Bierebel chez les Helvètes. A propos du brassin public de la BFM 2009

Article et photos de G. Salvaggio

Saignelégier, 07 novembre 2009 – Ces 6 et 7 novembre, avait lieu l’annuel brassin de la brasserie suisse des Franches Montagnes, qui s’est récemment illustrée aux Etats-Unis avec l’Abbaye du Saint Bon-Chien, une bière cuivre mûrie en fûts de chêne et déclarée comme la meilleure bière au monde de sa catégorie par le New York Times.

Comme chaque année, de nombreuses personnes avaient effectué le déplacement pour assister non seulement à l’art du brassage, mais également profiter, en plus des 9 bières proposées, de plats réalisés à l’aide des produits du lieu et d’une soirée-concert.

Contrairement ce que pensent souvent beaucoup d’extra-territoriaux, les prix pratiqués étaient loin d’être prohibitifs. Il était ainsi possible de consommer 25 cl de bière pour 4 francs suisses et 33 cl pour 6 francs. La BATS, bière parfumée au thé fumé chinois, se vendait 13 francs pour une bouteille de 75 cl. Quant à la fameuse Abbaye du Saint Bon-Chien, s’il fallait compter 18 francs la bouteille de 75 cl, cela n’avait rien à voir avec les 35 dollars communément exigés aux Etats-Unis. Pour les non habitués, 1 EUR équivaut à environ 1.5 francs suisses.

Il est également notable, contrairement à de trop nombreuses manifestations du genre qui axent généralement leurs recettes sur les seules dégustations, de souligner le fait que la brasserie avait, comme chaque année, tenu à proposer une série très variée de plats à la bière entièrement préparés de façon artisanale. Des entrées froides à la cuisine chaude, de potages en desserts, il était ainsi possible, par exemple, de tenter la queue de boeuf en gelée de Mandragore et foie gras, la soupe aux légumes à la Salamandre, les jarrets de porc à la Dragonne, pruneaux et gnocchi maison ou, encore, des gâteaux à la BATS, une bière des plus originales puisque préparée à base de thé fumé chinois.

Après avoir pris connaissance des installations et s’être attaqué à quelques premières dégustations, le groupe s’est précisément attaché à déguster l’ensemble de la carte brassicole et un choix de plats, de telle manière à ce que tout un chacun puisse piocher selon ses goûts. Une façon de profiter de la qualité tout en réduisant notablement la tentation de beuverie. Au menu : Assiette jurassienne à la moutarde BFM, soupe de châtaignes et de bolets à la Meule, civet de sanglier à l’Abbaye de Saint Bon-Chien et knöpfli maison, tripes et pieds de porc à la Torpille (petits légumes et polenta), ainsi qu’un Tiramisu à la BATS et aux framboises. A noter que ces plats étaient non seulement préparés sur place, mais par la maman et deux tantes du maître-brasseur, assistées d’une équipe enthousiaste ayant assuré deux services par jour.

Comme toujours, la bière fut l’occasion de quelques sympathiques rencontres, parfois trop brèves, hélas. N’ayant pu rencontrer le maître brasseur que quelques secondes, il ne nous aura malheureusement pas été possible de l’interviewer en détail, mais les personnes intéressées pourront revisionner un précédent reportage de la Télévision Suisse Romande via le lien http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&program=15#program=15;tab=loadprogram;vid=11042840.

Un seul regret, de taille : la possibilité qui était laissée, aux visiteurs, de fumer malgré la préparation en direct d’une bière. Bien que l’organisation ait prévu d’aérer le lieu par l’ouverture régulière des lucarnes, il me paraît personnellement plus que désobligeant que de telles pratiques puissent encore être tolérées dans un contexte de production alimentaire. Le houblon désinfecte, paraît-il…

Pour les amateurs, les prochains brassins publics auront lieu les 05 et 06 novembre 2010, ainsi que les 04 et 05 novembre 2011. La prochaine soirée festive de la Saint Bon’Ch aura quant à elle lieu le 27 mars 2010 à partir de 2010. Quoiqu’il en soit, le site de la brasserie, qui fournit de nombreux renseignements (parmi lesquels les points de vente où il est possible de se procurer la bière en dehors de la brasserie) sont disponibles sur le site http://www.brasseriebfm.ch.

Et à présent, en avant pour les photos de la journée et un descriptif des produits dégustés…

 

 

Dès le petit matin, il s’agit que la chemise Bierebel fasse bonne impression.

 

 

Après s’être rendu par gourmandise (mais quel bonheur…) dans une fromagerie de Gruyère, le groupe se dépêche de gagner Saignelégier et sa brasserie.

 

 

Je panse, donc j’y suis…

Fabuleux fromage, que ce «tête des moines»… Soupe aux châtaignes…

«C’est ça, du civet ?»

«T’avais qu’à prendre des tripes…»

 

 

«Si on s’en buvait une ? Enfin, une… pour commencer, quoi…»

«Ils boivent sans nous ? Allons-y, alors…» «Eh ! Attendez-moi…»

«On se les boit toutes ?»

«Seulement si tout le monde en boit…»

«Celle au thé, aussi ?»

«Ben ouais…»

«A, B, C… Ca y est, ça revient…» «On avait dit une, juste une…»

 

 

Allez, j’en ramène pour les copains !

 

 

 

Nous avons goûté pour vous…

La Salamandre La Cuivrée La Torpille
Bière blanche au miel non filtrée, 5.5° Bière ambrée à la couleur orange foncé, 5.2° Bière brune caramélisée, 7.5°

D’aspect trouble et laiteux, laSalamandre présente un goût très levuré, hésitant entre l’acidité et l’amertume. Elle rappelle bien des points la Libertine de la Brasserie des Vignes (Sud-ouest de la France).

Bouquet relativement neutre. Goût légèrement amer et présentant quelque peu des notes d’agrumes. La préférée d’Elena.

Robe oscillant entre le brun et le rouge. Odeur clairement vineuse. Goût amer, accompagné d’une bonne pointe d’aigreur. Comparable à la Rodenbach. La préférée de Remi qui la compare volontiers à la Clandestine de la Brasserie des Vignes. Réalisée par ajout de pruneaux et de froment malté

La Douze La Meule BATS
Pale-Ale épicé au sel de Guérande, 6.5° Bière blonde aromatisée à la sauge, 6° Bière ambrée au Tarry Suchong (thé fumé chinois), 6° – 75cl

Bière de couleur cuivre virant vers l’orange clair. Bouquet frais, légèrement acide, laissant à peine resurgir l’aspect salé du produit.

Bouquet neutre. Goût légèrement houblonné. La nette préséance de sensation peu mâcheuse en fait une excellente bière d’été.

Bière de couleur brun clair. Mousse moyenne. Bouquet très légèrement acide. Goût de thé vert, mais la sensation fumée peine à s’annoncer.

Cuvée Alex le Rouge La Mandragore Abbaye de Saint Bon-Chien
Stout présentant un extravagant titre de 10.276° de degré d’alcool. Bière noire d’hiver, 8° Bière annuelle mûrie en fûts de chêne, 11°

Bière noire à l’odeur florale rappelant la violette. Acidité très prononcée, évoquant ci et là le bonbon. Longueur moyenne en bouche. Après deux à trois minutes d’oxygénation, l’aspect de café explose pleinement en bouche. Après quelques nouvelles minutes d’aération, apparaît enfin le caramel.

Bière à la mousse quasiment inexistante. Quelque peu âpre au goût, elle se veut très proche d’un Stout. Bouquet assez discret, mais saveur évidente de plantes et d’épices.

Bière non goûtée à l’occasion du festival 2009. Bière à l’attaque tout d’abord légèrement acide, mais qui laisse peu à peu une impression de sécheresse s’installer e

 

Gueuzerie Tilquin: une lueur de lambic dans la nuit

Article et photos de G. Salvaggio et P. Lebrun

Bierghes, le 03 novembre 2009 – Avez-vous déjà entendu parler de la commune de Bierghes (Bierk en néerlandais, Bièrk en wallon ?). Section de la commune belge de Rebecq, située en Région wallonne dans la province du Brabant wallon, à quelques jetées du célèbre Pajottenland, la place risque peut-être bien de devenir le haut lieu de quelques péripéties brassicoles dont on reparlera longtemps. Et pour cause, un être courageux a décidé, rien de moins, que de la gueuze y sera un jour produite.

Ce monsieur, c’est Pierre TILQUIN. Docteur en agronomie paraît-il aussi doué pour les statistiques que pour l’aventure, Pierre aurait très bien pu prolonger une carrière tranquille dans le domaine de la recherche universitaire. Mais l’aspect trop théorique de cette dernière, couplé à l’irrésistible envie de pénétrer le monde brassicole, le conduit à tout d’abord suivre une formation intensive de 15 jours à l’International Course of Malting and Brewing Science de LEUVEN, avant d’accepter un poste de brasseur chez Huyghe où pendant un an et deux mois, il affûtera sa méthodologie et sa vision bien prononcée des choses en qualité de responsable du brassin du soir. Une collaboration de 6 mois chez Drie Fonteinen et une autre d’une durée égale chez Cantillon lui inculqueront, dans le monde des bactéries lactiques, un vrai virus pour ces produits si typiques que sont la gueuze et le lambic.

Un certificat de Gestion en poche, la recherche d’un emplacement est lancée. Après un échec à WISBECQ, un village situé dans le coin, c’est finalement à BIERGHES, dans une ancienne fabrique de caoutchouc, que le projet d’une future gueuzerie prendra racine. De permis en négociation d’un bail à longue durée, de la recherche de fonds à la motivation des banques, Pierre ne lâche pas prise. A l’aide d’un plan financier bien ficelé et avec le soutien de sa famille, de quelques amis et d’actionnaires privés, l’oiseau prend son envol. La première «couperie» de lambic prend officiellement en terre wallonne. En terre wallonne, certes, mais à quelques kilomètres de Lembeek, fief historique du produit, et de la Vallée de la Senne, rivière réputée pour offrir à son environnement le microclimat bactérien si nécessaire à la fabrication du lambic. La Senne qui, précisément, si elle prend sa source à Soignies pour finir sa course à Halle, passe précisément par… Rebecq. Toutes les conditions sont donc théoriquement réunies pour réussir.

Aucun lambic n’est toutefois, à l’heure actuelle, produit sur place. C’est que désireux de ne pas brûler les étapes, Pierre Tilquin a choisi l’option de mêler l’art de la recherche personnelle à la sagesse de producteurs confirmés. C’est ainsi qu’après avoir dégotté toute une flopée de fûts ayant contenu du vin français, il s’est fait fournir en moûts de lambic par les très affûtés BOON, LINDEMANS et CANTILLON pour ce qui concerne, respectivement, des lambics d’un, deux et trois ans d’âge. GIRARDIN devrait prochainement compléter ce premier tercet dans lequel on trouve, cas unique en Belgique, un Cantillon ayant accepté de tenter l’expérience de voir une partie de sa production travaillée par une tierce partie. A terme, 225 fûts d’une capacité de 400 litres devraient être remplis dans les mois à venir, une bonne partie l’étant par ailleurs déjà.

Dans un premier temps, donc, Pierre Tilquin s’attelera à rechercher les meilleurs assemblages (et non point coupages, comme il aime à le souligner) en vue de constituer une gueuze typique dont le nom n’a pas encore été arrêté. Les produits fruités viendront sans doute plus tard, ainsi que le brassage de son propre lambic. C’est qu’à chaque étape du plan financier, notre vaillant brasseur tient à associer un objectif jouable et louable lui permettant de toujours aller plus de l’avant. Prudence, rigueur, projet, tels seront les maîtres mots qu’il y a lieu de retenir de cette aventure. Un premier assemblage réalisé à partir de lambics d’un et deux ans d’âge devrait voir le jour en octobre-novembre 2010, avec une commercialisation prévue à partir de mai-juin 2011, année au cours de laquelle, d’ailleurs, des lambics de trois ans d’âge devraient également pouvoir intervenir.

Gueuze et lambic peuvent-ils assurer le quotidien d’un brasseur ? Selon Pierre Tilquin, il y assurément un marché à prendre. L’étranger est fort demandeur, et une certaine croissance de la consommation se fait de plus en plus manifestement sentir en Belgique, au point que certains stocks atteignent parfois des seuils critiques de raréfaction chez des brasseurs collègues. Atteindre un seuil rentable de 500 hectolitres par an, c’est en tous les cas le souhait de Pierre qui s’astreindra, la première année, à une limite de 200 hectolitres. Lente mais sûre progression en toutes circonstances.

C’est dans un hangar en phase d’isolation thermique et doté d’un système de climatisation veillant à ne jamais dépasser les 19°C que 8 membres de Bierebel, un jour alertés par mail, ont accepté l’invitation d’assister à l’éclosion d’une brasserie. Après avoir bravé une pluie des plus intempestives et patiemment écouté le récit d’une volonté de réussir, aucun d’entre eux n’a pu résister à la dégustation d’un jeune lambic de chez Boon, d’une vieille gueuze de chez Drie Fonteinen et, pour couronner le tout, une brune italienne élevée en barrique. Peut-être est-ce vrai : finalement, il faut de tout pour faire un monde.

Si l’occasion m’en est donnée, j’aimerais, dans quelques décennies, me retrouver un soir auprès de mes potes, dégustant une gueuze Tilquin de 20 ans d’âge, me disant, en les regardant, en la regardant : ce soir-là, moi aussi j’y étais.

 

L’accueil et l’exposé du pédagogue

 

Les tonneaux : noblesse et entretien

 

L’éternelle convivialité de la bière

Sortie du livre Bieren en Brouwerijen, d’Adelijn Calderon

Article et photos de M. Vermeren

Le 7 octobre dernier, sortait officellement ce nouveau livre écrit par Adelijn Calderon, auteur de nombreux ouvrages régionaux. La revue de presse s’est déroulée dans une des somptueuses salles de la Maison des Brasseurs de Bruxelles, décorée de vitrines abritant des anciennes chopes à bière, cruches à gueuze, ancienne pompes en faïence et des Barbotines représentant des personnages ou animaux et qui servaient autrefois à servir la bière.

C’est le président des journalistes brassicoles Christian Deglas (auteur du livre « Les Goûts de la Bière ») qui ouvre la revue de presse, ayant fait la préface du livre. Ensuite, Mr Calderon raconte comment il a réalisé son livre, les rencontres avec les brasseurs, parfois bien accueilli, parfois une refus total de leur part, les trajets en bus et train pour accéder à certaines brasseries, les heures passées à photographier les verres à bière etc… Egalement présent l’éditeur du livre.

Le livre est divisé en trois parties, une reprenant les brasseries actuellement en activité, la deuxième reprenant les firmes de bières et la troisième des anciennes brasseries disparues de Bruxelles et de Flandre avec chaque fois un bref historique de la brasserie, des photos, des étiquettes, sous-bock et verres.

Après un verre de l’amitié et quelques sandwichs, une petit séance de dédicace du livre. Il est uniquement disponible en version néerlandaise et une version anglaise verra le jour bientôt!

Une heure de Luxembourg sur la Place… du Luxembourg

Article et photos de G. Salvaggio

Bruxelles, 17 septembre 2009 –16/09/2009 : Marché des produits du Luxembourg belge sur la place du Luxembourg à Ixelles (Bruxelles)… ainsi parlait l’agenda Bierebel après qu’eût été effacée de ses tablettes l’édition 2009 du Week-end de la Bière Belge sur la Grand-Place de Bruxelles, événement qui s’était tenu une dizaine de jours auparavant.

Tiens… Quelque chose se passait un mercredi au pied au Parlement Européen, Place du Luxembourg, et de surcroît un mercredi ? D’accord, ce n’était pas la première fois, mais à vrai dire, qui en avait jamais réellement entendu parlé ?

Etant à Bruxelles ce matin-là, il n’en fallut pas moins pour que ma curiosité fut éveillée… Et je dois dire que ce fut pour mon plus grand contentement, encore que je n’avais qu’une petite heure à consacrer au tout. Métro (ligne 2), arrêt Trône, 5 minutes de marche… J’allais enfin savoir.

Et bien, pour tout dire, point de déception : concentré, fourni, varié, alterné, tels furent les qualificatifs qui me vinrent immédiatement à l’esprit pour qualifier l’événement. De baguettes en tartiflettes, de liqueurs en limonades, de salaisons aux autres boissons, il y en avait vraiment pour tout le monde. Et du monde, il y en avait.

Il faut dire qu’en ce lieu et à cette heure, c’est sûr, on entendait parler toutes les langues, sans doute échappées de quelques fonctionnaires européens, à moins que ce ne furent celles des étudiants d’une Haute Ecole de traduction toute proche ou, qui sait, de ces touristes qui préfèrent la période de septembre, traditionnellement si animée à Bruxelles.

Question bières, une belle kyrielle de brasseries était représentée, et il ne me fut pas toujours aisé de prendre des photos, tant le succès de leurs productions ne cessait de se démontrer au cours de mes déambulations, lesquelles m’amenèrent chez Millevertus, qui non content d’être judicieusement situé près de la scène de concert, avait attiré mon attention de par le mal évident qu’avait notre pauvre brasseur à la tirer correctement.

On vient de changer le fût, expliquait Daniel Lessire à un client bien désireux de tester une «Bella Mère». Je peux vous la proposer en bouteille, reprenait de plus belle son collègue. Mais rien n’y faisait : la bonne humeur restait et la bière devait être tirée, non point versée.

Le lecteur peu averti ne le saura peut-être que trop peu : lever une installation d’un jour relève parfois de l’exploit. C’est que contrairement aux bistrots, les fûts transportés n’ont pas le temps de voir leur contenu se reposer et la réfrigération ne peut pas toujours être aussi complète qu’après 24 heures de d’activité ininterrompue des circuits de refroidissement. Tout comme la nature, même la technique doit parfois pouvoir prendre son temps.

Salut, Daniel. La forme ? Qu’est-ce que tu proposes aujourd’hui ? Une «Mère Supérieure» ? Va pour «une Mère Supérieure»… Et supérieure, elle l’était. De l’aveu que je me fis à moi-même, je ne me souvenais pas d’avoir dégusté quelque chose d’aussi plaisant depuis longtemps : 9 degrés que l’on ne sent pas venir, une mousse aussi onctueuse que le reste du produit, une belle note de prunes tandis que seuls 5 malts et 5 houblons ont été utilisés sans autre forme d’adjonction, bravo, Monsieur l’Artiste ! Quelques clients bien attablés semblaient par ailleurs abonder dans ce sens. On se revoit à Brassigaume ? Ah non, cette année, je suis invité au Mondial de Strasbourg… Bon, en 2010, alors…

On a beau être amateur de bière, il y a toujours trahison dans l’air. La perfidie, cette fois, provint de Torgny, le village le plus septentrional de Belgique, qui présente la particularité (quoique de plus en plus diffuse en Wallonie) de cultiver la vigne et de produire vins et mousseux.

Si le noir est couleur de trahison, blanc fut celle du produit que je dégustai, avec contentement, faut-il le dire. A peine acidulé et un rien perlé, le produit se rapprochait clairement de ce que peut offrir le Grand-duché de Luxembourg, tout en rappelant que c’est bien de la Province belge qu’il provenait et non pas du pays voisin. Sincèrement, j’aurais bien aimé le voir accompagné d’une tartiflette (que je ne manquai pas de m’enfourner plus tard, mais dans un autre stand), d’une Bretzel ou d’un peu de choucroute. Faudra attendre l’Alsace et ses marchés de Noël.

A force de tourner boutique, on entame toujours bien une discussion. Tu connais la Frangine de la Brasserie de la Semois ? Me dit en substance la préposée de la Brasserie Sainte-Hélène. Nous la promouvons. Oui, oui, j’ai eu l’occasion de la tester à Hotton. Ah, ben oui, c’est là qu’elle a été proposée pour la première fois au public. Logique de la retrouver ici : de la Province du Luxembourg à la Place du même nom, il n’y a qu’un pas… Tiens, c’est pas bizarre de tenir un stand un mercredi ? Si, me dit-elle, mon mari a même dû prendre congé. Mais c’est chaque année comme ça

On a beau être amateur de bière, il y a toujours trahison dans l’air. Déjà dit, mais si véridique. La dernière de la journée : ne voilà donc pas Marie en train d’avaler, enfer et damnation, un verre de limonade ? Ouf, de la limonade artisanale. Le tenancier se propose de me la faire goûter. Aucun sucre pour déferler dans mon gosier. Qu’était-ce donc là pour un mystère ? Ici, tout est naturel, m’explique alors le limonadier. Que du fruit, pas de sucres. Et bientôt, nous allons même lancer une limonade pour diabétiques. Ouf !… et slurp…, me dis-je en appréciant grandement l’affaire.

C’est pas pour dire : en une heure, rien ne m’avait déçu. Ni l’ambiance, ni la bouffe, ni la musique, pas même la bière. Il faudrait simplement que chaque second mercredi de septembre, tout le monde ait congé.

 

 

 

Le tour des brasseries luxembourgeoises

Brasserie-dépôt du Grand Enclos, Senseruth (Bouillon)

 

Brasserie Millevertus, Toernich (Arlon)

 

Brasserie d’Achouffe, Wibrin-Achouffe

 

Brasserie Sainte-Hélène, Ethe

 

Brasserie de la Semois, Sainte-Marie-sur-Semois

 

Brasserie trappiste d’Orval, Villers-Devant-Orval

 

Brasserie Gigi, Gérouville

 

Brasserie de Rulles, Rulles

 

Brasserie de Bouillon, Bouillon

 

Brasserie Saint-Monon, Ambly

Et sans les oublier…

Limonaderie artisanale Distrival, Soy-Erezée

Pain, alcools, fromages et charcuteries…

Monschau : un musée-brasserie de l’autre côté de la frontière

Article et photos de G. Salvaggio

Montjoie, oh ma joie !

21 juillet 2009 – Lors du dernier Festival des Bières de Noël de Stembert, les organisateurs m’avaient murmuré que s’il y avait une ville à visiter de l’autre côté de la frontière, c’était sans nul doute Montjoie (Monschau, comme ils disent). Et à vrai dire, si Pierrot ne m’avait pas confié y avoir découvert un Musée de la Brasserie, peut-être aurais-je attendu quelques mois de plus avant de sauter dans ma voiture…

Rappelant tantôt l’Alsace, tantôt Venise, la ville est une pure merveille d’architecture et de convivialité. Encore qu’y trouver un restaurant acceptant les cartes de crédits relève tout bonnement de l’exploit. Arrivés à la brasserie (laquelle, datant de 1822, a dû cesser ses activités en 1994 pour cause d’eau de source devenue non potable), nous voilà, Marie et moi, heureux de découvrir un logo «carte bancaire» avant de nous entendre dire que seul le liquide est accepté. Sans doute les maigres 2 x 3 euros d’entrée le justifiaient-il, mais bon…

Armée d’une brochure explicative en langue française (décidément, les Allemands ont tout prévu), Marie entreprend de me guider. Sans doute, me fallait-il me souvenir du fait qu’au temps jadis, c’était la femme qui fabriquait la bière… Pourquoi, diable, son mari s’affûblait-il donc de tant d’honneur ? Allez savoir…

Doté d’une rigueur bien germanique, le parcours est parfaitement tracé. Le novice est immédiatement initié à la noble pédagogie des vitraux, aux ingrédients nécessaires au brassage et aux cuves d’empâtage (l’une en bois, l’autre en cuivre) avant de découvrir que la «bière du plaisir» est en fait belge… enfin, c’est ce que veulent bien nous faire croire deux colis-cadeaux type exposés à l’entrée des salles dédiées aux centaines de bouteilles (belges et allemandes), patiemment collectées par le Maître des lieux.

Un élégant bac refroidisseur et des tanks de garde parfaitement alignés nous rappellent cependant que partout en Europe, le meilleur matériel de brasserie demeure… allemand. Des fûts en bois et la reproduction d’une tonnellerie nous invitent alors à reconstituer le passé d’une activité brassicole manuelle.

Mais au fond, cela n’était-il pas du déjà vu ? Cela avait-il la peine de parcourir tous ces kilomètres ? C’est au moment où l’impression d’avoir tout vu se confrontait à l’envie de tout de même aller voir un peu plus loin que l’enjeu de ce musée-brasserie se dévoila : les glacières.

Pour tout brasseur allemand du XIV° siècle désireux de brasser des bières à fermentation basse (Lager,PilsExport), la nécessité de disposer d’une pièce de garde froide s’avérait impérative. La seule façon d’y arriver ? Creuser d’énormes étangs, attendre qu’ils gèlent en hiver, aller extraire d’énormes blocs de glaces qu’il faut ensuite transporter jusqu’à la cave de la brasserie à la force des chevaux. Un enfer… glacial…

En 1830, la brasserie décide donc de procéder au creusement de galeries et à coups répétés de dynamite, le schiste s’effrite peu à peu. A partir de 1847, la brasserie peut enfin disposer de pièces dont la température se situe constamment entre 8 et 10°C.

Ainsi donc, entrant dans la glacière, Marie et moi eûmes la délicieuse surprise de découvrir, allongé sur le sol, un rat mort. Mickael Jackson avait, dans Grandes Bières de Belgique, aimé à rappeler que chaque brasserie disposait précisément d’un chat… on comprend maintenant pourquoi. Encore qu’à bien y réfléchir, peut-être la pauvre bête était-elle morte de froid… ou d’avoir bu trop de Felsquell ou deZwickelbier, les deux bières-phares du lieu, la second tirant son nom de «Zwickelbohrer», sorte de perceuse manuelle destinée à percer les fûts de bois.

A vrai dire, bien que ce lieu fût des plus magiques, une grande soif s’annonçait de plus en plus pressante, à tel point qu’elle nous indiqua tout naturellement la sortie, elle-même armée de tous les outils de la séduction propre au marketing : une vitrine présentant les produits à emporter, et un panneau nous souhaitant beaucoup de plaisir dans la dégustation des productions locales. «Va pour une Zwickel», me cria ma conscience…

… Zwickel que je croyais aussi blonde que la serveuse. Ben non : il s’agissait d’une brune, ma foi goûteuse et surprenante, tendant à se situer entre une bière de table à la cassonade et un stout hennuyer, sec mais doux. Sans doute en aurais-je bu toute la soirée si ses capacités apéritives ne m’avaient invité à un repas plus copieux.

Pour l’anecdote, ne soyez pas surpris si un passant vient s’asseoir spontanément à votre table pour engager la conversation. Il faut dire qu’avec des tables rondes prévues pour huit personnes, c’est en Allemagne chose courante. Et puis, les habitants de Monschau feront tout pour vous parler, de la façon la plus naturelle du monde, un allemand à la fois classique et très posé quant à sa rythmique. Certains, paraît-il, maîtriseraient même le français…

Monschau dispose d’endroits superbes pour se restaurer, mais il me serait impossible de renoncer à recommander le Stadtpark-Cafe (Burgau, 1 – 0049-2472.7843) : un personnel serviable et qualifié, des plats variés et réellement copieux (le cochon pané précédé d’une salade verte à la moutarde de la région est une pure merveille) et, surtout, la possibilité d’y déguster la Eifeler, une blonde crémeuse qui rappellerait volontiers, à l’instar de la Vlaskop flamande, une blanche, sans que pourtant aucun apport de froment ne soit indiqué sur l’étiquette… Tout réside dans le choix et le jeu des levures, paraît-il… Cerise sur le gâteau, il est à noter que le bistrot accepte les cartes de crédit et que l’addition n’est pas traumatisante.

Voilà : si vous pensez toujours que la Belgique est le seul pays de la bière et qu’on ne peut, en matière culturelle, rien trouver de brassicolement intéressant en dehors de nos frontières, un bon conseil : restez chez vous et, surtout, n’allez pas à Montjoie… vous risqueriez d’y passer une excellente journée !

 

 

Felsenkeller Brauerei-Museum

Sankt-Vither-Strasse, 20-28
D-52156 Monschau
Tél. +49(0)2472.3018
Fax +49(0)2472.3017
Mail: kontakt@brauerei-museum.de
http://www.brauerei-museum.de

Ouvert tous les jours à partir de 11 heures.
Fermé le lundi.