Charleroi ou la Tournée des Grands Ducs

Article de G. Salvaggio, photos de P. Lebrun

Les personnes qui évoquent la région de Charleroi renvoient sans cesse, à tort ou à raison, l’image négative d’un ciel aigri par les usines du Pays Noir, un taux de chômage élevé et une insécurité latente. Et côté brassicole, rien de très positif, non plus. De prestigieuses fabriques de bières telles que la Brasserie des Alliés, la Brasserie de l’Union ou la Brasserie Poncelet ne font en effet plus, depuis longtemps, la joie des consommateurs. Quant aux cafés, on a souvent en tête l’image de lieux de seule beuverie, qui aimeraient à se voir appeler assommoirs, boui-bouis, poivriers ou lupanars. Refusant cette seule image obscurantiste, c’est donc avec Pierrot, ma connaissance des lieux et quelques recommandations de Mickey, que nous décidâmes, en une journée montre en main, d’explorer des lieux pour y boire… qui en valent la peine.

 

Un relais au Ravel

Nous entamons notre parcours par une curiosité campagnarde du Nord de Charleroi bien méconnue du grand public. Unique en son genre, le Relais du Ravel, géré sur le mode de l’Economie Sociale, occupe en effet, en étroite collaboration avec l’ASBL Faim et Froid, les locaux de l’ancienne gare de Gilly-Allet, sur le tronçon de l’ancienne ligne ferroviaire 119, entretemps devenue un RAVEL reliant Roux à Châtelet.

Ici, pas de carte majestueuse de bières spéciales, mais une ambiance champêtre qui donnerait, à celui qui s’arrête au relais, l’envie d’y rester toute la journée. Nous pûmes tout de même déguster une très hollandaise Trappe Tripel, servie dans un pot de grès et accompagnée de quelques cubes de fromages. Pour les amateurs de trappistes belges, possibilité d’Orval et de Chimay. Les amateurs de restauration peuvent également se rendre sur place les mercredi et dimanche midi, sur réservation uniquement via le +32(0)71/41.81.64.

Possibilité de consulter Internet et de bénéficier d’un atelier de réparation… vélo.

Le Relais du Ravel, Rue de la Station 104, B-6060 GILLY.

 

Petit tour à la Ville Haute

Le nord de Charleroi regorge d’endroits parfois inattendus, comme le Royal Nord (Avenue de Waterloo, 71), déclaré par Inbev comme le meilleur débiteur de Jupiler au fût de Belgique, ou le célèbre café-concert L’Echo des Chavannes (Rue des Chavannes, 3), rendez-vous incontournable des bikers et refaiseurs du monde. C’est toutefois vers trois établissements promouvant la bière spéciale que nous nous rendîmes pour des souvenirs aussi longs que ne furent nos visites… éclair.

Les Templiers (Place du Manège, 7)

L’établissement le plus «taverne» de la journée est bien connu des guides touristiques, non seulement pour son allure résolument moyenâgeuse, mais également pour sa jolie carte de bières spéciales, présentées par province (cas unique à notre connaissance), parmi lesquelles huit, tout de même, sont disponibles au fût : Chimay Triple, Diekirch, Löwenbrau Heller Bock, Scotch Gordon, Guiness Draught Stout, Rodenbach, Maredsous Blonde et… bière du mois.

Ici, le midi, on y vient pour manger sur le pouce, en se délectant, parmi un choix de 42 bières, d’une Hopus, Quintine ou autre Diekirch Grand Cru. A ce sujet, Pierrot et moi jetâmes notre dévolu sur une Grisette Blanche au fût… la bière du mois, somme toutes.

 

Au Beffroi (Rue du Dauphin, 15)

Que les adresses ne nous trompent pas : bien que situé dans une rue à l’intitulé différent, le Beffroi est pile le voisin mitoyen des Templiers.

A première vue, aucune comparaison possible. Le Beffroi, sis face au monument du même nom, évoque plutôt un «bistrot» des plus classiques, dans lequel on vient boire un petit coup en regardant la TV pour prendre des nouvelles des Zèbres, chaleureux surnom octroyé aux joueurs du club de football carolo, toujours membre de la Première Division. Quelques photos du temps jadis rappellent les exploits de ce club et de celui de l’Olympic, aujourd’hui localisé en Troisième Division

De ce lieu d’apparence commun, Marc Martini, le tenancier, est parvenu à en faire un lieu faisant la large part aux bières spéciales, sélectionnées par lui et lui seul. De carte, il n’en est pas besoin, puisque le patron a pris la précaution de transformer sa vitrine arrière en étalage à breuvages, sur lequel se côtoient les bouteilles disponibles et leurs verres adéquats.

Au cours de cette visite, il nous fut donné de déguster, fait plus que rarissime à Charleroi, une Mort Subite Oude Gueuze 2008, servie à température (ambiante) de cave. Mais il nous eût été possible de choisir, pourquoi pas, une Tongerlo Prior. Mais les goûts et les couleurs, comme sur un zèbre, ça ne se discute pas.

 

La Cuve à Bières (Boulevard Jacques Bertrand, 68)

Traverser la Place du Manège, c’est se retrouver dans le plus «comptoir» des cafés de la Ville Haute. Le samedi soir, le lieu fait salle comble, mais il est difficile, sur deux tables différentes, d’y retrouver les mêmes bières, tant on pourrait s’y perdre dans le choix, en témoignent les nombreuses publicités murales qui, ici aussi, remplacent tout simplement, entre deux plaques émaillées et sous quelques tonneaux de bois, la carte.

Promu au rang d’Ambassadeur Orval, la Cuve à Bières propose notamment, parmi ses 70 bières, de la Forestinne 75cl et une bière du mois. Notre dévolu fut quant à nous jeté sur une Moinette Brune qui accompagna, très justement, un sandwich acheté… en face. C’est qu’à Charleroi, la convivialité, ce n’est pas qu’un vain mot.

 

Ce tour de la Ville Haute aurait bien mérité d’également nous arrêter, par exemple, à la Maison des Huit Heures (Place Charles II, 23), haut-lieu des rassemblements syndicaux socialistes d’antan, où se sert le Scotch CTS au fût le plus réputé du coin, surtout le dimanche matin, jour de marché. Mais l’heure était déjà venue de nous rendre au sud de la ville.

 

Petit tour à la Ville Basse

Avec la reprise des travaux visant à terminer l’installation du Métro, la bas de la Ville vit, depuis quelques années, une profonde remise en question de son architecture rurale. Même les petites maisons de passe du Quartier Léopold, où il est également possible de s’arrêter pour prendre un verre, finissent par disparaître pour laisser place à des commerces… et au retour d’une fréquentation publique plus accrue des acheteurs.

L’Impasse-Temps Rue de Dampremy, 61

Situé au pied des anciens remparts de la Ville-Basse et à l’embouchure d’un quartier piéton, l’établissement occupe, depuis 1998, l’emplacement d’une ancienne brasserie, de laquelle 4.000 bouteilles vides ont été conservées.

Véritable «bar à cocktails» ayant, dans ce domaine, la seule Cour des Miracles pour concurrent (Place de la Digue, 42), l’Impasse-Temps ne prétend nullement offrir de carte de bières spéciales (preuve en est que Pierrot et moi nous accordâmes un pause digestive en la personne d’un délicieux thé à la menthe marocain). Il offre toutefois une quiétude unique à sa clientèle par la mise à disposition, dans une ambiance cosy, de fauteuils deux places. Premier étage non fumeur, second étage fumeur, troisième étage offrant de nouveau la perspective des vieux remparts sur fond de terrasse nouvellement installée. 25 ans d’existence pour cet endroit particulièrement prisé, y compris par les lycéens.

 

Obligés de délaisser, pour cause de fermeture, le Corto, véritable «caveau» proposant, rue de Montigny 12, 50 bières, 50 rhums et 50 cocktails, nous nous dirigeons vers l’emblématique Padrî la Quille tout en saluant, au passage, le Mille Colonnes, véritable «brasserie» à la française où les serveurs, vêtus de façon très traditionnelle, vous proposeront, à l’entrée du célèbre Passage de la Bourse, un choix relativement honnête de bières, parmi lesquelles la Hopus et la Forestinne.

Padrî la Quille (Rue de Marcinelle, 33)

Hésitant entre les concepts d’«estaminet» et de «resto-brasserie» à la française, La Quille tire son nom du jeu que l’on pratiquait jadis au fond de cet établissement fondé en 1920. Le mur est d’ailleurs nanti d’un ancien jeu de quilles.

Le patron, qui, paraît-il, ressemble quelque peu à Coluche (nous n’avons pas eu le plaisir de l’apercevoir), aime à promouvoir non seulement les bières spéciales (environ 45 à la carte, parmi lesquelles la Forestinne, la Moinette, la Bons Voeux, la Troubouly, l’Authentique Blonde, la Duchesse de Bourgogne ou autre Abbaye de Brogne), mais également la pratique du wallon. Le bistrot a également obtenu le label Ambassadeur d’Orval… un Orval de plus de deux ans se trouve-t-il si facilement dans le coin, ailleurs qu’au Padrî ?

Tandis que Pierrot se délectait d’une Authentique Blonde, je ne pus résister à l’envie d’une Duchesse de Bourgogne qui, du plus profond de son acidité prononcée, put remettre mon estomac d’aplomb pour la suite et la fin de cette longue mais ô combien instructive tournée des grands ducs. C’est qu’il nous allait encore nous falloir quitter la ville pour la campagne…

 

En sortant des sentiers battus

La Guinguette du Pircha (Rue Trévieusart 6, B-6041 GOSSELIES)

Véritable survivante du temps passé, cette «guinguette», qui tire son nom de sa proximité avec le canal Charleroi-Bruxelles, offre aux promeneurs d’un jour le plaisir… d’une gueuze Girardin.

Pari bien osé, mais qui fonctionne parfaitement, si l’on en croit les nombreuses tables hébergeant non seulement les variétés étiquette noire et étiquette blanche du produit (cas unique sur la région de Charleroi), mais également les délicieuses (mais acides) kriek et framboise.

Le dimanche, en été, les gens aiment à se rassembler dehors pour danser sur la piste en ciment spécialement aménagée pour l’occasion, tandis que les enfants profiteront de la petite plaine de jeux ou, pourquoi pas, d’un portion de frites disponibles, non pas à la friterie, mais à la «friture», belgicisme oblige.

Le choix de bières se veut éclectique, et on pourra, ainsi, déguster aussi bien une Forestinne qu’une Battin aux fruits. Nous ne pûmes bien entendu résister au partage d’une Girardin 75cl, plus amère qu’à l’accoutumée… mais c’était une Girardin et pour en trouver une ailleurs, combien de kilomètres n’aurions-nous pas dû effectuer ?

 

La Ruchette (Place des Combattants 8, B-6230 VIESVILLE)

A l’instigation de Mickey qui semblait particulièrement insister sur la visite de cet établissement totalement inconnu de nos services, nous découvrîmes ce très bel endroit, véritable «bar-resto» ayant décidé de miser sur une carte de plus de 80 bières spéciales, pouvant atteindre la centaine selon les arrivages… ou plutôt les prises, puisque c’est le patron en personne qui se charge de la chasse aux précieux produits.

Parmi les nombreuses suggestions, nous retrouvâmes de très nombreuses bières du Hainaut (Bons Voeux, Goliath, Bière de Beloeil,…), de la Brasserie de la Senne, les vieilles brunes Adriaen Brouwer et Duchesse de Bourgogne, ainsi que les trappistes, parmi lesquelles la gamme des Trappe hollandaises (dont la Isid’Or)A noter que la Westvleteren est parfois disponible. Parmi les curiosités, à noter la Chimay servie dans des galopins en grès, la Gueuze Boon et un choix de bières «reposées», dont le prix est majoré de 0.50 €. Petite restauration avec, notamment, un bon choix de fromages d’abbaye.

Petite anecdote : tandis que nous dégustions une Zinnebir et une Taras Boulba, les poissons rouges semblaient, quant à eux parfaitement se complaire dans un verre à Gauloise de 1 litre… plein d’eau

 

Retour à la bière promise

En toute honnêteté, le fait d’avoir été confrontés à un Corto aux portes fermées nous avait quelque peu attristés, raison pour laquelle nous décidâmes de retourner à Charleroi effectuer une nouvelle tentative de visite.

Hélas, le succès ne fut pas plus au rendez-vous, raison pour laquelle nous décidâmes de conclure cette très belle tournée par un retour chez Padrî. Mais après toutes ces tournées, il semblait de plus en plus évident que nos vessies ne tiendraient pas les 400 mètres séparant les deux établissements, raison pour laquelle nous jetâmes notre dévolu sur l’endroit le plus «pub» de la journée : l’Irish Time (Boulevard Tirou 86, B-6000 CHARLEROI). Les toilettes, qu’elles soient belges ou étrangères, ne remplissent-elles finalement pas la même fonction ?

Quoique le lieu ne soit pas essentiellement dédié aux bières belges, nous fûmes assez surpris d’y trouver 13 produits au fût et 14 en bouteilles. Comme quoi, quand le destin se mêle de nos décisions…

Nous tentâmes une Snake irlandaise, ainsi qu’une Pinkie, préparation réalisée à partir de bière et de liqueur de framboise. Rien de comparable, sans doute, avec nos krieks et framboises, mais au fond, l’Irlande n’est-elle que le pays des seules Guinness et Kilkenny ?

 

Ceci n’est peut-être pas une fiction…

Les faits qui vous été rapportés ici constituent le reflet de l’exacte vérité. Toute ressemblance avec des personnages ou des lieux tirés de la réalité n’est en rien fortuite et ne peut entraîner, de la par de tous, qu’une poursuite judicieuse de la recherche d’établissements qui aiment la bière et leur clientèle.

Ceci se passait à Charleroi, pays des assommoirs, boui-bouis, poivriers et autres lupanars

Altérez-vous à Louvain-la-Neuve

Article de G. Salvaggio

Ce lundi 9 août, guidé dans Louvain-la-Neuve, par Mickael Vermeren (Mickey), capitaine de mon âme brassicole, j’ai eu le plaisir de découvrir que la ville dans laquelle j’avais effectué mes études universitaires abrite non seulement des bistrots dédiés au seul plaisir de la beuverie estudiantine, mais également un établissement à la toute particulière vocation de café-citoyen : l’Altérez-Vous.

Niché face à la célèbre Crêperie Bretonne (elle-même célèbre pour sa carte de bières spéciales particulièrement diversifiée) et à la microbrasserie Le Brasse-Temps (succursale de Dubuisson), l’Altérez-Vous pourrait se définir, selon François, le tenancier, comme un café-épicerie citoyen promouvant non la défense des produits artisanaux belges (en témoigne la carte de bières particulièrement ciblée), mais également des productions émanant, d’une part, du Commerce Equitable et, d’autre part, d’entreprises soucieuses du respect de l’écologie. Deux pages rappellent ce projet aux clients.

Mais oserait-on parler de «clients» ? Pas ici. De débats en conférences, de concerts en soirées culturelles, de spectacles en ateliers créatifs, tout est pensé pour que toute personne fréquentant l’établissement puisse, précisément, devenir partie prenante d’un projet citoyen : celui de la responsabilité sociale. Le fait que le tout soit organisé sous forme d’une Société Coopérative à finalité sociale, portée par 20 bénévoles, s’inscrit également dans cette logique, clairement rappelée sur le site web d’Altérez-Vous :

 

«Le projet Altérez-vous entend œuvrer à l’amélioration des conditions de vie de l’Homme et à la protection de l’environnement au sein duquel ce dernier évolue. Nous avons privilégié l’activité d’un café citoyen afin de réaliser un mélange équilibré de convivialité, d’échange et de réflexion». 

 

Outre une petite restauration bien pensée et la possibilité d’acheter des produits équitables à emporter, l’endroit propose non seulement des cafés, thés et jus de fruits bios et/ou équitables, mais également une très belle carte de bières soigneusement sélectionnés : Dupont, Caracole, Silenrieux, Jessenhofke et Cantillon. Les consommateurs plus classiques pourront toutefois s’orienter vers une trappiste. Quant aux plus hardis, peut-être tenteront-ils une Oxfam, une Monzogo (produites par Huyghe) ou une Maya Bio (de chez Jessenhofke), blonde amère réalisée à base de Seitan, sorte d’amande asiatique riche en protéines. Petite touche finale : la très appréciable Happy Hour qui permettra aux moins fortunés la dégustation d’une bonne bière à prix réduit… Vous avez dit équitable ?

Altérez-Vous
Café-épicerie citoyen.Place des Brabançons, 6A
B-1348 LOUVAIN-LA-NEUVE
+32(0)10.84.40.03 www.alterezvous.be
info@alterezvous.be

Ouvert du Lu au Ve de 10:00 à 00:30
Le Sa de 12:00 à 00:30

 

 

 

Brasserie Jean Tout Seul… Côté cour, côté jardin

Article de G. Salvaggio

Texte reçu d’un brasseur, Pierre, que son épouse, Marielle, a diligemment pris la peine de rédiger…

Un soir, l’âme de la bière chantait dans les bouteilles… Deux ingénieurs et un dessinateur, apiculteur à ses heures perdues, sont en train de commenter les qualités gustatives de la bière qu’ils tiennent à la main lorsque soudain, l’idée fuse : « Et si nous aussi nous en faisions? »

Après une bonne nuit de sommeil, l’élucubration paraît moins loufoque. Un business plan germe dans l’esprit de Pierre. La vieille ferme familiale qu’avec Marielle, son épouse, il occupe permet en effet une grande créativité. Il a les dépendances, l’étable, les vieux rangs de cochons. Il y voit déjà des cuves, des tuyaux et bien entendu des bouteilles. Un coup de folie, peut-être, mais qui mérite d’être tenté.

Bien sûr, on ne s’improvise pas brasseur en un jour et Pierre s’en va suivre des cours à la Haute Ecole de Gand histoire de parfaire son savoir en matière d’élixir houblonné. Deux ans plus tard, diplôme en poche, il transmet son bagage à ses deux compères. Les travaux d’aménagement peuvent commencer. Un énorme boulot d’autant qu’il faut parallèlement mettre au point une recette avec, reconnaissons- le des testeurs aussi enthousiastes que dévoués. Sans oublier les étiquettes et le verre qui prennent forme sous le crayon expert de Jimmy. Tout est prêt pour que La Trompeuse puisse faire sa première sortie en public lors de la soirée « Bières de Noël » au Club Animation de Bois-de-Lessines, ce 18 décembre 2009.

Il aura donc fallu trois ans pour voir le projet aboutir. Créer sa mini-entreprise n’est pas chose facile et encore moins dans le domaine alimentaire. Une fois les statuts de la société publiés au Moniteur, il faut encore obtenir toutes les autorisations nécessaires auprès des Accises et de l’AFSCA, organismes de prime abord rébarbatifs mais que nos jeunes entrepreneurs ont appris à bien connaître. Au-delà de l’aspect purement administratif, il y a évidemment l’aspect financier. Comment réaliser les travaux d’aménagement et acquérir le matériel à moindre coût ? La réponse est simple : avec beaucoup de sueur et un solide dose de débrouillardise. C’est ainsi qu’une partie des installations de la brasserie a permis de redonner vie à des cuves à lait, dénichées en faisant du porte à porte auprès des fermes de la région. Nos trois brasseurs ne peuvent désormais plus croiser une cuve inox terminant sa carrière en guise d’abreuvoir dans un champ sans imaginer le volume de bière que l’on pourrait y produire !

La brasserie elle-même s’appelle Jean Tout Seul, un nom qui fait sourire et suscite bien des interrogations… C’est en quelque sorte un retour aux sources, un hommage au terroir. La brasserie tire en effet son nom de l’histoire de la maison dans laquelle se situent ses installations. Le dernier occupant de l’antique demeure, avant que Pierre et Marielle ne s’y installent était le grand-oncle de celle-ci. Il se prénommait Jean et la tradition familiale était intarissable sur le côté original et décalé de cet ancêtre. En discutant avec les anciens du village, ils en ont appris davantage. Notamment qu’en raison de son caractère solitaire et franchement acariâtre, il était surnommé « Jean Tout Seul » Le patronyme les a tout de suite séduits, tout comme l’idée de garder un lien avec le site sur lequel ils projetaient de développer leur projet.

Il devient aujourd’hui réalité. La brasserie démarre avec une bière blonde à ambrée exclusivement à base de malts et de houblons soigneusement sélectionnés, sans épices ni aromates, ce qui permet de retrouver le goût d’un produit naturel mais néanmoins subtil au nez et au palais. Il va sans dire que les trois comparses envisagent d’offrir prochainement une petite sœur à « La Trompeuse » Mais comme le dit l’adage, tout vient à point à qui sait attendre.

Serait-il besoin d’en dire plus ?

Dire, peut-être pas, mais vivre, certainement… C’est ainsi que je ne pus, après avoir pris rendez-vous, résister à l’envie d’aller découvrir ce lieu un soir de 30 juin 2010, tandis que le soleil battait son plein, invitant à la promenade et à la dégustation.

Pourquoi un 30 juin, et pourquoi pas les 26 et 27 du même mois ? Et oui : c’étaient justement les premières portes ouvertes et, paraît-il que ce fut un grand succès : 1000 personnes, rien de moins ! Bon, il faut dire que nos brasseurs avaient mis le paquet en distribuant des toutes-boîtes dans tout le village. Résultat : 1/3 des participants étaient de fiers villageois, bien heureux, comme ils disaient, d’«avoir leur brasserie»… Il faut dire que depuis quelques semaines, de curieuses senteurs de malt et houblon s’étaient invitées dans les chaumières.

Et il faut croire que tout fut organisé pour que tous, jeunes et moins jeunes, y trouvassent leur compte de satisfaction : des panneaux pédagogiques aux balades en cheval de trait, des jeux à l’ancienne aux concerts en plein air, de la traditionnelle dégustation gratuite aux jus de fruits les plus savoureux, qui aurait pu résister à cette manifestation ?

C’est vrai : je ne fus pas de la partie ce fameux week-end, mais entendre Pierre, mon hôte, me conter avec tant d’enthousiame et d’éloquence l’historique de la brasserie et le bon déroulement de ces portes ouvertes, c’est comme si je m’y étais trouvé.

Pendant que je me plaisais à imaginer ce que j’avais manqué, et tandis que je consultais le Livre d’Or des Portes Ouvertes, voilà qu’une Trompeuse vint atterrir sur la table. Orangée, nantie d’un magnifique col de mousse, il me vint immédiatement à l’idée de la comparer à un Orval, voire une «Indian Pale Ale». Il faut dire que houblonnée en deux phases et utilisant du froment, elle ne pouvait qu’affronter le dur soleil en laissant, dans le palais, des notes résiduelles de chocolat et de pâte dde noisette, description qui ne put que faire rire notre brasseur. Tenté par une deuxième, je ne le fus pas par une troisième… trompeuse, la Trompeuse : du haut de ses 6.5°, elle vous ferait vite croire qu’elle en titre 9. Et ce ne sont pas chats de la brasserie qui me démantiront.

Au fait, il paraît que le fait de posséder un chat fait d’une brasserie qu’elle est un excellente brasserie… Mais faut-il réellement aimer les félins pour se convaincre que Jean tout seul, c’est la qualité qui, alliée à la convivialité, réussira à en séduire plus d’un, y compris hors de nos frontières ? C’est en tous cas tout le mal(t) que nous leur souhaitons.

 

Côté cour…


De gauche à droite : Marie, Marielle et Pierre Campion.

Rue d’Horlebaix, 57 – 7866 BOIS-DE-LESSINES
Accueil garanti le mercredi de 18:00 à 20:00
et le samedi de 10:00 à 13:00

L’étiquetteuse, modifiée de telle manière à également servir
d’encapsuleuse. Quand les ingénieux s’y mettent…

Pierre Campion, fier de son installation flambante neuve,
et pourtant réalisée avec beaucoup d’astuces
en matière de récupération.

Voir et comprendre :
Le souci d’une pédagogie à toute épreuve…

Un jeu particulièrement amusant qui a dû
en ravir plus d’un lors des Portes Ouvertes :
reconstituer les principales étapes du processus
de brassage en faisant glisser les bonnes
séquences à la manière des jeux d’enfants.

Le chat, éternel garant d’un brasserie de qualité !

 

Des bruits circulent : les bières de la brasserie
pourraient, à l’avenir, se voir livrées comme
dans le temps jadis… Vous avez dit «charrette» ?

Satisfaction du temps passé
Perspectives du temps futur
Méditation du temps présent

Va pour le temps présent…

Une trompeuse en appelle souvent une autre…

 

 

… côté jardin

 

Un buveur averti en vaut deux…

Il n’y pas que de la bière… concert

Certains préfèrent à cheval.. D’autres à (grands) pied(s)

Les jeux traditionnels trouvent de plus en plus leur place dans les manifestations brassicoles

La trompeuse ? On en boirait jusqu’au bout de la nuit…