé si ce livre est destiné à «Monsieur Tout le monde»…

Ph.V. – Disons que ce livre a été écrit pour celles et ceux qui aiment la bière, pour celles et ceux qui, ayant connu des brasseries aujourd’hui disparues, sont, à travers ce livre, susceptibles de faire œuvre de redécouverte. Il s’adresse également à des brasseurs qui, sans le savoir, perpétuent des traditions anciennes sans jamais réellement savoir pourquoi. Beaucoup de ces brasseurs font, par exemple, coïncider le lancement de la bière de mars avec la date du 23 mars sans jamais savoir qu’il y a là un fondement historique. J’entends donc faire avant tout œuvre de mémoire, considérant par ailleurs mon travail comme celui d’un transmetteur de mémoire.

Jef – Et ça se vend bien, ce genre d’ouvrage ?

Ph.V. – Pas trop. Mais il faut sans doute reconnaître que le réseau de distribution n’est pas des plus optimaux. Comment les lecteurs achèteraient-ils mon livre s’ils n’en connaissent pas l’existence au sein des librairies ? C’est assez dommage et paradoxal, dans la mesure où il faut bien constater un engouement croissant du public pour les livres traitant de la bière. Ceci dit, la bière souffre toujours autant d’un certain discrédit par rapport au vin, ce dernier demeurant une boisson jugée «plus noble»…

Jef – Je te sens réellement passionné par ce que tu dis et fais. Comment est née ta vocation ?

Ph.V. – Et bien, déjà, maman tenait un café. Ca aide . Mais chez moi, ça toujours été naturel. Petit, je me souviens que ce qui m’attirait dans les bistrots, c’étaient les verres et les publicités. Et puis, pour l’anecdote, vers mes 11 ans, j’ai demandé un limonade et un ami de mon père a répondu : «Ah non ! A ton âge, on boit de la bière !» En réalité, cela faisait bien longtemps que je collectionnais… C’est inné.

Jef – Tu proposes une liste impressionnante de sujets de conférences, liste que les lecteurs peuvent par ailleurs obtenir sur simple demande. Ca va de l’histoire à la symbolique en passant par les ingrédients et l’art de la dégustation.

Ph.V. – La liste s’est en fait créée sur base des attentes des auditeurs. On me demande parfois de parler sur un sujet imposé. Ceci dit, j’essaye toujours d’aborder les sujets les plus techniques en me souvenant que je m’adresse essentiellement à un public de non spécialistes.

Jef – Ces livres, ces conférences, ça demande tout de même un investissement énorme en matière de recherches de sources ?

Ph.V. – Oui. Je considère que ma passion représente l’équivalent d’un temps plein. Ajouté à mon travail d’archiviste, ça fait 35 heures de plus par semaine. 70 au total… Ce n’est pas rien. En conséquence, bien que je travaille pas mal sur le terrain quand le temps m’en est offert, j’achète un maximum de documents sur la bière pour combler, ci et là, une impossibilité de fouiller toutes les bibliothèques et centres d’archives. Hélas, cette fouille est rendue nécessaire par le fait que beaucoup d’ouvrages ne sont constitués que de compilations de sources secondaires : beaucoup d’auteurs citent d’autres auteurs sans vérifier la pertinence d’une affirmation, comme si le seul fait d’être publié la rendait automatiquement valide.

Jef – Un exemple précis ?

Ph.V. – Et bien, tout le monde dit que la bière est née dans la région égyptienne. Ce qu’il faut plutôt dire, c’est que le plus ancien texte relatant la fabrication de la bière a été trouvé en Egypte. Pour ce qui est de la période précédant l’invention de l’écriture, on ne sait rien. En conséquence, personne ne saura jamais qui a fabriqué la première bière et, surtout, à quel endroit cela a été fait. La critique historique est donc un élément essentiel de mon travail, bien que je sois amené à supposer que la plupart des sources sont plausibles.

Jef – J’aimerais à présent interroger le sociologue. Quelle perception as-tu du consommateur ? Y a-t-il évolution de la façon de consommer ?

Ph.V. – D’abord, de manière générale, la bière, de surcroît industrielle, est associée, à 99%, à la fête bien soutenue. Certains, parmi lesquels de nombreux membres actifs de Bierebel (et d’autres associations, par ailleurs), regrettent le fait. Mais avons-nous de fait le droit de dire que 99% de la population se trompe ? Il y a beau y avoir une tentative de promotion de la bière artisanale, mais de fait, ne doit-on pas reconnaître qu’en buvant de la bière industrielle, le consommateur est toujours certain de savoir ce qu’il boira, tandis qu’une bière artisanale ne peut, par définition, être parfaitement constante en goût ? C’est vrai que beaucoup de jeunes passent du coca à la bière. Mais quelle bière choisissent-ils ? Pour eux, certaines bières artisanales paraissent mauvaises. Or, à moins d’être fortement oxydée ou infectée, aucune bière n’est mauvaise.

Jef – Ca ne doit pas être facile, dans cette optique, de proposer des conférences éducatives ?

Ph.V. – Le secret, c’est de se souvenir que dans tout public, il y a 4 types de consommateurs et que chacun de ces types est susceptible d’appartenir à l’auditoire. Il y a le puriste, qui ne jure que par la bière industrielle. Vient ensuite l’amateur, qui après des recherches, s’attache un produit en particulier. Le troisième type découle du second : il s’agit du faux amateur, qui achète tout ce qui se présente à lui. Reste alors le fondamentaliste, pour qui seul l’artisanat fait loi. Il faut donc peser ces mots et toucher chaque auditeur dans ce qui l’intéressera.

Jef – Pour terminer ce moment ponctué d’un bon repas et d’un(e) bon(ne) Orval, je te propose une question piège. Si d’aventure, un homme venait à ne pouvoir emporter qu’un seul livre sur la bière, lui conseillerais-tu un Jackson ou un Voluer ?

Ph.V. – Si cet homme, c’était moi, je prendrais la dernière édition de «Grandes Bières de Belgique» de Jackson : je ne l’ai pas encore lu ! (). Mais comme tout le monde connaît Jackson, je dirais : «Prenez donc un Voluer» ! Quoiqu’à bien y réfléchir, pour ne léser personne… un Mario d’Eer à coup sûr !

Au vu de la richesse de la discussion ci-haut relatée et des publications de l’auteur, il ne nous pas été possible de tout retranscrire ici. Nous ne pouvons dès lors que vous inviter à venir un jour écouter Philippe ou, mieux, à le lire. Si vous désirez obtenir une liste de ses publications et de ses thèmes de conférence, n’hésitez pas à vous adresser à lui (philippe.voluer@wanadoo.fr) ou à Bierebel. Nous nous ferons un plaisir de lui relayer l’information.

Quelques ouvrages à signaler

- Bières de Meuse et de Lorraine, Editions de l’Est, 1991
- La Route de la Bière, Editions Serpenoise, 1991
- Petite et grande histoire de la bière de mars, Brasseurs de France, 1993
- La Bière et la Brasserie au Luxembourg, Editions Schortgen, 1993
- La savoureuse histoire de la Bière de Mars, Brasseurs de France, 1994
- Sous le signe de l’Espérance, Brasseries Heineken, 1996
- Stenay – Le musée européen de la bière, CITEDIS, 1997
- La bière dans les Ardennes et en Champagne, Terres Ardennaises, 1997
- Deux siècles d’affiches de la bière, CITEDIS, 1998
- La Bière à Nancy et en Lorraine au 18e siècle, Editions Serpe