Festival des Bières de Noël 2006 à Stembert

Article de G. Salvaggio, photos de P. Lebrun

A écouter l’intarissable Monsieur Philippe Goossens qui, en tant que coordinateur de l’ASBL organisatrice du Festival de Bières de Noël de Stembert, s’est bien volonté prêté au jeu de l’interview, on comprend combien l’événement tient à résolument placer la convivialité et la rencontre humaines par-dessus l’impressionnante liste des 72 bières proposées à des prix largement plus qu’abordables pour un stock perpétuellement entretenu de 200 casiers.

C’est que, selon lui, la bière est un art qui demande le goût de l’investissement personnel au service des gens. Toutes les personnes impliquées sont ainsi entièrement bénévoles et certaines n’hésitent pas à se déplacer personnellement auprès de brasseurs français, allemands et luxembourgeois pour dénicher la perle rare qui ravira les palais des curieux, parmi lesquels certains viennent des Pays-Bas ou d’Angleterre, munis de leur calepin de dégustation. Là aussi, la rencontre prime sur le produit.

Nous voulons montrer que le produit existe, renchérit Monsieur Goossens. La plus belle preuve de notre réussite ? C’est quand ces visiteurs viennent avec leur fromage, leur boudin, et qu’ils nous le font goûter. C’est ça, le partage au sein d’un événement qui se refuse de devenir un Oberbayern.

Fait assez cocasse : parmi les régionaux, nombreux sont celles et ceux qui, découvrant l’organisation tout à fait par hasard à l’occasion de l’exposition des crèches lui étant attenante, se retrouvent tout simplement époustouflés par la richesse et la diversité des bières de Noël, tandis que pour la plupart, il eût fallu se rendre bien loin, à Essen, pour ne trouver que des produits lourds, épicés et de couleur nécessairement foncée.

Une quatrième édition parfaitement rôdée qui en promet bien d’autres, plus que probablement remodelées tant l’équipe managériale, pleine de créativité, aime à se remettre perpétuellement en question. A-t-on jamais vu une action purement bénévole pour laquelle chaque serveur a obligatoirement suivi une formation poussée chez Interbrew, et dans laquelle des séminaires de remise en forme sont régulièrement organisés sous le parrainage de l’un ou l’autre brasseur artisanal ? Si la réponse vous est négative, n’hésitez pas à venir constater l’affaire sur place : l’équipe vous attend tous les dimanches matin jusqu’au 31 décembre, ainsi que du 18 au 22 juillet 2008, à l’occasion du 20° Festival des Bières Spéciales Internationales. C’est promis : les réservations de campings vont chauffer…


Le festival de bières de Noël propose une carte de 72 bières. Elles proviennent des quatre coins de la Belgique et de l’étranger.

Comme le souhaite à juste titre son organisateur, il s’agit d’un festival « cosy » qui se déroule dans la salle Chanteloup de Stembert (Verviers).

Sloeber (aka Alain DE KERPEL), passionné et collectionneur des bières de Noël, faisait la promotion du festival de Noël de Stembert auprès de Bierebel depuis un certain temps… Merci! Place à une Melchior!

Slaghmuylder Kerstbier de la brasserie Slaghmuylder de Ninove.

Cosy et convivial!

Gouden Carolus Christmas de la brasserie Het Anker de Malines.

Thierry et Jef entament la dégustation.

Kerstmis-Noël-Christmas-Weihnacht de la brasserie Verhaeghe de Vichte.

Des bières de tous les horizons! Jef teste la Leffe de Noël, destinée au marché français.

Thierry ne résiste pas à l’appel d’une bière du Grand-Duché: place à la Battin Christmas.

Abbaye des Rocs de Noël.

Monsieur Philippe GOOSSENS, organisateur de l’événement. Merci pour son accueil chaleureux envers Bierebel.

De nouveau un festival où les découvertes brassicoles vont de pair avec des moments de convivialité.

Et pour le plaisir des yeux, quelques jolies crèches de Noël exposées pendant le festival!

Interview: Nicole Darchambeau

L’après-midi du 12 novembre 2007 était ensoleillée et fraîche. J’ai pris la route du Brabant Wallon, destination Limelette. Mon intention n’était pas de suivre une cure dans la station thermale tout proche… Et encore moins de fréquenter une station brassicole !

L’objectif de ma visite était de rencontrer une dame bien connue du monde de la bière. Depuis 1994, Nicole DARCHAMBEAU a publié pas moins de six cents recettes à la bière, réparties dans différents ouvrages qu’elle publie grâce à sa propre maison d’édition, les Editions Les Capucines. Son travail ? Avant tout « une histoire de rencontres »! Partons justement à la rencontre de cette sympathique personne, riche en anecdotes sur son métier et ses ouvrages !

Pierre LEBRUN : Nicole DARCHAMBEAU, d’où provient votre passion pour la cuisine ?

Nicole DARCHAMBEAU : J’ai toujours été passionnée par la gastronomie depuis que je suis enfant. Mon père fabriquait du matériel pour la boulangerie et pâtisserie. On a beaucoup voyagé, nous avons fréquenté beaucoup de restaurants ce qui a éduqué mon goût. Quand mon père voyait une pâtisserie, il regardait toujours la vitrine pour voir les formes des gâteaux. De mon côté, j’imaginais ce qu’il y avait dedans, les ingrédients ! J’ai alors commencé à cuisinier, surtout par la pâtisserie. J’ai commencé à regarder les émissions culinaires. A l’époque, il y avait celle de Raymond OLIVER, et puis il y a eu Michel OLIVER. Encore aujourd’hui, je regarde de telles émissions un peu comme un feuilleton ! J’ai donc toujours cuisiné et ça s’est toujours accentué.

P.L. : Est arrivée ensuite la bière…

N.D. : J’avais toujours un peu cuisiné à la bière et j’avais d’ailleurs gagné un prix au Salon de l’Alimentation à Bruxelles avec une recette à la bière. Par la suite, j’ai fait de l’artisanat, notamment de la tapisserie de haute lisse. J’ai exposé plusieurs fois au Château d’Enghien… Et le vernissage se faisait avec de la Double Enghien ! Et en dégustant mon verre, je me suis dit « tiens, pourquoi ne ferais-je pas un livre de recettes à la bière ? » Nous avons alors décidé de visiter les brasseries, nous avons rencontré des gens, j’ai écrit un livre. J’avais dit que je n’en ferais qu’un, mais je continue ! Mon premier livre a été « La bière ça se mange » publié en 1994. Aujourd’hui, il en est à sa troisième édition.

 

 

P.L. : Vous avez fondé votre propre maison d’édition, les Editions Les Capucines. Pour quelle raison ?

N.D. : A l’époque où j’ai écrit mon premier livre, je cherchais un éditeur. J’ai fait le tour du monde de l’édition mais il s’est avéré que le milieu était plutôt difficile… J’ai donc décidé de créer ma propre maison d’édition. Je suis donc libre, je peux travailler avec qui je souhaite, et à mon rythme.

P.L : Soulignons que dans votre bibliographie, on ne parle pas uniquement des bières.

N.D. : En effet, j’écris aussi des livres sur les fruits, les légumes, les champignons,… Il existe aussi « Marmichef », destiné aux enfants. Il s’agit d’une série véritablement « home-made ». Par exemple, je relie moi-même les ouvrages de cette série, j’ai suivi des cours de reliure pour y parvenir. Quant aux illustrations, ma fille étant infographiste, elle m’a donné un coup de main !

P.L : Comment distribuez-vous vos livres ?

N.D. : Ils sont disponibles dans plusieurs magasins, comme la FNAC, certaines librairies. Mes livres sont également disponibles dans des musées comme l’Hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines, la brasserie Cantillon à Anderlecht,… Je me déplace aussi dans divers événements tels que salons, marchés et foires. Sinon, je vends surtout par correspondance. Par exemple, lorsque sort un article de journal, des gens me contactent pour commander mes livres. C’est chouette car j’ai des contacts avec mes lecteurs.

P.L : Justement, vos lecteurs, obtenez-vous souvent des retours de leur part ?

N.D. : Il y a des personnes qui achètent systématiquement tous mes bouquins. J’ai comme un fan-club ! Je ne considère jamais mes recettes comme figées. J’apprécie qu’elles se modifient, qu’elles soient en constante évolution ! Les retours des lecteurs sont idéals à ce point de vue !

P.L : Au total, vous avez réalisé 600 recettes à la bière, un fameux travail !

N.D. : Il existe aussi d’autres recettes qui ne sont pas à base de bière. Le plus difficile, disons, c’est de ne pas pouvoir reproduire exactement une recette que vous aviez créée autrefois… J’invente chacune de mes recettes et les expérimente. Pour le reste, l’inspiration est toujours présente et me pousse à créer encore des nouveautés !

P.L : Quelle est votre « philosophie culinaire » ?

N.D. : Avant tout, je veux que la convivialité demeure dans mes recettes ! Je retrouve cet aspect lorsque je les teste à domicile ! Je tiens également compte de l’aspect diététique, je veille à ce qu’il n’y ait pas trop de matières grasses. Enfin, j’apprécie cuisiner à la bière car c’est une boisson qui offre énormément de saveurs très riches et différentes!

P.L : Comment inventez-vous une recette ?

N.D. : Il y a l’inspiration… Je suis un peu comme une peintre. J’ai avec moi une palette de saveurs. Et le principe est de pouvoir manier cette palette et d’associer harmonieusement les saveurs…

P.L. : Si vous deviez donner un conseil à une personne qui veut se lancer, ou se perfectionner dans la cuisine à la bière, que lui diriez-vous ?

N.D. : L’amertume doit être bien maîtrisée ! Par exemple, pour l’Orval, bière amère, ce n’est pas toujours évident de cuisiner car il faut bien calculer. Par contre, on rencontre moins de difficultés avec une Chimay ou une Rochefort…

P.L. : Et si l’on opte pour une Cantillon ?

N.D. : C’est très facile avec de telles bières ! Les gueuzes sont idéales pour la digestion. En plus, elles procurent une « bonne faim » après que nous les ayons consommées !

P.L. : Parmi vos recettes, quelle est votre préférée ?

N.D. : Assurément, un sabayon ! Un sabayon car dans mes livres, il se conjugue en plusieurs préparations…

P.L : Vous avez écrit deux livres originaux : « Bon appétit Julos » et « Bière et Délices ». Pouvez-vous nous en parler ?

N.D. : Le bon appétit s’adresse bien entendu à Julos BEAUCARNE, le constructeur de pagodes. Un soir, j’ai assisté à l’un de ses spectacles. On y dégustait la Bière des Pagodes, brassée à la brasserie de Silenrieux. Ce fut l’occasion de rencontrer Julos et de proposer un projet d’écriture… Le résultat est un livre de recettes à la Bière des Pagodes, entrecoupé de textes de Julos BEAUCARNE que j’ai sélectionnés. « Bière et Délices » évoque l’Hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines, magnifique lieu que j’apprécie énormément. Il faut souligner qu’au sein de cet endroit, de superbes collections y sont conservées depuis le début ! Je connaissais depuis un bon bout de temps l’équipe qui travaillait en faveur de l’Hôpital. Une superbe équipe qui a réalisé un travail fantastique et bénévole! La brasserie Dupont de Tourpes brasse l’Helkiase en l’honneur de l’Hôpital. A l’origine, l’Helkiase était un remède à base de mercure utilisé par les sœurs. Tous ces éléments m’ont procuré l’envie d’écrire ce livre.

Avant tout, mon travail est une histoire de rencontres, ce qui me plaît beaucoup dans mon métier. C’est aussi le cas pour « Le temps des cerises chez Cantillon » qui a germé dans mon esprit suite à la rencontre de Jean-Pierre VAN ROY, maître-brasseur chez Cantillon.

 

P.L : Quelle est votre opinion sur la cuisine à la bière ? Est-ce ancré dans nos coutumes en Belgique ?

N.D. : Non, pas vraiment, hélas ! Par contre, dans le Nord de la France, je constate qu’une tradition culinaire brassicole de qualité est bien implantée !

P.L. Quels sont vos projets pour l’avenir ?

N.D. : On peut s’attendre à un livre de recettes à la Trappiste de Chimay. Je souhaite que ces recettes se situent entre les aspects luxueux et festif.

P.L. : Nicole DARCHAMBEAU, un tout grand merci d’avoir accordé cet interview à Bierebel ! Après la présentation de vos ouvrages, accepteriez-vous de faire partager l’une de vos recettes à nos lecteurs/visiteurs ?

N.D. : Je vous en prie ! Voici un magret de canard aux champignons à la Saison de Silly !

Bibliographie brassicole de Nicole DARCHAMBEAU. L’ensemble des livres sont édites par les Editions Les Capucines

– La Bière ça se mange, (3 éditions) 1994, 1997, 2003
– Saveurs d’Orval, 1994
– La Gueuze gourmande, 1995
– Délices de la brasserie de Silly, 1996
– Le temps des cerises chez Cantillon, (2 éditions) 1999, 2005
– Bon appétit Julos, 2002
– Bière & Délices de l’Hôpital Notre-Dame à la Rose, 2004
– Les Trappistes de Rochefort, une cuisine de terroir, 2006.

Coordonnées pour vous procurer les ouvrages

Nicole DARCHAMBEAU
Editions Les Capucines
Avenue des Capucines, 15
1342 LIMELETTE

Tél./Fax : 010/41.13.47

http://web.mac.com/nicole.darchambeau

Magret de canard aux champignons à la Saison de Silly
Marché pour 4 convives
– 40 cl de Saison de Silly
– 4 magrets de canard
– 500 g de champignons de Paris
– 1 oignon
– 3 cuillères à café de poivre vert
– 2 cuillères à café de moutarde forte
– 2 cuillères à soupe de crème épaisse
– sel

• Dans un plat, verser la bière. Y déposer les magrets, côté chair. Mariner pendant 4 heures.
• Nettoyer les champignons, laver à l’eau courante, bien égoutter.
• Éplucher et émincer l’oignon.
• Égoutter les magrets, réserver.
• Dans une sauteuse, verser la marinade. Chauffer, y fondre l’oignon. Ajouter champignons et poivre vert. Cuire à feu vif pendant 10 minutes.
• Saler, incorporer moutarde et crème. Réduire jusqu’à onctuosité. Garder au chaud.
• Griller les magrets, côté peau, pendant 5 minutes à feu vif. Éliminer régulièrement la graisse fondue. Retourner les magrets et poursuivre la cuisson pendant 5 minutes. Servir rosés.
• Ôter la peau des magrets, les trancher et dresser sur le plat de service. Napper de sauce aux champignons.
• Accompagner de pommes de terre persillées et d’une salade verte.

Extrait de
Délices de la Brasserie de Silly, © Editions Les Capucines (Nicole Darchambeau) 1996